Pourquoi l’affaire Balogun relance le débat sur les ingérences politiques dans le football

Cameroun Actuel
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Autorisé à disputer le huitième de finale face à la Belgique malgré son exclusion contre la Bosnie-Herzégovine, Folarin Balogun a bénéficié d’une décision exceptionnelle de la FIFA. Derrière ce revirement se cache une intense mobilisation politique américaine. Une affaire qui rappelle que ce n’est pas la première fois que des dirigeants d’État tentent d’influencer le cours d’une Coupe du monde.

Par Régis Belinga

Le revirement a surpris le monde du football. Suspendu automatiquement après son carton rouge direct reçu contre la Bosnie-Herzégovine, Folarin Balogun a finalement été autorisé par la FIFA à disputer le huitième de finale de la Coupe du monde 2026 entre les États-Unis et la Belgique.

Selon les révélations du New York Times, cette décision est intervenue après une importante campagne menée au plus haut sommet de l’État américain. Le président Donald Trump a lui-même reconnu avoir appelé le président de la FIFA, Gianni Infantino, afin de demander un réexamen du dossier. « Oui, j’ai parlé à Gianni. J’ai demandé un réexamen parce que je ne pensais pas que c’était une faute », a déclaré le président américain devant la presse.

L’annulation de la suspension ne résulte pas d’un simple appel présidentiel. Depuis l’expulsion de Balogun, plusieurs personnalités de l’administration américaine se sont activées pour tenter d’obtenir un changement de décision.

Le secrétaire d’État Marco Rubio a plaidé pour un recours officiel, tandis qu’Andrew Giuliani, directeur exécutif de la Task Force Coupe du monde de la Maison Blanche, a coordonné les démarches auprès des autorités du football.

Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, présent au stade lors de l’expulsion, a également multiplié les contacts avec les dirigeants de la FIFA et du football américain. Les responsables américains ont notamment soutenu que l’assistance vidéo (VAR) aurait été utilisée de manière contestable lors de l’action ayant conduit au carton rouge.

Autre argument avancé : les critiques visant l’arbitre brésilien Raphael Claus, accusé par certains responsables américains d’avoir déjà pris des décisions controversées dans son championnat. Toutefois, aucune autorité n’a établi la moindre faute ou irrégularité à son encontre.

L’ensemble de ces démarches, renforcées par les liens étroits entre Donald Trump et Gianni Infantino, a finalement débouché sur la levée de la suspension, permettant à Balogun d’être aligné face à la Belgique.

Cette décision soulève de nombreuses interrogations. Le règlement disciplinaire de la FIFA prévoit pourtant qu’un carton rouge direct entraîne automatiquement une suspension d’un match. Plusieurs observateurs estiment que cette intervention politique risque de créer un précédent dangereux en ouvrant la porte à des recours similaires lors de futures compétitions.

Si l’affaire Balogun apparaît exceptionnelle, elle s’inscrit dans une longue histoire de pressions politiques autour de la Coupe du monde.

En 1934, l’Italie de Benito Mussolini est régulièrement accusée d’avoir exercé une forte influence sur l’arbitrage durant le tournoi organisé à domicile. Le régime fasciste considérait la victoire comme un enjeu de prestige national et plusieurs décisions arbitrales ont longtemps alimenté les controverses.

En 1978, la Coupe du monde organisée en Argentine se déroule sous la dictature de Jorge Rafael Videla. Le succès 6-0 contre le Pérou, indispensable pour atteindre la finale, nourrit encore aujourd’hui les soupçons d’arrangements politiques entre les deux régimes, sans qu’aucune preuve formelle n’ait jamais été apportée.

Autre épisode célèbre : lors du Mondial 1982 en Espagne, le cheikh Fahad Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, président de la fédération koweïtienne et membre de la famille régnante, descend sur la pelouse pour protester contre un but inscrit par la France. Sous la pression, l’arbitre invalide temporairement le but avant que la rencontre ne reprenne. Le dirigeant sera par la suite sanctionné par la FIFA.

L’annulation de la suspension de Folarin Balogun pourrait désormais laisser une trace durable dans l’histoire de la Coupe du monde. Au-delà du cas sportif, cette décision relance le débat sur l’indépendance des instances dirigeantes face aux pressions politiques.

Comme en 1934, en 1978 ou en 1982, l’édition 2026 rappelle que lorsque les intérêts d’un État s’invitent dans le football, les frontières entre sport, diplomatie et pouvoir deviennent parfois particulièrement fragiles.

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