Décès de Clément Atangana : retour sur le parcours controversé de l’arbitre des élections au Cameroun

Cameroun Actuel
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Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun et celui qui a proclamé les victoires présidentielles contestées de Paul Biya en 2018 et 2025, est décédé en France à l’âge de 85 ans, selon des informations publiées le dimanche 4 octobre 2026 par Equinoxe TV, Actu Cameroun et Lebledparle.

M. Atangana a présidé une institution dont l’indépendance a été maintes fois remise en question. Sous sa direction, le Conseil a rejeté les recours électoraux de l’opposition, confirmé l’exclusion de Maurice Kamto de la course à la présidentielle de 2025 et refusé d’examiner plusieurs contestations relatives à l’action du gouvernement. Il a également fait face à des accusations concernant sa propre conduite politique, illustrées notamment par des images le montrant célébrant au champagne la victoire de M. Biya en 2025.

Il avait passé des décennies dans la magistrature avant que M. Biya ne le rappelle de sa retraite en 2018. Cette nomination plaçait un juge choisi par le président en exercice à la tête de l’institution chargée de trancher les litiges électoraux concernant ce même président. Huit ans plus tard, les interrogations sur la séparation entre ses responsabilités judiciaires et les intérêts du président qui l’avait nommé demeuraient sans réponse.

De Ngomedzap à la Cour suprême

Clément Atangana est né le 20 septembre 1941 à Ekoumeyek (ou Ekoumeyeck), dans l’arrondissement de Ngomedzap, département du Nyong-et-So’o, région du Centre. Il a fréquenté l’école régionale de Yaoundé, le collège François-Xavier Vogt à Mvolyé et le lycée Manengouba à Nkongsamba.

Il a obtenu un diplôme en droit privé à l’Université fédérale du Cameroun, a suivi une formation au sein de la section judiciaire de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) et a fréquenté l’Institut international d’administration publique à Paris. Il a intégré la magistrature le 20 décembre 1968, à l’âge de 27 ans, et a exercé les fonctions de juge d’instruction à Nkongsamba entre 1969 et 1971. Au cours de la décennie suivante, il a successivement dirigé les tribunaux d’Eséka, Bafia, Mora, Sangmélima et Yaoundé.

De 1981 à 1988, il a occupé le poste de sous-directeur chargé des affaires judiciaires et du sceau au ministère de la Justice. Il a ensuite exercé les fonctions de procureur général près la Cour d’appel du Nord avant de présider la Cour d’appel du Centre, à Yaoundé, entre 1989 et 1991.

Il a rejoint la Cour suprême en tant que conseiller en 1991 et a par la suite présidé sa Chambre administrative, une fonction attestée par les dossiers biographiques des Nations Unies dès 1997. Il a pris sa retraite en décembre 2014 et a rejoint le barreau du Cameroun en septembre 2015.

Sa carrière a également été marquée par sa participation aux travaux du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies à partir de 1999 ; il en a assuré la vice-présidence entre 2001 et 2003. Au Cameroun, il a siégé au Conseil supérieur de la magistrature, où la présidence l’a désigné comme membre titulaire et rapporteur en décembre 2014.

Selon les notices biographiques, il a présidé la commission nationale de recensement des votes à partir de 1997, a été élevé au rang d’officier de l’ordre de la Valeur et était marié, père de huit enfants.

Biya choisit l’arbitre des élections

Biya l’a nommé président du Conseil constitutionnel le 7 février 2018. Il était alors âgé de 76 ans. Bien que prévue par la Constitution de 1996, cette institution n’avait pas été mise en place durant les 22 années précédentes. M. Atangana et les autres membres ont prêté serment le 6 mars 2018.

La presse de l’époque a relaté sa réaction enthousiaste. Le site Actu Cameroun a diffusé une vidéo le montrant en train de danser après sa nomination. Il a expliqué aux journalistes que des coupures d’électricité l’avaient empêché d’entendre l’annonce de sa nomination à la radio ; ce sont des proches qui lui ont appris la nouvelle. Sa joie manifeste de voir sa retraite interrompue allait par la suite côtoyer des remises en cause répétées de son indépendance.

