Une semaine après le glissement de terrain dévastateur qui a coûté la vie à 12 personnes et blessé plusieurs autres à Dschang, dans la région de l’Ouest du Cameroun, le silence du Président Paul Biya suscite l’incompréhension et la colère parmi les Camerounais.
En dépit de la douleur ressentie par les familles endeuillées, le Président n’a toujours pas exprimé publiquement ses condoléances ni manifesté son soutien aux victimes.
Un silence présidentiel critiqué
La non-réaction de Paul Biya face à cette catastrophe a rapidement soulevé des questions et des critiques. Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et figure de l’opposition, a publiquement dénoncé ce silence.
Lors d’une conférence de presse, il a fustigé le gouvernement pour son manque de compassion. « Où est le Président de la République ? Son silence face à cette tragédie, où des dizaines de ses compatriotes ont été ensevelis, est inacceptable », a-t-il déclaré.
Sur les réseaux sociaux, les Camerounais expriment également leur indignation. « Monsieur le Président, êtes-vous au courant du drame de Dschang ? », questionne un internaute. Les citoyens, habitués à une certaine distance de leur chef d’État, espéraient malgré tout un geste symbolique face à cette tragédie.
Une réaction disparate face aux catastrophes
Bien que Paul Biya ait souvent gardé le silence lors de certaines crises, il a néanmoins offert des gestes de solidarité lors de catastrophes antérieures. En août dernier, après les inondations qui ont dévasté le Grand Nord du Cameroun, il avait fait acheminer une aide humanitaire de plus d’un milliard de francs CFA.
Le ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, avait apporté de l’aide aux sinistrés au nom du Président. Cependant, la tragédie de Dschang, bien que tout aussi dévastatrice, n’a reçu aucune réponse similaire.
La lenteur des opérations de secours
Sur le terrain, les secours s’organisent tant bien que mal. Des excavatrices de l’État, accompagnées de volontaires, fouillent les décombres à la recherche de survivants, tandis que certaines familles attendent, dans des conditions précaires, le retour des corps de leurs proches disparus.
Ces opérations se déroulent dans une lenteur qui exacerbe la souffrance des victimes. En parallèle, aucune aide humanitaire n’a encore été annoncée, alors que beaucoup risquent de ne pas pouvoir faire face aux frais médicaux et à la perte de leurs biens.
Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a brièvement réagi sur le réseau social X, exprimant ses condoléances sans mentionner de mesures de soutien concret pour les familles endeuillées.
Un président déconnecté des réalités quotidiennes ?
Âgé de 91 ans et au pouvoir depuis 42 ans, Paul Biya dirige le Cameroun principalement par des décrets et à distance, laissant souvent ses ministres représenter son action sur le terrain. Ce silence face à la tragédie de Dschang, pourtant médiatisée et largement commentée, amène de nombreux Camerounais à se demander s’il est encore conscient des réalités que vivent ses compatriotes.
Cette catastrophe pourrait marquer un tournant dans la perception du peuple envers son chef d’État, qui continue de susciter des réactions partagées. Le Cameroun, endeuillé, attend toujours un geste de réconfort de la part de son Président, espérant une prise de conscience de l’urgence d’un soutien envers ses citoyens en période de crise.

