Le conflit de longue date dans les régions anglophones du Cameroun a pris une tournure violente le samedi 22 mars, lorsque des combattants séparatistes ambazoniens ont lancé une attaque mortelle près de Mbingo, dans la subdivision de Belo, dans la région du Nord-Ouest du pays. L’attaque a entraîné la mort d’un soldat et l’enlèvement de trois autres.
Les assaillants ont diffusé des vidéos montrant le soldat tué, dénudé et laissé sur une route, tandis qu’ils soumettaient les soldats capturés à des tortures. Ces images ont ravivé les inquiétudes concernant la brutalité en cours dans la région, où les forces gouvernementales et les groupes séparatistes sont engagés dans une lutte sanglante depuis plus de huit ans.
Ce n’est pas la première fois que des soldats sont tués par les séparatistes à Mbingo. Un incident similaire en octobre 2024 a entraîné la mort de deux soldats camerounais.
Un Conflit Raconté par l’Histoire Coloniale
La crise actuelle dans les régions anglophones du Cameroun a des racines profondes dans l’histoire. Le pays a été divisé entre les administrations coloniales françaises et britanniques. En 1961, les Camerounais du Sud, contrôlés par les Britanniques, ont voté pour rejoindre la République du Cameroun nouvellement indépendante, qui avait obtenu son indépendance de la France un an plus tôt.
Cependant, de nombreux Camerounais anglophones ont depuis exprimé des griefs concernant la marginalisation politique et culturelle par le gouvernement majoritairement francophone de Yaoundé.
En 2016, des manifestations pacifiques de la part d’avocats, d’enseignants et d’étudiants anglophones réclamant une meilleure reconnaissance de leurs systèmes juridique et éducatif ont exacerbé les tensions. La répression violente du gouvernement contre ces manifestations a aggravé la situation, menant à l’émergence de mouvements séparatistes armés.
En 2017, ces groupes ont proclamé l’indépendance de la « République Fédérale de l’Ambazonie », déclenchant le conflit armé qui perdure jusqu’à aujourd’hui.
Une Catastrophe Humanitaire
La guerre a lourdement affecté les civils. Les organisations humanitaires rapportent que plus de 6 000 personnes ont perdu la vie, et plus d’un million ont été déplacées de leurs foyers.
Les rapports des groupes de défense des droits de l’homme, notamment Amnesty International et les Nations Unies, ont impliqué à la fois les forces gouvernementales et les combattants séparatistes dans des exécutions extrajudiciaires, des tortures, des enlèvements et d’autres abus.
La violence généralisée a également conduit à la destruction de villages, à l’effondrement des économies locales et à une grave crise humanitaire.
Lutte pour la Paix dans un Contexte de Violence Persistante
Les efforts pour médiatiser le conflit n’ont jusqu’à présent pas donné de résultats significatifs. En janvier 2023, le gouvernement canadien a annoncé que les deux parties avaient accepté d’entrer en négociations de paix sous sa facilitation. Cependant, malgré les efforts diplomatiques, les hostilités ont persisté, et des attaques comme celle récemment survenue à Mbingo continuent de déstabiliser la région.
La dernière attaque souligne l’urgence d’un renouveau des efforts diplomatiques et d’un dialogue inclusif qui aborde les causes profondes du conflit. À mesure que la violence s’intensifie, la communauté internationale est de plus en plus sous pression pour intervenir et promouvoir une solution durable à l’une des crises les plus ignorées d’Afrique.
Sans issue claire à la violence, les civils restent pris dans le feu croisé d’un conflit alimenté par des griefs historiques, des divisions politiques et une résistance armée. À moins que le gouvernement camerounais et les dirigeants ambazoniens ne s’engagent dans des négociations significatives, le cycle de violence risque de se poursuivre, aggravant la souffrance de ceux qui sont pris dans le sillage dévastateur de la guerre.
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