Les onze membres du Conseil exercent des mandats renouvelables de six ans. Trois sont désignés par le président de la République, dont le président du Conseil ; trois le sont respectivement par le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat ; et deux par le Conseil supérieur de la magistrature. Ce dispositif répartit le choix entre différentes institutions, mais l’influence de Biya s’étend au-delà de ses propres nominations : le parti au pouvoir domine le Parlement et il préside lui-même le Conseil supérieur de la magistrature.

Dans une interview accordée au journal Le Jour en avril 2018, M. Atangana a rejeté les allégations selon lesquelles il appartiendrait au parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Il a affirmé n’appartenir à aucun parti politique et avoir préservé son indépendance en tant que magistrat. Toutefois, l’évaluation du pays réalisée par la Fondation Bertelsmann pour 2026 a noté qu’il était perçu comme un proche du RDPC.

L’un des premiers litiges publics traités par le Conseil concernait un candidat du RDPC aux élections sénatoriales dans la région de l’Ouest. Paul Tchatchouang, homme politique du Social Democratic Front (SDF), a contesté l’identité et l’état civil de M. Teingnidetio, dont le nom figurait sur la liste conduite par l’homme d’affaires Sylvestre Ngouchinghe. Cette affaire a été surnommée l’affaire du « candidat fantôme ».

Le Conseil a exigé que le candidat se présente en personne. Après son audition le 19 mars 2018, l’institution a reconnu son existence physique et juridique et a rejeté la contestation, validant ainsi la liste du RDPC. L’allégation selon laquelle le candidat n’existait pas a donc été examinée puis écartée par le Conseil.

En juillet 2018, l’organisation Global Concern Cameroon a sollicité une décision du Conseil constitutionnel concernant les coupures d’Internet imposées par le gouvernement dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le Conseil a rejeté la requête au motif que l’organisation n’avait pas qualité pour agir. Par conséquent, l’organisation n’a pas obtenu de décision sur la question de savoir si ces coupures violaient des droits constitutionnels.

Cette issue a mis en lumière une limite de la justice constitutionnelle : les organisations et les citoyens souhaitant faire contrôler l’action de l’État peuvent se voir refuser l’accès au juge avant même que leurs allégations ne soient examinées. En effet, la Constitution réserve le droit de saisir cette instance à certaines autorités politiques désignées. Pour les personnes touchées par les coupures, l’existence du Conseil constitutionnel n’a pas abouti à une décision sur les atteintes du gouvernement à leurs communications.

Le Conseil rejette les contestations de l’élection de 2018

La première élection présidentielle sous la présidence d’Atangana a donné lieu à une confrontation plus directe. En octobre 2018, Kamto a demandé la récusation de six des onze membres du Conseil : Atangana, Emmanuel Bonde, Jean Foumane Akame, Jean-Baptiste Baskouda, Ahmadou Tidjani et Joseph Marie Bipoun Woum. Il soutenait que leurs liens politiques et leurs fonctions antérieures compromettaient leur impartialité.

Le Conseil a rejeté la demande, estimant que Kamto n’avait pas qualité pour engager la procédure de récusation en question. Les membres dont il contestait l’impartialité ont continué à examiner les contentieux électoraux. Sa tentative de modifier la composition du collège a donc échoué avant même que ses allégations principales concernant le scrutin ne soient tranchées.

Le journal Le Point, citant l’AFP, a également rapporté les propos d’un avocat de Kamto affirmant que l’épouse d’Atangana était députée du RDPC. Cette accusation s’inscrivait dans l’argumentaire relatif au conflit d’intérêts, mais l’article ne confirmait pas de manière indépendante son statut parlementaire. Il s’agit là d’une allégation plutôt que d’un fait avéré de sa biographie familiale.

