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Sanctuaire à Gorilles de Mengame : massacres d’espèces protégées et pillages à ciel ouvert

Crée et aménagé dans le but de valoriser et conserver la nature, assurer une gouvernance efficace et équitable de son utilisation, le site abandonné entre les mains des lobbies, ploie aujourd’hui sous l’emprise de la déforestation mais aussi d’un massacre sans précédent des quelques rares espèces de gorilles en voie de disparition.

Expédition punitive contre des espèces protégées ! Les images sont d’une cruauté insoutenable. Une centaine de gorilles décapités et abandonnés en pleine forêt. Des carcasses découvertes dans la brous- saille par des riverains incapables de s’exprimer face à un tel massacre. On aurait dit un raid contre ces espèces de primates, dont le gorille des plaines occidentales, objet d’un programme de sensibilisation et d’éducation à la conservation dans d’autres pays.

En effet, la Réserve de conservation transfrontalière de Mengamé, soutenue par l’Organisation internationale de bois tropicaux (Oibt) et couvrant 130.000 hectares de part et d’autre de la frontière entre le Cameroun et le Gabon, porte le deuil depuis quelques jours.

Déjà menacé par les effets néfastes de la déforestation, ce site clé consacré à sa création, à la conservation de l’écosystème forestier tropical en Afrique centrale, est aujourd’hui victime de braconnage à ciel ouvert. Si on peut se targuer quand même de sa forêt dense humide, de sa forêt marécageuse et de ses prairies saisonnièrement inondées, ce n’est guère le cas pour ces pauvres gorilles dont l’extinction semble être prononcée.

Considéré comme une espèce en danger, par la World Conservation Union ce gorille que certains hommes sans foi ni loi chassent principalement pour sa chair, vit le martyr à Mengame. C’est le chef de groupement d’Oveng qui a saisi notre rédaction pour annoncer cet autre massacre.

« Une centaine de gorilles a été massacrée par des braconniers avec apparemment la complicité des eco-gardes et sans que l’administration ne réagisse », s’est indigné notre informateur. Où sont donc passées les élites du Sud qui se sont rendues récemment dans la localité pour des meetings politiques ? Pourquoi gardent-ils silence face à cette abomination ? Qu’ont-ils concrètement fait pour sauve- garder cette richesse naturelle et éviter ce énième crime contre la nature ?

Deals financiers

Voilà 23 ans que les Sociétés Sofopetra et Cana Bois ont quitté le Sanctuaire à gorilles, sous la pression de l’ancien ministre des Forêts et de la faune, Sylvestre Naah Ondoua « qui avait exigé des pots de vin à Nassar Bouhadir, pour renouveler la convention de gestion » avec les deux sociétés suscitées.

23 ans après le lourd investissement opéré sur le site par les bons soins de l’homme d’affaires camerouno-libanais, payant de ses poches les eco-gardes non sans aménager le site touristique et autres parcelles connexes, on se demande bien quel est le bilan.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est désastreux. Il y’a quelques années, le Messager avait déjà réalisé une enquête sur les pillages des essences précieuses tels que le Bubinga par des entreprises forestières frauduleuses qui font la pluie et le beau temps.

Ce qu’on sait c’est que l’actuel ministre des Forêts et de la faune, Jules Doret Ndongo a attribué dans une procédure de gré à gré, une bonne partie de la forêt de ce sanctuaire à Mvondo Assam Bonivan, député de la Nation et non moins neveu du président de la République.

Un juteux marché de vente de coupe qui a permis à ce dernier de piller considérablement des ressources sans qu’on apporte la preuve qu’il a au moins payé les redevances. Mais, la population et les autorités publiques se plaignent de mauvaises pratiques d’exploitation qui, comme le révèlent plusieurs enquêtes réalisées sur ce site, ont fait des deals financiers avec des sociétés appartenant à certaines élites politiques influentes pour exploiter illégalement le bois, écouler les grumes non déclarées et être fiscalement indétectables.

L’arbitrage de Paul Biya attendu

Pourtant en son temps, Marafa Hamidou Yaya alors ministre d’Etat Secrétaire général de la présidence de la République et Polycarpe Abah Abah, ministre des Finances à l’époque, ont cru au projet aménagé par Nassar Bouhadir. Les 500 millions de Fcfa déposés dans les caisses du Sanctuaire à gorilles de Mengame avaient été dilapidés.

L’ordonnance rendue par la Cour suprême au sujet du différend qui opposait l’opérateur économique libanais au gouvernement camerounais au sujet de la gestion dudit sanctuaire avait dévoilé la face hideuse de Sylvestre Naah Ondoua qui, malgré des rapports constants venant du terrain, en dépit des termes d’une convention dûment signée par les deux parties qui accordait à Nassar un droit de préemption sur les environs de cette aire, avait choisi d’accorder à d’autres opérateurs, pour des intérêts évidents, les par- celles en question.

Aujourd’hui, l’espace vibre au rythme des pillages des essences et du massacre des gorilles.C’est dire que Paul Biya, Chef de l’Etat et non moins originaire du Sud, est vivement interpellé.

Le Messager

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