En annonçant depuis le mois d’avril dernier son intention de briguer la présidence de la Fédération internationale de football association (Fifa) alors même que la Confédération africaine de football (Caf) annonçait dans la foulée le soutien unanime de ses 54 fédérations membres à Gianni Infantino en vue de sa réélection, l’universitaire camerounais Jean Crépin Soter Nyamsi se présentait comme le premier candidat officiellement déclaré. Une décision qui a fait dire à plusieurs acteurs du football camerounais et africain qu’il ne s’agissait ni plus, ni moins que d’un saut dans l’inconnu, si ce n’est une plaisanterie de mauvais goût. Toute chose que balaie d’un revers de la main, celui qui a tenté une première expérience lors de l’élection à la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) en 2021, avant de se ranger derrière la candidature de Samuel Eto’o.
À le croire, le projet « Fifa Révolution 2027 » a été savamment mûri au fil d’années d’observation, d’analyse et d’action directe sur le terrain de la gouvernance sportive. Lui qui refuse une quelconque allusion à de l’improvisation politique. « Une vision scientifique nous porte. Nous déployons une ingénierie institutionnelle claire pour briser le statu quo. « La FIFA traverse une crise charnière ; poser ma candidature traduit mon sens des responsabilités envers le football mondial et le continent africain », affirme l’homme qui dit avoir comme atouts : une indépendance totale face à la bureaucratie de Zurich, une maîtrise pointue de l’ingénierie financière et l’invention d’outils de mesure inédits comme l’Indice Ipm.
Le président du club Dihep Di Nkam fonde son assurance et sa conviction sur ses soutiens mais surtout un programme de rupture ancré dans la réalité : infrastructures, justice arbitrale, formation et redistribution comptable équitable. Suffisant pour se lancer dans la course pour succéder à l’ordre établi à Zurich ? Rendez-vous en mars 2027 à Rabat !
Dr Crépin Nyamsi, candidat à la présidence de la Fifa : un choix mûrement réfléchi ou un saut dans l’inconnu ?
C’est un choix de haute responsabilité politique et intellectuelle, mûri au fil de plus d’une décennie d’engagement direct dans la gestion du football et de quinze années de travaux universitaires en stratégie et communication politique. Ce n’est absolument pas un saut dans l’inconnu : c’est un acte de maturité face à un constat d’urgence. Connaissant parfaitement les rouages du football de terrain pour avoir dirigé un club du championnat camerounais (Dihep Di Nkam, Ndlr) et participé aux arbitrages majeurs de la gouvernance nationale, combiné à mes travaux de chercheur sur les organisations internationales, je mesure précisément la complexité de l’institution bruxelloise et zurichoise.
Ma démarche répond à un appel de conscience : l’appareil actuel de la FIFA s’est éloigné du droit écrit et de la souveraineté des fédérations. On ne s’improvise pas candidat à la magistrature suprême du football mondial par aventurisme ; on s’y présente parce que l’on dispose d’une doctrine claire, d’un programme de rupture et d’une vision pour rendre le football aux peuples et aux fédérations.
Vous contestez l’idée d’un soutien unanime des fédérations africaines à un candidat à la Fifa. En quoi cette position, selon vous, porte-t-elle atteinte à la souveraineté des associations nationales ?
Décréter une « unanimité » par le haut avant même que le débat démocratique n’ait lieu est une négation pure et simple de la souveraineté des 54 associations membres de la Caf. L’article 15 des Statuts de la FIFA et le principe « une nation, une voix » ont été conçus pour que chaque président de fédération, dûment élu dans son pays, puisse exprimer librement la voix de son peuple et l’intérêt de son football national.
Lorsqu’on tente de confisquer cette liberté par des motions de soutien pré-imprimées ou des consignes de vote velléitaires, on transforme des présidents de fédérations souverains en simples exécuteurs de directives. C’est une posture paternaliste que je réfute catégoriquement. La souveraineté ne se délègue pas, elle s’exerce dans l’isoloir, à bulletin secret.
Vous évoquez une « opportunité historique » pour l’Afrique de porter l’un des siens à la tête de la Fifa. Quelles sont, concrètement, les chances et les atouts d’une telle candidature aujourd’hui ?
