Ils sont 1 million d’apprentis, 650 000 élèves en lycée professionnel (LP). Les jeunes issus des classes populaires sont victimes d’une sélection à partir de la troisième classe. Exclus de l’enseignement général, ces adolescents sont contraints de choisir un métier par un système éducatif dont l’objectif est moins de leur transmettre des savoirs professionnels que de les intégrer dans l’emploi. Très vite, ils éprouvent un sentiment d’injustice qui, conjugué à l’expérience de la formation et de l’entreprise, les conduit à l’indocilité.
Pourquoi cette enquête ?
Cette jeunesse populaire est trop souvent décrite en termes de ce qu’elle n’est pas. Ces jeunes sont toujours comparés aux élèves de l’enseignement général. Les travaux qui leur sont consacrés portent sur les rapports de domination, mais, en même temps, de nombreux chercheurs en déduisent qu’ils annihilent toute capacité d’agir. Cette littérature décrit la jeunesse en termes de soumission à l’ordre dominant et, dans certains cas, de consentement, voire de collaboration, à sa propre domination. L’étude des pratiques sociales des filles et des garçons m’a amené à remplacer la notion de docilité par celle d’indocilité.
Vous montrez que les jeunes sont soumis à une sélection scolaire importante. Comment fonctionne-t-il ?
Il y a un processus de sélection tout au long de l’entrée en formation. On se focalise souvent sur le moment de l’orientation en classe de troisième et on oublie les autres comme la sélection opérée lors de la recherche d’une place en entreprise ou encore les phénomènes de décrochage en cours de formation. Au cours de ces trois cycles, une distinction est faite entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général et technologique, mais aussi entre le lycée professionnel et l’apprentissage.
Comment se fait ce tri ?
Il y a d’abord le moment de l’orientation où, comme le disent les étudiants eux-mêmes, ils sont « obligés de choisir » une filière, un métier mais aussi un mode de formation. Cette sélection n’est pas neutre. Il cible essentiellement les élèves qui possèdent deux caractéristiques indissociables. Ce sont des jeunes qui appartiennent aux classes populaires et qui rencontrent des difficultés à l’école. Il est important de préciser cette indissociabilité car les élèves des classes intermédiaires ou supérieures qui rencontrent les mêmes difficultés ne seront pas orientés en apprentissage ou en lycée professionnel. A résultats scolaires égaux, un élève des classes populaires a 169 fois plus de chances d’être orienté vers un CAP qu’un élève des classes intermédiaires.
Tout comme la sélection opérée lors de la recherche d’une place montre que la voie de l’apprentissage a supplanté celle du lycée professionnel. Depuis les années 1980, les gouvernements successifs ont favorisé l’apprentissage par de…
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