SONARA : sept ans d’études incompréhensibles, zéro raffinerie, et maintenant la SNH construit ailleurs

Cameroun Actuel
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Le 31 mai 2019, un incendie ravageait plusieurs unités de la SONARA à Limbé. Sept ans plus tard, le Cameroun ne raffine toujours pratiquement plus son pétrole. Mais il y a pire : pendant que l’État annonce encore des « études » pour reconstruire la SONARA, la SNH soutient désormais un autre projet de raffinerie : C Star, à Kribi.

Par Charles Armel Mbatchou

Autrement dit, pendant qu’on explique aux Camerounais que la SONARA est “en reconstruction”, le système prépare déjà autre chose.
La contradiction est gigantesque. Et elle mérite d’être dite brutalement : soit la reconstruction de la SONARA est une fiction administrative devenue rentable pour certains réseaux, soit l’État lui-même ne croit plus à son propre projet.

2019 : l’incendie qui révèle un désastre industriel

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2019, un incendie détruit quatre unités de production et en endommage plusieurs autres sur les treize que compte la raffinerie.

Le choc est immense :

  • arrêt du raffinage national ;
  • explosion des importations de carburants ;
  • aggravation des tensions sur les réserves de change ;
  • exposition accrue du système bancaire à la dette SONARA.

À l’époque, le gouvernement promet une reconstruction rapide.
“Dans les prochains jours”, disait-on déjà en 2019.
Sept ans plus tard, le pays attend toujours.

Chronologie d’une paralysie coûteuse

2019 : le pays bascule dans l’importation massive
Après l’incendie, le Cameroun devient dépendant des produits raffinés importés. L’INS estimait déjà que la facture d’importation dépasserait 518 milliards FCFA.
Le paradoxe devient humiliant : un pays producteur de pétrole brut incapable de transformer son propre pétrole.

2020 : premières estimations… 250 milliards FCFA
Le gouvernement annonce qu’il faudrait environ 250 milliards FCFA pour réhabiliter la raffinerie.
Mais immédiatement apparaît le premier verrou : la dette colossale de la SONARA.
Le FMI évoque alors une dette dépassant 731 milliards FCFA.
Le problème n’est plus seulement industriel. Il devient systémique.

2023 : encore des études
Quatre ans après l’incendie, la SONARA lance encore un appel d’offres international pour :

  • des études technico-économiques ;
  • des études FEED ;
  • des études de faisabilité approfondies ;
  • des scénarios de reconstruction ;
  • des projections financières.

Quatre ans après l’explosion, l’État est encore en train d’étudier s’il faut reconstruire ce qu’il annonçait déjà vouloir reconstruire.
C’est ici que le dossier devient politiquement accablant.
Car une question simple surgit : que s’est-il passé entre 2019 et 2023 ?
Quatre années perdues ?
Ou quatre années consommées ?

La République des études

Le scandale SONARA n’est plus seulement industriel.
Il devient bureaucratique.

Au Cameroun, l’étude est devenue un mode de gouvernement :

  • on commande une étude pour éviter une décision ;
  • on finance une mission pour différer un arbitrage ;
  • on annonce un audit pour gagner du temps ;
  • on crée un comité pour enterrer les responsabilités.

Pendant ce temps :

  • les importations explosent ;
  • les réserves de change souffrent ;
  • les consommateurs paient ;
  • les banques portent le risque ;
  • l’industrie nationale disparaît.

Et les études continuent. Le plus grave est ailleurs : plus le temps passe, plus les chiffres changent. 250 milliards hier. 300 milliards aujourd’hui. Demain, combien ? À ce rythme, le Cameroun risque de finir avec la raffinerie la plus étudiée d’Afrique… mais toujours inexistante.

Et soudain apparaît C Star

Puis survient le fait politique majeur. En 2025, le projet C Star Refinery est officiellement présenté comme une nouvelle raffinerie à Kribi, avec une capacité annoncée de 30 000 barils/jour et une mise en service espérée en 2028.