Le Conseil a rejeté l’ensemble des dix-huit recours post-électoraux. Une étude ultérieure du constitutionnaliste Dr Gatsi Tazo a distingué seize rejets pour irrecevabilité des deux dossiers principaux rejetés après examen au fond. La fréquence des rejets pour des motifs de procédure a contribué à donner à l’institution sa réputation railleuse d’« irrecevable ».

La requête de Cabral Libii figurait parmi celles rejetées pour tardiveté. L’analyse de Gatsi Tazo décrit le litige portant sur un délai de soixante-douze heures, que le requérant avait interprété comme trois jours. De telles subtilités procédurales déterminaient si le Conseil accepterait ou non d’examiner une allégation concernant l’élection.

Kamto a dénoncé des fraudes électorales et demandé une annulation partielle du scrutin. Joshua Osih, du SDF, a sollicité l’annulation en invoquant notamment l’insécurité et l’exclusion d’électeurs dans les régions anglophones. Leurs recours ont été jugés recevables mais rejetés comme non fondés. Les décisions du Conseil ont confirmé la victoire de Biya.

Un article du journal The Sun a relaté un échange houleux concernant les procès-verbaux du scrutin. Les avocats de Kamto réclamaient trente-deux procès-verbaux signés, tandis que le membre du Conseil Emile Essombe accusait Kamto de produire de faux documents. Atangana est intervenu, a mis fin à l’échange et a déclaré le débat clos avant de fixer la date du verdict. Cet épisode a alimenté la controverse sur la rigueur avec laquelle l’institution a examiné les éléments de preuve contradictoires.

Le 22 octobre 2018, le Conseil a proclamé Biya vainqueur avec 71,28 % des suffrages, contre 14,23 % pour Kamto. Atangana a qualifié l’élection de libre, transparente, pacifique et crédible. Cette validation contrastait radicalement avec les allégations de fraude et d’exclusion soulevées par l’opposition.

Une résidence officielle aux frais de l’État

Le lendemain, la publication d’un appel d’offres gouvernemental a placé ses avantages matériels au cœur de la controverse. Le projet prévoyait une enveloppe d’environ 272,6 millions de francs CFA pour une résidence officielle destinée au président du Conseil, située à Bastos, un quartier huppé de Yaoundé. L’appel d’offres était daté du 12 octobre, mais n’a été rendu public que le 23 octobre, soit le lendemain de l’annonce par ce dernier de la victoire de Paul Biya.

Le journal Le Messager a présenté cette affaire sous un titre demandant comment Paul Biya avait « gâté » Atangana. Le fait que la résidence soit classée comme bien officiel ne levait pas la question du clientélisme : l’exécutif allouait des fonds pour loger le responsable chargé de statuer sur les contestations relatives à la réélection du président sortant. Sa publication, juste après la proclamation contestée des résultats, a transformé le lien entre ces avantages et l’indépendance de la justice en un sujet de débat public.

Par ailleurs, le site Camer.be a affirmé qu’Atangana avait perçu une prime de 50 millions de francs CFA liée à la proclamation des résultats, tandis que les autres membres du Conseil recevaient chacun 25 millions de francs CFA. L’article s’appuyait sur des sources anonymes et ne présentait aucune preuve de paiement. Cette allégation a circulé parallèlement à la polémique sur la résidence, mais les versements évoqués n’ont pas été confirmés par les éléments publiés.

Recours électoraux et obstacles au contrôle de constitutionnalité

Le Conseil a effectivement annulé des résultats électoraux sous sa présidence. Après les élections législatives de février 2020, il a ordonné la reprise du scrutin dans onze circonscriptions des régions anglophones, concernant treize sièges. Toutefois, à la suite du nouveau scrutin du 22 mars, il a rejeté, le 2 avril, douze recours du SDF les jugeant infondés. Le RDPC a remporté l’ensemble des treize sièges.

