« Dimanche Taro » : une décision des chefs Bassa’a crée une vive controverse nationale

Cameroun Actuel
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Une décision, apparemment prise par le Conseil suprême des chefs traditionnels du pays Bassa’a, d’interdire la pratique culturelle populaire du « Dimanche Taro » a suscité un vif débat en ligne, relançant les discussions plus larges sur l’identité culturelle, la coexistence et la cohésion sociale au Cameroun. Esther Omam a donné son avis sur la question.

La controverse a éclaté après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une circulaire attribuée aux autorités traditionnelles. Ce document annonçait une interdiction formelle de la pratique connue sous le nom de « Taro du dimanche » sur l’ensemble des terres ancestrales Bassa’a.

Selon la circulaire, cette mesure vise à « lutter contre l’acculturation » et à restaurer la valeur des traditions autochtones Bassa’a. Le document encourage également la promotion des traditions culinaires locales telles que le « Dimanche Bongo’o » et le « Dimanche Ikok », présentées comme faisant partie des efforts déployés pour préserver l’identité culturelle de la communauté.

L’annonce a depuis suscité des réactions mitigées en ligne. Si certains ont salué cette initiative comme une tentative de défendre le patrimoine culturel face à l’homogénéisation croissante, d’autres se sont interrogés sur le risque, en interdisant une pratique sociale liée à l’alimentation, d’encourager l’exclusion et d’attiser des tensions ethniques inutiles dans un climat national déjà fragile.

Esther Omam appelle au calme et au dialogue

Parmi les réactions publiques, on compte celle d’Esther Omam, militante pour la paix et directrice exécutive de Reach Out Cameroon, qui a appelé à la retenue, au dialogue et à la compréhension mutuelle plutôt qu’à la confrontation.

Dans une déclaration publiée suite à la diffusion du document, Mme Omam a reconnu l’importance des institutions traditionnelles et de la préservation culturelle, mais a mis en garde contre toute approche susceptible d’exacerber les divisions.

« La culture est l’âme d’un peuple », a-t-elle déclaré. « Chaque communauté a le droit légitime de protéger et de promouvoir ses traditions, ses valeurs et son identité. »

Parallèlement, elle a souligné que la force du Cameroun réside dans sa diversité et sa longue histoire de coexistence entre différents groupes ethniques et culturels.

« Le Cameroun demeure une nation d’une grande richesse et diversité, où la coexistence culturelle, la tolérance et l’harmonie sociale ont toujours figuré parmi nos plus grandes forces », a affirmé Mme Omam.

Plutôt que de présenter la question comme une lutte entre pureté culturelle et influence étrangère, la militante pour la paix a soutenu que ce moment devrait être l’occasion d’une réflexion et d’un dialogue constructif.

« Il est donc important que toutes les parties prenantes concernées, notamment les autorités traditionnelles, les acteurs culturels, les membres de la communauté et les ministères compétents, créent des espaces de dialogue constructif afin de mieux comprendre les préoccupations sous-jacentes à cette décision et d’explorer collectivement des solutions pacifiques et inclusives », a-t-elle ajouté.

Entre préservation et exclusion culturelles

Ce débat soulève des inquiétudes plus générales, de plus en plus visibles dans de nombreuses sociétés africaines, où l’urbanisation rapide, les migrations, les mariages mixtes et la mondialisation continuent de remodeler les identités locales et les pratiques culturelles.

Pour certains défenseurs de l’interdiction, des pratiques comme le « Dimanche taro » sont perçues comme des exemples de déplacement culturel progressif : les communautés adoptent des traditions considérées comme appartenant à d’autres groupes, tandis que les coutumes autochtones s’estompent peu à peu.

D’autres, en revanche, soutiennent que l’interaction culturelle a toujours fait partie intégrante du tissu social camerounais et que la gastronomie, la musique, la langue et le mariage ont historiquement franchi les frontières ethniques sans pour autant menacer l’identité elle-même.

Omam semblait privilégier cette perspective plus conciliante, soulignant que l’évolution culturelle ne doit pas être automatiquement interprétée comme une disparition culturelle.

« De nombreuses pratiques culturelles évoluent au fil du temps grâce à l’interaction, aux migrations, aux mariages mixtes, à l’urbanisation et aux échanges sociaux », a-t-elle expliqué. « Cette réalité ne doit pas nécessairement être perçue comme une disparition de l’identité, mais plutôt comme une occasion de réfléchir à la manière dont les cultures peuvent être préservées tout en promouvant l’unité nationale et la coexistence pacifique. »

Une question plus vaste concernant la cohésion sociale au Cameroun

Son intervention survient à un moment où les questions d’identité, d’appartenance et de sensibilité communautaire deviennent de plus en plus délicates dans l’espace public camerounais. Ces dernières années, les débats autour de la langue, de la culture, de l’ethnicité et de l’appartenance régionale se sont souvent enflammés rapidement en ligne, alimentant parfois des tensions politiques et sociales plus larges.

Les observateurs notent que si les institutions traditionnelles conservent une autorité morale et culturelle au sein de nombreuses communautés, leurs décisions peuvent également avoir des répercussions nationales dans une société fortement interconnectée où les déclarations locales se transforment rapidement en controverses nationales via les médias sociaux.

Plutôt que de condamner directement les autorités traditionnelles, Omam a choisi de se concentrer sur ce qu’elle a décrit comme le besoin de sagesse et d’inclusion.

Elle a appelé à des conversations nationales plus approfondies sur l’éducation culturelle, la préservation du patrimoine autochtone et la manière dont les communautés peuvent célébrer leur singularité sans exclure les autres.

« Le dialogue demeure l’un des outils les plus efficaces pour prévenir les malentendus et renforcer la cohésion sociale », a-t-elle déclaré. « Grâce à un échange respectueux, un terrain d’entente peut toujours être trouvé, qui honore la tradition tout en préservant la paix, la dignité et le respect mutuel. »

Face à l’afflux constant de réactions, la controverse dépasse désormais le simple débat sur les traditions culinaires. Elle est devenue le reflet de la réalité camerounaise : un pays qui cherche sans cesse à concilier préservation de son identité et maintien de son unité dans la diversité.

La question de savoir si cette décision renforcera la fierté culturelle ou alimentera les divisions dépendra moins de l’interdiction elle-même que de la manière dont le débat autour d’elle sera mené dans les prochains jours.

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