Le projet affirme vouloir :

  • réduire les importations ;
  • restaurer la souveraineté énergétique ;
  • sécuriser l’approvisionnement national.

Mais précisément : n’était-ce pas déjà la mission historique de la SONARA ? C’est ici que la communication officielle devient intenable. Car si C Star doit “restaurer la souveraineté énergétique”, cela revient implicitement à reconnaître que la SONARA ne joue plus ce rôle.

Et si la nouvelle raffinerie devient la priorité réelle, alors il faut dire franchement aux Camerounais que la reconstruction de la SONARA n’était plus l’option stratégique centrale.

Une question brutale : la SNH ne croit-elle plus à la SONARA ? La SNH n’est pas un acteur périphérique. Elle est le cœur financier du secteur pétrolier camerounais. Donc lorsque la SNH accompagne un nouveau projet de raffinerie pendant que la SONARA reste dans les études, cela ressemble moins à une complémentarité qu’à un désaveu silencieux.

Le discours officiel parle de projet “complémentaire”. Mais les faits posent une autre question : pourquoi construire ailleurs si la reconstruction de la SONARA est réellement maîtrisée ? Une entreprise publique sérieuse ne lance pas un second chantier stratégique de raffinage parce qu’elle s’ennuie.

Elle le fait lorsqu’elle doute :

  • du calendrier ;
  • de la viabilité ;
  • de la gouvernance ;
  • ou de la capacité réelle de redémarrage.

“Partant de quelle expérience et sur la cendre de quoi ?”
La question dérange parce qu’elle frappe juste.

Car enfin :

  • quelle expertise récente le Cameroun a-t-il démontrée dans le raffinage moderne ?
  • quelle leçon institutionnelle a été tirée de l’incendie ?
  • quel audit public complet a été présenté ?
  • quelles responsabilités ont été établies ?
  • quel modèle économique viable a été publié ?

Aucun pays sérieux ne reconstruit une raffinerie sans autopsie industrielle publique.

Or au Cameroun, tout semble opaque :

  • les responsabilités ;
  • les arbitrages ;
  • les coûts réels ;
  • les bénéficiaires des contrats ;
  • les délais ;
  • les priorités stratégiques.

Le résultat est terrible :
on ne sait plus si la SONARA est un projet industriel, un dossier politique ou un marché administratif permanent.

La vérité que personne ne veut dire

La SONARA est devenue le symbole d’un État qui annonce plus vite qu’il n’exécute.

Depuis 2019 :

  • les études avancent ;
  • les discours changent ;
  • les coûts augmentent ;
  • les importations continuent ;
  • les dettes s’accumulent ;
  • mais la raffinerie ne redémarre pas.

Et maintenant, l’appareil public construit ailleurs.
Le plus inquiétant n’est donc pas l’incendie de 2019.

Le plus inquiétant, c’est ce qu’il a révélé : une incapacité chronique à transformer une urgence nationale en décision opérationnelle.

Conclusion : la SONARA n’est plus seulement une raffinerie détruite, c’est un révélateur d’impuissance publique. Une nation peut perdre une raffinerie dans un accident industriel.

Mais sept années d’études, d’annonces, de reports et de contradictions révèlent autre chose : une crise de gouvernance.

Le dossier SONARA pose désormais une question historique : le Cameroun veut-il encore reconstruire sa raffinerie nationale, ou prépare-t-il discrètement son enterrement administratif au profit d’un nouveau modèle contrôlé ailleurs ?

Parce qu’à force de reconstruire sur papier, le pays risque une chose : ne plus avoir ni SONARA fonctionnelle, ni souveraineté énergétique réelle — seulement des projets concurrents, des études milliardaires et des discours sans échéance.

Armel MBATCHOU
Journaliste Engagé
Analyste politique et chroniqueur
Historien d’art

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