Le SDF a accusé le Conseil de contredire son raisonnement antérieur, arguant que l’insécurité et les entraves au vote persistaient. Le désaccord portait sur la question de savoir si les conditions, suffisamment graves pour justifier l’annulation des résultats de février, avaient été adéquatement résolues par la reprise du scrutin.

Des restrictions d’accès au contrôle de constitutionnalité sont réapparues en 2021. Le Conseil a rejeté des requêtes concernant le programme de vaccination contre la Covid-19, la prolongation des mandats de dix-huit dirigeants d’entreprises publiques et la mise en œuvre de la décentralisation. Parmi les requérants figuraient Joachim Tabi Owono, Denis Émilien Atangana et Vincent Engoulou Voundi.

Leurs dossiers ont été rejetés pour défaut de qualité à agir. En mars 2023, les partis d’opposition ont de nouveau dénoncé des irrégularités électorales, cette fois-ci lors des élections sénatoriales. Human Rights Watch a recensé les contestations du SDF, du Front des démocrates camerounais et du PNUD concernant des allégations de corruption, notamment d’achat de votes. Le Conseil a rejeté ces plaintes. Le RDPC a remporté la totalité des soixante-dix sièges de sénateurs élus.

La transparence des listes électorales est devenue un autre sujet de discorde récurrent. En août 2023, le Conseil a rejeté la contestation des listes électorales par l’avocat Christian Ntimbane Bomo, notamment pour défaut de qualité pour agir et pour avoir été introduite prématurément avant le processus électoral. La question de fond relative à la transparence est restée sans réponse.

Accusations politiques et pressions sur les journalistes

Le 18 janvier 2024, M. Biya a renouvelé le mandat de M. Atangana pour une durée de six ans ; ce dernier était alors âgé de 82 ans. En mars de la même année, le média Actu Cameroun a fait état de son retour au pays après trois semaines d’hospitalisation en Europe. Ce renouvellement maintenait un magistrat vieillissant au cœur du dispositif de règlement des contentieux électoraux, y compris pour l’élection présidentielle prévue l’année suivante.

Le 27 octobre 2024, il a assisté à une assemblée générale de l’ADENSO, une association de développement du département du Nyong-et-So’o, à Mbalmayo. À l’issue de cette réunion, une motion de soutien à la candidature de M. Biya pour l’élection de 2025 a été adoptée. L’utilisation des locaux du RDPC pour cet événement, conjuguée à la présence de M. Atangana, a suscité des accusations selon lesquelles le haut magistrat chargé du contentieux électoral participait à la mobilisation politique en faveur du président sortant.

M. Atangana a nié avoir apporté son soutien à M. Biya. Dans une lettre datée du 7 novembre, il a expliqué avoir assisté à la réunion en tant que notable et ancien président de l’ADENSO, précisant qu’il était reparti après la cérémonie d’ouverture, avant l’adoption de la motion. Le maire de Mbalmayo, Dieudonné Zang Mba, a par la suite déclaré n’avoir ni rédigé ni signé ce texte, expliquant que les locaux du parti avaient été utilisés faute d’autre lieu disponible.

L’article 5 du statut régissant les membres du Conseil interdit l’exercice de fonctions de direction politique ainsi que toute manifestation publique d’appartenance politique. Il impose également aux membres d’éviter tout comportement susceptible de compromettre leur indépendance ou la dignité de leur fonction. Ces obligations conféraient aux allégations concernant la réunion de l’ADENSO une dimension liée au respect des dispositions statutaires.

Sa réaction face à l’attention médiatique a suscité une nouvelle polémique. Après des critiques formulées dans l’émission Droit de Réponse de la chaîne Equinoxe — au cours de laquelle Edmond Kamguia avait notamment évoqué une « prostitution institutionnelle » —, M. Atangana a exigé un droit de réponse dans la même émission et avec les mêmes intervenants. Dans sa lettre, il accusait les personnes concernées d’induire le public en erreur et employait des termes tels qu’« incitation à la rébellion » et « complot ».

