Les révélations du médecin légiste sur le calvaire subi par Martinez Zogo

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Membre du trio des médecins-légistes commis le 22 janvier 2023 pour pratiquer l’autopsie sur le corps de Martinez Zogo retrouvé la veille à Ebogo III, Dr Mogue Bobda Nalbert Tidianie, en service à l’Hôpital central de Yaoundé, avait été auditionné, le 02 septembre 2025, devant le Tribunal militaire de Yaoundé, dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo.

Quelques jours après la première phase du témoignage du Lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait, 36e témoin de l’accusation dans la même affaire, les déclarations du Dr Mogue Bobda connaissent une nouvelle jeunesse. Et pour cause : M. Ayissi Nanga soutient de façon péremptoire que Martinez Zogo était décédé par strangulation. C’est l’un des éléments qui fondent sa thèse selon laquelle l’assassin de Martinez Zogo est l’ancien maire de Bibey, Martin Savom, l’un des 17 accusés de l’affaire.

L’officier de gendarmerie affirme que la strangulation est la cause du décès de l’animateur radio, selon le légiste. Or, lors de son témoignage, il y a un peu plus d’un an, Dr Mogue Bobda écarte catégoriquement l’idée de la strangulation comme cause de la mort de Martinez Zogo. Et le médecin-légiste avait fait la démonstration des conclusions de l’autopsie pratiquée avec ses deux collègues, en répondant notamment aux questions de Me Charles Tchoungang.

Contre-interrogé par Me Calvin Job, l’un des avocats des ayants droit de Martinez Zogo, qui lui a opposé les conclusions des légistes, M. Ayissi Nanga reste arcbouté sur sa version des faits, en prétendant fonder son opinion sur un rapport d’expertise qu’il n’a jamais tenu entre ses mains. C’est un entêtement qui dilue la crédibilité de l’officier supérieur sur cet aspect de son témoignage. Situation qui inquiète (discrédit), pour les raisons qu’on ignore.

Pour participer à la clarification des choses devant une controverse étonnante entretenue par M. Ayissi Nanga, je publie le compte-rendu du témoignage de Dr Mogue Bobda contenu dans l’édition N°505 de Kalara en son temps (1er octobre 2025). Les pseudos politologues recrutés ces derniers temps ont l’occasion d’actualiser leurs informations.

«NOUS N’AVONS PAS EU DE SIGNES EN RAPPORT AVEC LA STRANGULATION»

EXPERTISE. Martinez Zogo n’est pas décédé à l’endroit où son corps avait été retrouvé. Il a succombé à l’ensemble des coups reçus de ses ravisseurs dans les moments qui ont suivi son enlèvement. L’hypothèse d’une mort par étouffement est écartée. Voilà les principales révélations faites par les médecins légistes. Interrogée par une vingtaine d’avocats, magistrats et accusés, Dr Mogue Bobda Nalbert Tidianie, l’un des membres du trio des légistes, a livré un témoignage glaçant sur l’horreur vécue par l’animateur radio avant sa mort et dévoilé les arguments au soutien des conclusions de l’autopsie.

Christophe Bobiokono – [email protected]

Elle a gardé le même calme et la même tonalité de sa voix tout au long des quatre heures qu’elle a passées dans le box des témoins du Tribunal militaire de Yaoundé le 2 septembre 2025, voyant défiler tour à tour, pour l’interroger, aussi bien les trois magistrats du ministère public qu’une vingtaine d’avocats des parties ainsi que quelques accusés de l’affaire Martinez Zogo.

Dr Mogue Bobda Nalbert Tidianie, médecin légiste en service à l’Hôpital central de Yaoundé, quatrième témoin appelé par le commissaire du gouvernement (le procureur de la République dans les juridictions militaires) depuis la veille pour soutenir les faits à l’origine du procès, est venu parler de l’état du corps du défunt animateur radio, tel qu’il était apparu après sa découverte le 22 janvier 2023 dans le village d’Ebogo 3, dans l’arrondissement de Soa, mais aussi des résultats des examens médicaux pratiqués sur ce corps, dont l’autopsie et les tests ADN. Elle faisait partie du trio des légistes requis pour la circonstance.

Ce témoignage était particulièrement attendu tant les réseaux sociaux avaient diffusé quantité de rumeurs parfois controversées, pendant la période des enquêtes, sur le traitement administré à M. Zogo après son enlèvement dans la soirée du 17 janvier 2023, suivi de son décès, suggérant même pour certains que les expertises médicales faisaient défaut dans le dossier de l’affaire. Répondant en premier aux questions du commissaire du gouvernement, le médecin légiste a d’abord décrit la dépouille mortuaire et l’environnement immédiat de l’endroit où elle avait été retrouvée.

Une ancienne carrière de latérite avec, «dans un petit coin, le corps d’un individu en putréfaction». Et dès la réponse à la deuxième question du parquet, Dr Mogue a fait une première révélation lourde de sens. «Ce qui nous avait intrigué, a-t-elle dit, c’est qu’il n’y avait pas de terre sur le corps en dépit de l’environnement poussiéreux». Un constat qui l’amènera plus tard à expliquer que le célèbre animateur radio n’avait pas été tué à l’endroit où son corps a été retrouvé.

