Trente-quatre ans après la disparition de Jeanne Irène Biya, ancienne Première Dame du Cameroun, l’écrivain et acteur politique Saint-Eloi Bidoung a publié un hommage dans lequel il dénonce ce qu’il considère comme un effacement progressif de sa mémoire dans l’espace public.
Dans une tribune, Saint Eloi Bidoung revient sur la disparition, le 29 juillet 1992, de l’épouse du président Paul Biya. Il estime que cette figure de la première partie du règne présidentiel camerounais n’occupe plus aujourd’hui la place qu’elle devrait avoir dans la mémoire collective.
Lire la tribune de Saint Eloi Bidoung :
« Remember Jeanne Irène Biya (29 juillet 1992-29 juillet 2026) : Dame de cœur, sortie des cœurs.
Il y a une Première Dame du Cameroun, mais avant, il y a eu une autre Première Dame du Cameroun, de son Nom Atsam Ndoumin Jeanne Irène, épouse Biya ; morte des suites de maladie, dit-on.
Qui devait ¸ qui doit ? Qui devrait ? Qui aurait dû s’en souvenir pour commémorer, célébrer la vie et perpétuer les œuvres de Jeanne Irène Biya ? Cette grande Dame de Cœur, malheureusement, méthodiquement, habilement sortie des cœurs.
La date du 29 Juillet 1992 ne dit plus rien à personne. Ni à Monegombo, ni à Mvomeka’a, encore moins à Etoudi, Ni l’époux, ni le fils, ni la coépouse, encore moins le frère, n’ont pensé mobiliser les camerounais au tour de cette date .Saint Eloi Bidoung et beaucoup d’autre « Akonolinga » ressortissants du Nyong et Mfoumou se souviennent d’elle au titre d’un devoir de mémoire.
34 après, Qui s’en souvient ?
Cette grande Dame de cœur, prétendument adulée, tant aimée, tant courtisée par une cour pleine d’hypocrites, de sournois, de courtisans qui lui chantaient des louanges hier ; est désormais sortie des cœurs et reléguée aux oubliettes, à la limite dans les poubelles de l’histoire ; ce, devant l’indifférence de son veuf de mari, de son fils Franck Biya, de ses autres fils, de sa coépouse, de sa famille, que j’accuse devant l’éternel et pour l’éternité. Jeanne Irène Biya repose désormais en paix ou dans la tourmente loin des bouches, loin des yeux et loin des cœurs.
Je n’ai aucune intention d’exhumer des souvenirs ou alors de réveiller, des douleurs et des évocations pénibles ; je veux tout simplement rendre un hommage à cette grande dame d’action qui a eu le privilège d’être l’épouse de notre chef d’Etat et comme par hasard ma sœur « Akonolinga » ; à qui on a tout rapté, arraché : la vie, les œuvres, l’amour et la destinée. Depuis son inhumation à Mvomeka’a, une Chappe de plomb semble avoir recouvert sa vie et les multiples actions qui l’ont accompagnées. Tout se passe comme si une main lourde, obscure, et invisible voulait effacer son souvenir de la mémoire collective de ses compatriotes.
Pas de cérémonie commémorative organisée pour perpétuer la reconnaissance de son passage sur terre. Même pas une messe de requiem, à ce que je sache pour le grand public. Quel sort ! Et l’état du Pavillon « J.I.B » à l’hôpital central de Yaoundé démontre à suffisance la détermination de ceux qui voudraient effacer, surfacer l’image de la défunte en nous. On se serait attendu pour sa très aimable mémoire, que des structures sociales, humanitaires, ou sanitaires soient érigées et lui soient dédiées. Hélas ! Tout juste a-t-on vu passer la couche de peinture sur les murs du « pavillon J.I.B » pour effacer sa mémoire (à jamais selon les commanditaires des travaux). Entre substitution de nom et volonté délibérée et affirmée des uns et des autres, à remplacer son nom par le nom de la première dame actuelle.
Gravissime erreur dont on aurait bien pu se passer et qui déclencha des batailles larvées entre les belles-familles. Bien plus, un sujet de profonde frustration que ressentent tous ceux et celles qui n’oublient pas quelle reconnaissance éternelle la nation aurait dû lui porter.
Ça fait 34 ans que dure la pénible et brutale disparition de JIB, son nom reste tabou dans certains cercles proches du pouvoir et particulièrement celui du chef de l’état. Le propre frère de Jeanne Irène Biya fut Ministre et aujourd’hui Sénateur et Premier Vice-Président de cette Institution. Qu’est ce qu’il a fait pour honorer la mémoire de sa sœur ? Le fils adoptif Franck Emanuel Biya, se souvient-il de cette femme qui lui passait les couches ? Paul Biya lui-même n’a pas entrepris pendant 34 ans une action pour honorer la mémoire de celle qui a été à ses côtés pendant trois décennies.
Même pas un simple championnat de vacances autres fois courus à Akonolinga en sa mémoire. Dieu seul sait combien ils sont nombreux, les frères quelle a fait promouvoir politiquement : Medjo Me Zengué, Minyono Nkodo, N’Nang François, Gilbert Biwolé, Memang celestin,Ava Ava Père et fils, Titus Ebogo, Colonels Akono Herman et Anicet …. Les enfants qu’elle a élevé et qui sont devenus presque « vices-dieux ». DEM, LPM, FEB. Dans une moindre mesure le Général E au carré et JBA, Nous les « Akonolinga » comptons sur vous pour rétablir notre mère, sœur, dans son honneur et sa dignité. Le moment venu, les grâces et les bénédictions de cette Grande dame de Cœur nous seront utiles.
Jeanne Irène Biya, n’aura jamais connu de repos depuis 34 ans, tellement il y a des bruits autour de son cercueil. Le remariage, ne peut lui avoir donné un sommeil tranquille, tellement il y a du chahut autour de la mort. Je n’aimerai pas être à la place de Paul Biya. Je ne veux pas être l’exhumeur des vieux démons, mais tous ensemble, adressons-lui au moins nos regrets éternels pour son épouse décédée le 29 juillet 1992.
C’est pour cela que j’accuse les morguiers, croque-morts, médecins-légistes et autres nécromanciens qui pullulent et manipulent l’opinion au Cameroun depuis 34 ans autour de la mort de Jeanne Irène Biya. Il vaut mieux ne pas en parler de peur qu’on pense que j’en sais un peu trop.
Jeanne Irène Biya aurait demandé à son charmant époux de rentrer au village pour y vivre une retraite paisible. La suite, vous la connaissez. Malheureusement celui qui aurait pu nous renseigner davantage sur la mort de Jeanne Irène Biya est déjà mort. Que son âme repose en paix.
Par Saint-Eloi Bidoung »