L’Afrique représente 54 voix sur les 211 que compte la FIFA, soit plus d’un quart du corps électoral mondial. C’est le bloc électoral le plus puissant de la planète football. Les atouts de notre candidature reposent sur trois piliers irréfutables :
La légitimité de la doctrine : nous ne venons pas quémander une place ; nous apportons une solution technique et financière globale. Notre programme bénéficie autant à l’Afrique qu’à l’Asie, aux Caraïbes ou aux fédérations modestes d’Europe.
Le scrutin secret : La réalité des congrès de la FIFA se joue à bulletin secret. L’alignement de façade imposé par les appareils s’effondre toujours dans la confidentialité de l’isoloir dès lors qu’un candidat crédible offre une alternative protectrice.
L’exigence de renouvellement : de nombreuses fédérations à travers le monde étouffent sous la centralisation financière de Zurich. L’Afrique a la maturité, les cadres d’État et les compétences juridiques pour diriger le football mondial. Notre candidature incarne ce leadership décomplexé.
Dans votre communiqué, vous critiquez une vision « monolithique » du vote africain. Comment comptez-vous convaincre les fédérations d’adopter une approche plus indépendante et pluraliste ?
Je parle directement à la conscience et à la responsabilité des présidents de fédérations. Le vote africain n’est pas un cheptel électoral que l’on livre en bloc au plus offrant ou au président sortant contre des promesses cosmétiques. Pour les convaincre, nous leur opposons une rationalité économique et statutaire indiscutable : plutôt que de recevoir des subventions conditionnées au bon vouloir d’une administration centralisée, nous proposons un système de redevance directe et de redistribution équitable des droits télévisuels mondiaux. Nous leur rappelons que le bulletin de vote est secret et qu’aucun pouvoir intermédiaire ne peut sanctionner une fédération qui choisit l’avenir de sa jeunesse plutôt que la continuité d’un système à bout de souffle.
Vous plaidez pour une gouvernance « plus équitable, inclusive et transparente ». Quelles réformes prioritaires proposez-vous pour transformer la FIFA en ce sens ?
Notre projet « Fifa Révolution 2027 » repose sur trois réformes structurelles immédiates :
- La décentralisation financière réelle (« Féliciter c’est bien, financer c’est mieux ») : Augmentation drastique du retour d’investissement direct vers les clubs formateurs et les académies locales qui créent la valeur du football mondial.
- Le respect strict du Code d’éthique (Article 15) : Fin de l’hyper-diplomatie personnelle et de l’instrumentalisation politique de la FIFA. Rétablissement d’une neutralité absolue de l’instance-suprême vis-à-vis des chefs d’État en exercice.
- L’égalité statutaire absolue : Mettre un terme définitif à la politique du « deux poids, deux mesures », qui voit la FIFA suspendre rapidement de petites fédérations pour « ingérence étatique » tout en tolérant des dérives majeures au sommet du système.
Quel message adressez-vous directement au président de la Caf après ses déclarations, et quelle relation souhaitez-vous entretenir avec l’institution en cas d’élection ?
Au président de la Caf et à l’ensemble du Comité exécutif, j’adresse un message de respect institutionnel et de fraternité stratégique. La Caf est une institution vénérable qui doit protéger les intérêts des nations africaines et non servir de chambre d’enregistrement aux ambitions de Zurich. En tant que président de la Fifa, je maintiendrai avec la Caf – comme avec toutes les autres confédérations – une relation de partenariat d’égal à égal, fondée sur la cogestion des programmes de développement, la transparence financière absolue et la fin de toute relation de vassalité. La Caf trouvera en moi un allié permanent de sa souveraineté.
Vous appelez les fédérations africaines à « faire le choix de l’audace et de l’excellence ». Concrètement, en quoi votre projet incarne-t-il cette rupture par rapport aux pratiques actuelles ?
L’audace, c’est de cesser d’être de simples spectateurs ou des faire-valoir électoraux lors des banquets du football mondial pour devenir les architectes de sa gouvernance. Mon projet incarne la rupture parce qu’il rompt avec la culture de la peur et de la mendicité institutionnelle. Nous ne proposons pas d’aménager le système actuel nous proposons une refondation complète basée sur le droit écrit, la souveraineté retrouvée des associations membres et l’autonomie financière des acteurs de terrain. L’excellence, c’est de prouver qu’un projet pensé par des Africains, pour le monde entier, est le plus solide, le plus éthique et le plus moderne pour diriger la Fifa dès 2027.
Entretien avec Christian Tchapmi – Le Messager