Ses avocats ont également exigé réparation auprès du journal Cameroon Tribune, dont la couverture de la réunion avait alimenté la controverse. Ces échanges ont placé le président du Conseil dans une confrontation publique avec des journalistes remettant en cause sa neutralité politique, alors même qu’il allait bientôt être appelé à superviser le contentieux d’une nouvelle élection présidentielle.

Le 6 novembre 2024, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), le parti de M. Kamto, a déposé une plainte pénale contre M. Atangana ainsi que contre deux autres membres du Conseil, MM. Adolphe Minkoa She et Emmanuel Bonde. La plainte faisait état d’activités politiques interdites et d’infractions relatives au fonctionnement des institutions publiques. Les personnes visées en ont été informées le lendemain.

Le parti a invoqué l’article 23 du statut des membres, qui impose au président du Conseil de se mettre en congé dans un délai de quinze jours s’il est visé par une procédure pénale. M. Atangana a toutefois continué à présider l’instance. Le désaccord sur la question de savoir si la plainte entraînait l’application de cette disposition est devenu indissociable des demandes ultérieures exigeant qu’il se récuse dans les affaires impliquant ses accusateurs.

En février 2025, les avocats du MRC ont signalé qu’un juge d’instruction avait déclaré irrecevable leur constitution de partie civile, faute de qualité pour agir. Ils ont annoncé leur intention de faire appel. Cette issue procédurale n’a pas permis d’établir si les activités politiques alléguées avaient effectivement eu lieu. Les informations diffusées par la suite continuaient de présenter la plainte comme étant en cours d’examen ; aucun élément disponible ne faisait état d’une condamnation pénale définitive à l’encontre de M. Atangana.

Parallèlement, le 21 janvier 2025, le Conseil a rejeté la demande du MRC visant à ce que MM. Atangana et Minkoa She s’abstiennent de siéger dans une affaire relative aux listes électorales, en raison d’un parti pris politique allégué. Il s’est ensuite déclaré incompétent pour ordonner la publication réclamée par le parti. La contestation engagée par le MRC contre Elections Cameroon (ELECAM), l’organe de gestion des élections, au sujet du fichier électoral national, a ainsi pris fin sans qu’une décision sur le fond soit rendue dans le cadre de cette procédure.

La question a resurgi lors des audiences consacrées aux candidatures à l’élection présidentielle, en août. Les avocats de M. Léon Theiller Onana ont de nouveau contesté le maintien de M. Atangana à la présidence, en invoquant la plainte pénale et la controverse liée à l’ADENSO. Leur demande de récusation a été rejetée. M. Atangana a conservé la présidence alors que le Conseil examinait les recours visant M. Biya et les candidats de l’opposition.

Kamto écarté de la course de 2025

L’exclusion de Kamto a été la plus lourde de conséquences parmi ces contestations de candidatures. ELECAM a rejeté son dossier le 26 juillet 2025, invoquant des nominations concurrentes émanant du MANIDEM, le parti sous la bannière duquel il souhaitait se présenter. Kamto et le dirigeant du MANIDEM, Anicet Ekane, contestaient la légitimité de la candidature rivale associée à Dieudonné Yebga.

Le 5 août, le Conseil a confirmé cette exclusion. Human Rights Watch a critiqué la décision, y voyant une nouvelle restriction à la participation politique. Un différend sur la légitimité de la désignation du candidat du MANIDEM avait abouti à l’éviction d’une figure majeure de l’opposition du scrutin, et la décision du Conseil a entériné cette exclusion.

L’accès du public aux audiences a également fait l’objet de controverses. Citant une source au sein de la CRTV, Médiatude a rapporté qu’Atangana avait refusé d’autoriser une retransmission télévisée en direct, malgré l’intervention du ministère de la Communication. Des informations ont également fait état de l’interruption de la diffusion en direct de Naja TV alors que l’impartialité d’Atangana lui-même était remise en cause.

