Dans une lettre ouverte adressée au ministre de la Justice, Laurent Esso, le journaliste dénonce les violences survenues dans la soirée du 19 mai 2026 à Zoétélé dans le département du Dja-et-Lobo (région du Sud).
Le mardi 19 mai 2026 au soir, une maison a été incendiée à Zoétélé par les populations en colère qui accusent un homme d’affaires et son épouse, remis en liberté par le parquet de Sangmelima, d’être les assassins d’une femme. La communauté Bamileke à laquelle est issu le couple a été prise pour cible.
Selon Charles Armel Mbatchou, aucun Camerounais ne devrait craindre pour sa vie parce qu’il vit, travaille ou investit dans une autre région que celle de ses origines. Par conséquent, il demande au ministre de la Justice d’ouvrir des enquêtes rigoureuses et indépendantes sur les crimes commis à Zoétélé et d’identifier, poursuivre et condamner les auteurs, commanditaires et complices de ces violences.
Lire la lettre ouverte de Charles Armel Mbatchou :
« Lettre ouverte à Monsieur Laurent ESSO, Ministre d’État, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux
Monsieur le Ministre d’État,
Ministre de la Justice, Garde des Sceaux,
Je prends aujourd’hui la plume avec gravité, indignation et inquiétude face aux événements dramatiques survenus à Zoétélé, où des citoyens paisibles ont été victimes d’actes d’une rare violence perpétrés par des populations ayant choisi de se substituer à l’autorité de l’État.
Ces hommes et ces femmes, installés dans cette localité dans le seul but de vivre dignement, de travailler honnêtement et de contribuer concrètement au développement économique et social du Cameroun, ont été exposés à des traitements inacceptables, à des violences collectives, à des humiliations et à des actes qui relèvent purement et simplement de la criminalité.
Monsieur le Ministre,
Les faits rapportés ne sauraient être minimisés ni dilués dans les émotions du moment. Une chronologie claire permet de constater que cette situation n’est ni spontanée ni isolée. Depuis plusieurs années déjà, des tensions communautaires et des actes d’hostilité récurrents sont signalés dans cette contrée. À plusieurs reprises, des alertes ont été lancées. Des décisions de justice ont même été rendues dans certaines affaires connexes, établissant les responsabilités et rappelant le cadre républicain devant gouverner le vivre-ensemble.
Dès lors, une question fondamentale se pose : d’où vient-il que, malgré l’existence de décisions judiciaires et l’autorité reconnue des institutions de la République, certains individus continuent de se faire justice eux-mêmes, en toute impunité apparente, jusqu’à commettre des actes criminels contre d’autres citoyens camerounais ?
Le Cameroun ne peut accepter que des groupes se substituent aux juridictions de la République. Le Cameroun ne peut cautionner la loi des foules. Le Cameroun ne peut tolérer qu’une appartenance communautaire, une origine ou une activité économique deviennent des motifs de persécution collective.
Monsieur le Ministre,
L’Histoire récente du continent africain devrait pourtant nous servir d’avertissement. L’Afrique du Sud traverse depuis plusieurs années des crises profondes marquées par des violences xénophobes, des lynchages, des destructions de commerces et des attaques ciblées contre des populations accusées d’être des “étrangers” ou des concurrents économiques. À chaque fois, l’absence de réaction ferme dès les premiers signaux a favorisé l’enracinement de la haine collective.
Le Cameroun n’en est pas loin si l’État laisse prospérer les discours de stigmatisation, les violences communautaires et l’idée dangereuse selon laquelle certains citoyens auraient plus de droits que d’autres sur une portion du territoire national.
La République est indivisible. Aucun Camerounais ne devrait craindre pour sa vie parce qu’il vit, travaille ou investit dans une autre région que celle de ses origines.
Par conséquent, nous appelons solennellement le Ministère de la Justice :
- à ouvrir des enquêtes rigoureuses et indépendantes sur les crimes commis à Zoétélé ;
- à identifier, poursuivre et condamner les auteurs, commanditaires et complices de ces violences ;
- à rappeler avec fermeté que nul n’a le droit de se rendre justice ;
- à garantir la protection effective des citoyens menacés ;
- et à prévenir toute escalade susceptible de fragiliser davantage la cohésion nationale.
L’autorité de l’État se mesure précisément dans sa capacité à protéger les plus vulnérables, à faire respecter les décisions de justice et à empêcher que la vindicte populaire ne remplace le droit.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre d’État, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, l’expression de ma très haute considération.
Armel MBATCHOU
Journaliste engagé
Analyste politique et chroniqueur
Historien d’art »