Corps déplacé…

Dans le pré-rapport signé par deux des trois légistes commis pour l’autopsie pratiquée le 22 janvier 2023, il avait déjà été indiqué, mais de façon lapidaire, que l’endroit où le corps avait été retrouvé était une «scène de crime secondaire». Dans le box des témoins, le Dr Mogue a dévoilé les arguments en faveur de cette déclaration afin de satisfaire la curiosité des personnes qui l’ont interrogé, chacune en fonction de ses attentes personnelles ou des intérêts de son client…

Elle a d’abord expliqué que « l’état des lieux où le corps a été découvert et l’état de putréfaction du corps ne concordaient pas», avant de se lancer dans une longue description des transformations successives que subit le corps humain lorsque survient la mort, «les signes positifs de la mort», a-t-elle dit, pour que l’auditeur profane saisisse bien son propos. Elle a parlé de l’arrêt du cœur, du refroidissement, du raidissement et du relâchement du corps, puis du début de la putréfaction, s’appesantissant de façon particulière sur le mécanisme de la putréfaction.

Pour le légiste, si Martinez Zogo était décédé à l’endroit où on a découvert son corps, «on aurait retrouvé du sang qui s’est écoulé (de son corps) un peu partout» autour de la dépouille. Et «on devrait avoir des mouches à profusion». Or, a-t-elle insisté, le liquide putréfactif observé sur le site épousait tout juste «les contours du corps» ; la dépouille était «propre» et sans poussière ; en plus, il n’y avait quasiment pas de mouches. «Ce n’était pas le lieu où la personne est décédée», a-t-elle martelé.

Plus tard, elle est allée plus loin, répondant à une question de Me Ndjana Ndjana Bernard Hosanna, l’un des avocats de M. Eko Eko Léopold Maxime, déclarant que «le corps a été déposé entre 12 heures et 18 heures avant sa découverte». Le légiste est resté constant et s’est montré péremptoire par rapport à son constat sur le lieu de la découverte du corps, en dépit de nombreuses questions posées par les avocats de certains accusés pour qu’elle se contredise ou alors nuance sa déclaration.

La deuxième révélation importante faite par le légiste concerne la cause de la mort. La conclusion du pré-rapport d’autopsie était dubitative, laissant croire que la cause de la mort de Martinez Zogo était inconnue en dépit des sévices qu’il avait reçus. Dans le box des témoins, le Dr Mogue a été on ne peut plus clair : «le décès est consécutif à toutes les lésions qu’il a subies ; il en a succombé.»

Me Jacques Mbuny, l’avocat du lieutenant-colonel Justin Danwé, présumé homme-orchestre de la fin tragique de Martinez Zogo, est revenu à la charge pour savoir si le témoin pouvait «dire avec exactitude la cause du décès» de l’animateur radio. «Avec exactitude, nous ne pouvons pas dire la lésion létale, c’est-à-dire ce qui est la cause ultime du décès», a répondu le Dr Mogue avant d’ajouter immédiatement que «ce sont les multiples lésions qui ont entraîné la mort».

L’anus déchiré…

Avant d’en arriver à cette conclusion, le témoin avait décrit avec minutie, en répondant aux questions du ministère public, toutes les lésions découvertes sur le corps de Martinez Zogo au cours de l’autopsie. «Des saignements localisés sur la langue et sur les lèvres. Des dents qui manquent. Des ecchymoses sur la lèvre supérieure, sur les mains et sur les bras. Au niveau des membres inférieurs, des infiltrations de sang dans les muscles. Sur la plante des pieds aussi. Une grosse lacération sur la marge anale avec des ecchymoses, etc.»

À la demande du tribunal, qui a souhaité que le témoin utilise un langage plus accessible à tous les publics, le légiste a ajouté ceci : «Dans l’ensemble, il y avait des blessures dans la bouche, sur les bras, sur les mains, sur les jambes et sur la plante des pieds. L’anus était déchiré et présentait un durcissement sur les bords dû à un traumatisme avec un objet dur.» Chacun a pu imaginer, dans sa propre chair, le calvaire de M. Zogo avant sa mort…

Tout en précisant que l’autopsie n’a pas découvert d’hémorragie dans le crâne, dans le thorax et dans l’abdomen, Dr Mogue a conclu que le défunt «avait été victime de tortures à travers des violences physiques et des violences sexuelles». Plus tard, elle va expliquer que les déchirures observées sur l’anus et à l’intérieur du rectum étaient consécutives à la pénétration d’un objet contondant. C’est cette pénétration qu’elle qualifie de «violences sexuelles».

Mais elle évacue certaines rumeurs, en répondant à une question de l’accusé Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la Dgre, au sujet des mutilations prétendument faites sur l’animateur radio : les oreilles, les doigts et les orteils du défunt étaient bien en place au regard de l’examen externe de son corps, même si le corps était déjà suffisamment altéré par la putréfaction au moment de sa découverte.