Plus tard dans le mois, le Conseil a rejeté les contestations portant sur la conception et les couleurs des bulletins de vote. Le SDF soutenait que le bulletin de Serge Espoir Matomba reprenait des éléments de celui de Joshua Osih, risquant ainsi de semer la confusion chez les électeurs. Le 21 août, sa requête a été rejetée pour cause de tardiveté. Louis-Marie Kakdeu, responsable du SDF, a fait valoir que la copie alléguée s’était produite après la date limite fixée par le Conseil, privant ainsi le parti de tout recours effectif.

Un autre litige opposant le FSNC et l’UDC au sujet de la couleur jaune utilisée sur leurs bulletins a également été rejeté. Ces affaires s’ajoutaient à la liste des plaintes électorales écartées en vertu des règles de recevabilité, y compris celles où les requérants soutenaient que le problème était survenu trop tard pour que le délai prescrit puisse offrir une protection adéquate.

Le 22 août, le Conseil a rejeté la contestation d’Akere Muna concernant l’éligibilité de Biya. Muna s’appuyait sur l’article 118 du Code électoral et invoquait une dépendance physique, des absences prolongées ainsi qu’une gouvernance par procuration. Les représentants de Biya ont réfuté ces allégations. Atangana a annoncé que la requête était recevable mais non fondée. L’avocate de Muna, Michèle Ndoki, a critiqué la rapidité de la décision et a soutenu que le système se protégeait lui-même. Le jugement a validé la candidature de Biya. Il ne constituait ni une évaluation médicale indépendante de l’état de santé du président ni la preuve que les inquiétudes concernant sa capacité avaient été levées sur le plan médical.

Une nouvelle victoire pour Paul Biya sur fond de répression meurtrière

À la suite du scrutin du 12 octobre 2025, le Conseil a rejeté dix recours le 22 octobre, invoquant l’insuffisance de preuves ou des motifs liés à la compétence juridique. Les requêtes dénonçaient diverses irrégularités, notamment le bourrage des urnes et des actes d’intimidation. Le candidat de l’opposition Issa Tchiroma Bakary, qui avait publiquement revendiqué la victoire, n’a pas lui-même déposé de recours post-électoral auprès d’une institution dont il se méfiait.

Le parti Héritage a par la suite demandé un examen plus rigoureux des résultats compilés. Ses avocats, Christian Ntimbane Bomo et Emmanuel Simh, ont critiqué le fait que le Conseil s’en remette à la commission nationale de recensement des votes et ont réclamé un examen contradictoire et télévisé. Après une audience tenue le 24 octobre, la demande a été rejetée, principalement en raison de sa tardiveté et du défaut de qualité pour agir des requérants.

Le 27 octobre, Atangana a annoncé la victoire de Biya avec 53,66 % des suffrages, contre 35,19 % pour Tchiroma. Ce résultat offrait à Biya, au pouvoir depuis 1982, un nouveau mandat de sept ans. Tchiroma et d’autres figures de l’opposition ont rejeté ce verdict, tandis que les autorités maintenaient la validité du processus électoral.

Akere Muna a accusé le Conseil de servir de simple chambre d’enregistrement pour la tyrannie. Patricia Ndam Njoya a également contesté l’issue du scrutin. Muna a remis en question les chiffres de participation annoncés pour les zones anglophones en proie au conflit. Ces contestations visaient tant la crédibilité des chiffres que celle de l’institution les ayant validés.

La validation des résultats est intervenue en pleine crise post-électorale violente. Human Rights Watch a documenté l’usage de balles réelles par les forces de sécurité contre la foule, ainsi que des décès et des arrestations massives. Le 4 novembre, citant deux sources onusiennes, Reuters a rapporté que les forces de sécurité avaient tué quarante-huit civils. À la mi-novembre, le bilan officiel de seize morts avancé par le gouvernement était lui-même contesté par des organisations de défense des droits humains. Le décompte établi par MMI News, en collaboration avec Nzui Manto, faisait état de 65 cas confirmés. Rejet de recours constitutionnels en 2026

Les contestations se sont poursuivies en 2026. Le 13 janvier, le Conseil s’est déclaré incompétent pour examiner le recours du FDC contre l’exigence d’une attestation de régularité fiscale dans les dossiers de candidature aux élections législatives et municipales. Le parti soutenait que cette exigence entrait en conflit avec les documents prévus par le Code électoral et créait des obstacles supplémentaires pour les candidats.

