Le journaliste animait une tranche d’antenne très écoutée à la CMTV basée à Buea, et ses positions n’étaient pas tendres envers les forces armées.
Samuel Wazizi a eu à le confesser lors de la brève rencontre qu’il a eue avec son avocat, Maître Lyonga Edward Ewule, et avec sa famille, alors que le journaliste d’expression anglaise était encore détenu au commissariat de sécurité publique de Muea à Buea, la capitale régionale du Sud-Ouest.
Son arrestation, le 02 août 2019 par les services de sécurité camerounais, d’après l’homme de média, n’avait rien à voir avec une prétendue complicité ou collaboration avec les séparatistes de l’Etat fictif de TAmbazonie », propagande en faveur de ces forces rebelles hostiles à l’Etat, contrairement à la version officielle.
En revanche, elle avait probablement un lien, toujours d’après le défunt, avec ses positions exprimées au cours de la tranche horaire qu’il animait sur les ondes de la Chilien Musik and TV (CMTV), une chaîne audiovisuelle privée émettant depuis les hauteurs du « Char des dieux ».
Une position qui n’était du tout pas tendre à l’égard des forces armées opérant dans les deux régions anglophones du pays. C’est du moins ce que son avocat a révélé au Comité de protection des journalistes (Cpj), avant et après l’officialisation du décès de notre jeune confrère, le 02 juin dernier, soit dix mois après son interpellation par la police.
L’émission en question, « Halla ya Matta », était très populaire dans les régions en conflit (le Sud-Ouest et le Nord-Ouest). Elle était d’autant plus suivie qu’elle était animée en pidgin (d’où l’expression courante « pidgin news »), une langue de communication prisée et répandue à travers le territoire, car servant de trait d’union entre les Camerounais ne parlant pas le français ou l’anglais soutenu.
Des échanges entre le reporter du Jour et un confrère résidant à Buea, il ressort que Samuel Wazizi était par ailleurs très introduit au sein des forces armées et y avait ses entrées. « La plupart du temps, l’armée le sollicitait pour la couverture des évènements en rapport avec la crise anglophone », affirme notre confrère, qui préfère garder l’anonymat.
Le journaliste en savait-il trop? Peut-être faudrait-il aussi explorer cette piste pour y voir la source de ses ennuis et saisir l’énigme de sa disparition, hormis cette présumée proximité avec des terroristes, dont l’Etat l’accable.
Toujours est-il que, selon une déclaration postée à l’époque sur la page Facebook de CMTV (c’était le 06 août 2019), et portée à la connaissance du Cpj, Samuel Wazizi est surpris par des policiers en service au commissariat de sécurité publique de Muea, le 02 août à 11 heures. Ceux-ci lui signifient.que leur patron veut le voir pour plus d’information au sujet d’un certain « pidgin news”.
Samuel Wazizi est alors loin d’imaginer que son sort a d’ores et déjà été scellé, .et qu’il entame une descente aux enfers, sans possibilité de revoir sa famille. Il est détenu dans cette unité jusqu’au 07 août avant d’être exfiltré pour le 21ème Bataillon d’infanterie motorisé (Bim), sis à Buea. Ce alors même qu’aucune procédure judiciaire n’a été engagée pour retenir des charges contre le suspect. Ses collègues, qui étaient venus aux nouvelles pendant sa détention, n’avaient pas pu le rencontrer.
Pilier d’une fratrie
De son vrai nom Samuel Ajiekah Abuwe, Samuel Wazizi était le 2ème d’une fratrie de trois enfants orphelins de père et de mère. L’un de ses proches parents a déclaré à un confrère que le défunt était le pilier de la famille. La présidente du Réseau camerounais des médias communautaires, la Révérende Géraldine Fobang a déclaré au Cpj qu’en septembre 2019, elle s’était rendue au 21e Bim pour s’enquérir des nouvelles du détenu, et qu’elle avait alors appris que le suspect avait été déféré à la prison centrale de Yaoundé.
Depuis lors, l’on était sans nouvelles du journaliste, jusqu’à l’annonce de son décès survenu dans des circonstances qu’il reste à élucider. Ce en dépit des allégations de l’armée, selon lesquelles Wazizi serait mort d’une maladie pendant sa détention. Samedi, 06 juin 2020, Samuel Wazizi aurait eu 36 ans. Hélas, il s’en est allé…
Source: Le Jour







