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« Les faits sont têtus… Mgr Benoît Bala a été enlevé, séquestré et violemment assassiné » – Abbé Jean Aimé Amougou Mballa

Le curé de la Cathédrale Saint Sébastien de Bafia, en 2017, dressait l’état des lieux au sein du diocèse de Bafia et racontait le vécu de la foi et l’état d’esprit des fidèles durant les deux ans de vacance du siège épiscopal.

Deux ans après le décès de Mgr Jean Marie Benoît Bala, quelle est l’ambiance au sein du diocèse de Bafia ?

Nous continuons de vivre en chrétiens, parce que le Christ que nous suivons et dont nous sommes les disciples a connu lui aussi, la souffrance et nous en a prémunis : il a été persécuté. Au jour de son Ascension que nous célébrons aujourd’hui, il en fait justement le rappel dans ses dernières paroles aux disciples. Il leur rappelle son histoire, il leur rappelle sa mission, sa passion, mais également sa résurrection, en marquant un point initial sur sa souffrance, la persécution qu’il a endurée.

Et d’ailleurs, il a, ses derniers jours dans la liturgie, préparé ses disciples à affronter la souffrance, à affronter le rejet, « à affronter l’incompréhension, mais surtout aussi, à faire confiance en sa présence permanente et indéfectible auprès d’eux. A l’ascension, le Christ s’élève vers le Ciel, il va auprès de Dieu son Père ; il n’y va pas en vacances en rompant tout contact avec les siens. Il restera au contraire toujours présent, il y a va pour être Médiateur auprès du Père.

Il reste présent jusqu’à la fin du monde. Il reviendra certes dans la Gloire pour juger, mais il ne se fait pas absent en attendant. Le diocèse de Bafia et notre paroisse cathédrale ont vécu une épreuve dramatique et douloureuse. Nous avons vécu la souffrance et la douleur du Christ même : la mort, la persécution, la moquerie, le mépris. Mais nous savons que la chrétienté est ainsi faite, mais nous savons aussi que la mort et le mal n’ont et n’auront jamais le dernier mot.

Plutôt, c’est la résurrection, la vie et la gloire du Seigneur qui l’emportent toujours. Le Christ s’est élevé parce qu’il est Maître et Roi de l’univers. Il domine ce monde, certainement pas à la manière des hommes, à la manière que nous pensons et voulons forcément, mais il domine ce monde. Nous continuons à vivre dans la confiance que le Seigneur ne manque pas à sa parole et à sa promesse. Il ne peut ni se tromper, ni nous tromper ! Ses paroles sont véridiques. Il a promis la victoire sur le mal et nous savons qu’il la réalisera.

Et vous avez l’impression que les fidèles qui disent ressentir encore le vide comprennent et assimilent cette leçon ?

Notre impression n’est pas ce qui est le plus important. Ce qui compte le plus, c’est de délivrer ce message. Nous le faisons avec les possibilités humaines, bien-sûr avec les intuitions divines, mais c’est l’Esprit-Saint lui-même au rythme et à la mesure de Dieu qui travaille dans l’es cœurs.

Nous pouvons ne pas avoir cette impression aujourd’hui, mais nous ne savons pas de quoi sera fait demain, parce que le Seigneur par son esprit est véritablement celui qui conduit son église. Et nous croyons que son esprit conduit cette église dans la bonne voie. C’est comme des grains que nous jetons en terre, ils germent, mais nous ne voyons pas, nous constatons simplement qu’ils ont germé. La parole du Seigneur ne tombe pas sans produire son effet dans le cœur de ses fidèles.

Mgr Bala est parti comme le Christ et la plupart des Saints, en subissant torture, raillerie, humiliation, moquerie, persécution. Pensez-vous que le diocèse de Bafia soit interpellé particulièrement par le Seigneur ?

Oui, et au-delà, c’est toute l’Eglise et l’humanité entière même qui sont interpellés par cet horrible et abominable crime. Dans chaque événement qui arrive à un fidèle, à un croyant, il faut chercher le message du Seigneur. L’interpellation ici est peut-être de voir de quel degré de sadisme sont capables les ennemis de Dieu, et le combat spirituel que nous avons à tenir dans la vigilance et la conversion permanente. Mais d’un autre côté, par cp martyr, le Seigneur nous offre des fruits particuliers de sanctification : « le sang des martyrs est la semence des chrétiens », disait Tertullien.

Lorsque le mal arrive, il nous est donné de le voir, d’en tirer les conséquences, de prendre des résolutions, mais surtout d’entrer dans un chemin de plus grande conversion. Parce que le mal, dans sa perversité, nous attaque bien des fois en utilisant nos propres bras, nos (faux) frères et sœurs. Je crois que les diocésains de Bafia et tous les chrétiens doivent se sentir interpellés par cette Passion du Christ qui s’est actualisée en Mgr Jean Marie Benoît Bala, pour plus de conversion, plus de vigilance et pour un combat plus acharné spirituellement contre le mal qui vise le monde, qui vise les enfants de Dieu.

Deux ans après, le mystère demeure autour des circonstances de la disparition de .l’évêque. Comment parvenez- vous parvenez à faire admettre cela aux fidèles ?

Je voudrais relativiser votre affirmation, pour dire plutôt qu’on a l’impression que le mystère demeure. On peut penser aussi qu’on veut faire demeurer le mystère. Mais y a-t-il vraiment un mystère à ce propos ? Et si on en fait un mystère, qui en tire les ficelles ? En ce sens, « le mystère » ne demeure que parce que ceux qui doivent le « révéler » refusent de le faire, craignent de le faire ou sont empêchés de le faire.

Pour Dieu, « mille ans sont comme un jour », et « il n’y a rien de caché qui ne sera révélé ». Auprès du Seigneur, il n’y a pas de mystère. Il voit les choses telles qu’elles sont, et il les révèle en son temps. Et même, il arrive que dans certaines affaires Dieu donne au peuple d’être le juge : vous connaissez le « vox populi vox Dei ». Et ceci, parfois sans passer par des examens et décisions dogmatiques ou canoniques ou judiciaires.

La Résurrection du Christ n’a pas été proclamée par les autorités de Jérusalem. Au contraire, elles ont payé pour la nier. C’est des gens simples et le peuple qui l’ont attestée. La vérité est au- dessus de tout, parce que la vérité appartient à Dieu. Mais c’est ces «hommes de douleurs» qui ont été reconnus et glorifiés par Dieu, et non leurs bourreaux «tout-puissants» en leur temps.

A propos, l’épiscopat a refusé la thèse officiellement évoquée ; est-ce à dire qu’il connaît la vérité ou du moins des pistes claires qui y mènent ?

«Les faits sont têtus». C’est ces faits qui ont attesté aux yeux de tous ce que les évêques, l’Eglise et tout homme honnête, ont constaté : l’évêque a été enlevé, séquestré et violemment assassiné. Et il y a des personnes, les commanditaires et les exécutants de ce crime, qui devraient apporter tous les détails et éléments complémentaires au sujet de ce qui s’est exactement passé.

Donc la vérité et toutes les pistes sont là, auprès de ces personnes-là. Un jour ou l’autre, bon gré mal gré, par l’action imparable de Dieu, nous saurons tout. Ils-le feront parce qu’il est de nature que la vérité ne se cache pas, du moins pas très longtemps. Peut- être déjouant nos calculs, nous surprenant au moment même où nous ne l’attendrons pas, ce Dieu fera révéler cette vérité en plein jour comme un rayon de l’Esprit donné à la Pentecôte. Voilà pourquoi nous restons sereins.

Je vous remercie

La Nouvelle Expression

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