Le 17 juin, il s’est déclaré incompétent pour statuer sur un recours du MRC contre le décret présidentiel prolongeant les mandats des conseillers municipaux jusqu’au 28 février 2027. Ces conseillers avaient été élus en février 2020. Le parti contestait la légalité de leur maintien en fonction au-delà de la durée initiale de leur mandat.

Le décret est demeuré en vigueur après le rejet de la requête. Le Conseil ne s’est pas prononcé sur le fond quant à la constitutionnalité de cette prolongation. Son refus d’examiner le décret selon la procédure engagée a privé l’opposition de la décision qu’elle sollicitait concernant le maintien en fonction des élus locaux.

Le Conseil a également été interpellé au sujet des absences prolongées de M. Biya. En octobre 2024, l’avocat Richard Tamfu a demandé au président de l’Assemblée nationale d’engager une procédure relative à la vacance de la présidence. En juillet 2026, Jean-Michel Nintcheu et le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono ont réitéré ces appels, ce dernier accusant l’institution de manquer à ses obligations professionnelles.

Le RDPC a soutenu que la présidence n’était pas vacante et que M. Biya continuait d’exercer ses fonctions. Ce différend a mis en lumière une autre responsabilité incombant à M. Atangana : le rôle du Conseil dans la constatation de l’incapacité présidentielle. Ces démarches n’ont abouti à aucune décision publique du Conseil déclarant M. Biya incapable d’exercer ses fonctions.

Le nom de M. Atangana a également été cité dans le cadre de plaintes pénales à l’étranger annoncées par M. Tchiroma concernant une répression présumée après les élections de 2025. M. Tchiroma a déclaré avoir engagé des poursuites en France le 12 juin 2026, suivies de deux plaintes en Suisse le 11 juillet. Les informations publiées au sujet des plaintes déposées en Suisse mentionnaient M. Atangana parmi les hauts responsables visés.

Ces accusations ont étendu la controverse au-delà de la validation des scrutins pour englober une responsabilité présumée dans la crise postélectorale. Les rapports disponibles concernant les plaintes n’ont pas établi la responsabilité pénale personnelle d’Atangana sur le plan judiciaire. Leur inclusion témoignait néanmoins de la volonté des opposants d’obtenir que des comptes soient rendus en dehors des institutions qu’il avait contribué à diriger.

Le champagne après la validation de la victoire

Les images montrant le président du Conseil en train de boire du champagne lors d’une réunion à son domicile constituent l’un des témoignages les plus directs de son propre comportement. Le journal Le Monde a diffusé des images du président du Conseil célébrant l’événement après l’annonce des résultats de 2025. La transcription de la vidéo montre qu’il a déclaré en français : « Je suis heureux que vous célébriez à la fois le travail accompli par votre père et la victoire de votre candidat. »

Il a présenté le travail accompli et la victoire du candidat comme des motifs de réjouissance. De la part du responsable chargé de statuer sur les contestations électorales, cette participation a donné une base factuelle — fondée sur ses propres propos enregistrés — à la controverse concernant son impartialité. Le fait qu’il ait nié appartenir à un parti politique ne suffisait pas à trancher la question de savoir si son comportement respectait l’obligation de réserve politique inhérente à sa fonction.

L’article 5 imposait à M. Atangana d’éviter tout comportement susceptible de compromettre son indépendance et interdisait toute manifestation publique d’appartenance politique. L’arbitre électoral, qui avait rejeté les recours et proclamé la victoire de M. Biya, a été filmé alors qu’il se joignait aux célébrations de cette victoire. Ce comportement demeure un élément du bilan public au regard duquel sa présidence doit être évaluée.

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