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Mourir du Covid-19 aujourd’hui au Cameroun rend le deuil quasiment impossible

Parfait Akana, l’anthropologue camerounais en service à l’université de Yaoundé  II, par ailleurs directeur du Muntu Institute, analyse comment le coronavirus a changé l’habitude de vie des camerounais.

Depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus au Cameroun, l’on assiste à un changement des habitudes des camerounais. Les obsèques ne peuvent plus se tenir normalement. Comment faire son deuil dans cette situation ? « C’est une question importante, car c’est un très grand chambardement. Le deuil est un moment extrêmement ritualisé que l’on peut critiquer pour ses excès contemporains et son faste parfois excessif », explique Parfait Akana.

C’est un changement radical qui bouleverse les habitudes. « Mais c’est toute une économie de la mort qui va se retrouver profondément mise en difficulté et paralysée. On assiste aujourd’hui à des « inhumations express », comme le remarque Lionel Manga sur notre plate-forme. Sur le plan psychologique et sociologique, cela engendre un véritable traumatisme pour toutes les familles, que leurs proches soient morts du Covid-19 ou d’autre chose. Toute l’économie symbolique des obsèques est bouleversée. Mourir du Covid-19 aujourd’hui au Cameroun rend le deuil quasiment impossible », explique l’enseignant d’université.

Rapport

Pour le spécialiste, le coronavirus modifie radicalement notre rapport au monde. Elle soumet notre quotidien à des ajustements jusqu’ici inédits. On ne peut plus avoir le même commerce avec les gens qui nous sont proches. « Les rituels de salutations, par exemple, s’en trouvent reconfigurés jusqu’à la caricature. Une société de la proximité, du rapprochement et de l’effusion, mais aussi de la promiscuité, pour des raisons économiques, semble progressivement laisser place à une société de l’évitement et de la barrière ».

Ainsi, le Covid-19 impose de nouvelles modalités d’être avec soi-même, un certain rapport à son corps et son espace, mais aussi à ceux des autres.

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