La troisième grosse révélation faite par le médecin légiste au cours de son témoignage concerne la date probable de la mort de l’animateur radio par rapport à la date de découverte de son corps le 21 janvier 2023. «Au regard de l’état du corps, le délai post-mortem était d’au moins trois jours», a-t-elle dit. Calcul fait, on se retrouve au 18 ou au 17 janvier, Martinez Zogo ayant été effectivement enlevé dans la soirée du 17 janvier 2023.

La séance des questions-réponses organisée avec le légiste a révélé certaines limites des examens médicaux pratiqués sur la dépouille retrouvée. Par exemple, tous les organes meubles (cœur, poumon, foie, et autres) étaient totalement pourris au moment de la découverte du corps, a affirmé le légiste. Ces organes n’ont pas pu être exploités pour expliciter davantage les causes de la mort.

De même, les légistes n’ont pas pu s’appuyer sur des examens radiologiques, notamment le scanner, pour approfondir leurs recherches. La faute ici revient à la pauvreté du plateau technique disponible pour mener des autopsies. Une situation dont le légiste a relativisé l’impact sur les résultats de l’autopsie : «L’imagerie aurait révélé d’autres lésions et non changé la cause du décès», a-t-il expliqué.

Pas de strangulation…

Par ailleurs, les légistes n’ont pas pu s’intéresser à l’usage qu’auraient fait les tortionnaires d’une corde de couleur jaune retrouvée près du corps. «Si on avait un corps sain, a expliqué le Dr Mogue, on aurait pu faire des recherches supplémentaires. Ce qui est vrai, c’est que la corde était faite de nœuds, même si on ne sait pas l’usage qui en a été fait.»

Le témoin a aussi balayé la possibilité pour l’animateur radio d’être décédé «de suite d’une strangulation après torture», tel que constaté dans son rapport par le médecin-chef de l’Hôpital de District de Mfou, qui avait procédé à un constat sur la dépouille au lieu de sa découverte. Le témoin a été péremptoire : «Nous n’avons pas eu de signes en rapport avec la strangulation», après avoir esquivé en finesse le débat ouvert sur cet autre rapport par Me Charles Tchoungang : «C’est l’auteur du rapport qui peut mieux expliquer son rapport», a-t-elle coupé.

Présent aux côtés de ses clients, Jean-Pierre Amougou Bélinga et Bruno Bidjang pendant toute la phase des enquêtes, Me Tchoungang était en possession de la copie du pré-rapport d’autopsie. L’ancien bâtonnier a voulu s’en servir au moment d’interroger le témoin. Le commissaire du gouvernement est alors intervenu pour s’y opposer, expliquant que le document en question n’était pas acquis aux débats.

En fait, dans sa stratégie, le parquet s’abstient jusqu’ici de mettre à la disposition du tribunal tous les documents en rapport avec les témoins qu’il fait défiler devant la barre. Une stratégie qui écœure tous ceux qui ont intérêt à affaiblir l’accusation (lire encadré). Quoi qu’il en soit, les juges ont finalement donné la possibilité aux avocats présents de s’appuyer sur leurs documents avant de poser leurs questions. Mais cela n’a pas beaucoup enrichi les échanges.

Encadré

QUAND LE PARQUET JOUE A CACHE-CACHE AVEC SES PIÈCES…

Depuis le début des auditions des témoins dans l’affaire Martinez Zogo, le commissaire du gouvernement, chef de file de l’accusation, n’a fait admettre au tribunal aucune pièce au soutien des déclarations des personnes interrogées. C’est une démarche qui a fait sortir plusieurs avocats, dont le bâtonnier Tchoungang, de leurs gonds. «On ne peut pas faire la justice par embuscade.

Les actes doivent être déposés sur la table», avait dit le vieil avocat dès le premier jour. Son jeune confrère, Me Assira Engoute, avocat de la Dgre, est allé dans le même sens, ajoutant que le parquet devait annoncer à l’avance l’ordre de passage de ses témoins, pour permettre aux autres acteurs de se préparer en conséquence pour la manifestation de la vérité.

Le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, le commissaire du gouvernement, répond que le problème posé par ses contradicteurs a déjà été réglé lors des précédents débats, donnant d’ailleurs lieu à une décision avant dire droit du tribunal, qui avait été confirmée par la Cour d’appel du Centre. Il s’est offusqué de ce que des personnes étrangères à l’accusation essayent de décider à sa place de la façon de procéder, la procédure pénale lui laissant la latitude de présenter ses pièces jusqu’à la clôture des débats.

«Qu’est-ce qui fait dire qu’après l’audition des témoins, le parquet sera obligé de produire des pièces ?», s’est-il interrogé avant de dire, sentencieux, que «pour le ministère public, il n’y a pas de débat possible quant à la production des éléments de preuve du parquet». Et qu’il est souverain dans l’ordre de passage de ses témoins. Le collège des juges s’est aligné sur la position du parquet.

Source : Kalara

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