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Cameroun : la sale histoire de l’hôtel Marriott

80 familles ont été forcées de quitter leur logement à Douala, afin de faire place à la construction du premier hôtel Marriott du Cameroun. Une histoire où se mêlent politique, argent et corruption.

C’est une scène surréaliste. A Dikolo, dans la banlieue de Douala, la capitale économique camerounaise, c’est sous les bombes lacrymogènes et devant les lames des bulldozers que des centaines de personnes ont été contraintes d’abandonner leur domicile.

Le terrain est préparé par un avocat camerounais installé au Canada, Olivier Chi Nouako. Sur ce terrain doit être construit le premier hôtel de la chaine américaine Marriott.

Le problème, c’est que les 80 familles qui ont observé leurs maisons être rasées samedi dernier n’ont pas vendu ces terrains. C’est le ministre camerounais des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières, Henri Eyebe Ayissi, qui a finalisé cette affaire qui dure depuis maintenant près de 15 ans.

Début août 2020, Ayissi, accompagné d’Olivier Chi Nouako, a signé au nom de l’Etat camerounais la vente des terrains. Vers la fin de l’année dernière, les habitants ont reçu des ordres d’évacuation, en raison d’une expropriation décidée sous couvert d’« utilité publique ».

L’organisation Change avait alors présenté une pétition au Premier ministre Joseph Ngute, signée par des milliers de personnes. L’ONG y expliquait qu’il « s’agit de terrains ancestraux sur lesquels vivent des autochtones de Douala depuis plus de 300 ans. C’est un site historique qui regorge des emblèmes, édifices et monuments sacrés, liés à la culture du peuple Douala qui vit sur ces lieux ».

L’organisation avait également mis en exergue qu’un hôtel privé « n’a aucun caractère d’utilité publique ou d’intérêt général comme le précise la loi Camerounaise en matière de DUP ».

Une société et un avocat controversés

En début d’année, les habitants avaient pourtant été rassurés par leur chef de canton, Cabral Libii. Les élus de la région avaient obtenu une promesse de suspension du processus d’expropriation. Or, comme l’expliquaient les forces de l’ordre accompagnant la destruction des maisons samedi dernier, la perte des droits fonciers était déjà actée depuis bien longtemps.

En effet, en 2020, le groupe Marriott n’a pas acheté les terrains aux habitants, mais a bel et bien obtenu un bail emphytéotique de la part du ministre Henre Eyebe Ayissi, pour une durée de 50 an renouvelables. Le bail a été signé par la société du promoteur. Une société qui n’est pas spécialisée dans l’immobilier, au demeurant. La « Société immigration and business Canada » d’Olivier Chi Nouako est une entreprise intermédiaire chargée de l’émigration des étudiants camerounais au Canada.

Pour rappel, Nouako représentait, initialement, la partie camerounaise. Seulement, il n’est pas employé pas l’Etat et n’est donc pas habilité à entreprendre de telles actions. Autre fait intéressant : ce même avocat, résidant et exerçant au Canada, a été radié à de nombreuses reprises pour des soupçons d’arnaques envers ses clients canadiens.

Dans la presse camerounaise, ce personnage fait office de bouc-émissaire pour expliquer la violence employée contre les familles. Selon plusieurs médias, ce seraient « les habitants qui n’ont pas respecté la décision de transfert des droits fonciers ». Des populations qui auraient un ressentiment contre Olivier Chi Nouako, qui « n’appartient pas à la même ethnie et ne bénéficie pas de la solidarité des locaux » pour « réaliser un projet qui élèvera le niveau de la ville ». Une opération de communication bien orchestrée.

« Irrégularités, magouilles et fraudes »

Du côté du groupe Marriott, on affirme que les habitants auraient été payés pour l’achat des maisons. Or, cela contredit les déclarations des autorités sur le bail emphytéotique qui est, lui, assuré par un décret de la primature…

Selon le porte-parole des habitants et responsable de l’ONG Change, Patrick Moudissa Bell, « il n’est prévu aucun plan de recasement pour les populations autochtones qui vont se voir chasser de leur village ». Il ne nie pas, cependant, les offres d’indemnisations. Mais selon lui, celles-ci « ne correspondent pas à la valeur des terrains selon la mercuriale ».

Bell affirme aussi que les habitants sont « titulaires de titres fonciers reconnus par l’État et enregistrés aux services du cadastre ».

Au vu de la confusion de la version des autorités, tout porte à croire qu’il y ait des irrégularités dans cette affaire. Patrick Moudissa Bell martèle d’ailleurs que « le projet est entaché d’irrégularités, de magouilles et de fraudes entre certaines autorités administratives du Cameroun et le promoteur du projet ».

C’est Bouygues Constructions qui assurera les travaux.

Le Journal de l’Afrique

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