Le décès de Marcel Niat Njifenji a été annoncé. Il s’est éteint à l’âge de 91 ans, 5 mois et 16 jours. Pendant plus d’une décennie, Marcel Niat Njifenji a été une figure emblématique du système législatif camerounais, un homme d’État dont l’influence s’étendait bien au-delà des murs du Sénat.
Son parcours, qui a embrassé l’ingénierie, l’administration publique et la haute politique, reflète l’évolution du Cameroun moderne : résilient, centralisé et marqué par la continuité.
Des origines provinciales à l’élite technique
Né le 26 octobre 1934 à Bangangté, dans la région de l’Ouest du Cameroun, Marcel Niat Njifenji est issu d’un milieu modeste. Ingénieur de formation, il s’est spécialisé dans les routes et les infrastructures, une expérience qui influencera plus tard son approche technocratique de la gouvernance.
Ses débuts de carrière ne se sont pas déroulés en politique, mais dans l’industrie d’État. En 1974, il est devenu directeur général de la compagnie nationale d’électricité (SONEL), un poste crucial dans un pays en pleine modernisation. Pendant une décennie, il a supervisé le développement énergétique, s’imposant comme un administrateur compétent au sein de l’appareil d’État.
Crise et survie
Le parcours de Niat Njifenji n’a pas été sans embûches. En 1984, suite à une tentative de coup d’État manquée contre le président Paul Biya, il a été arrêté et emprisonné malgré des liens obscurs avec le complot. Selon certains témoignages, il aurait subi des mauvais traitements en détention et aurait même tenté de se suicider.
Sa libération en 1989 – et sa réintégration rapide à son poste précédent – a marqué un tournant. Elle a démontré à la fois sa résilience et sa valeur durable au sein du système politique. Rares sont les personnalités qui survivent à de telles crises et retrouvent le devant de la scène ; plus rares encore sont celles qui parviennent à façonner le leadership national.
Ascension au sein du gouvernement
Au début des années 1990, Niat Njifenji s’est engagé résolument en politique. Il a été ministre de la Planification et du Développement régional (1990-1991), puis vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie en 1992.
Ces fonctions l’ont placé au carrefour de la planification économique et de la gestion des ressources, secteurs clés pour un État en développement. Bien qu’élu à l’Assemblée nationale en 1992, il a exercé une influence plus marquée au sein de l’appareil exécutif et administratif, poursuivant son leadership au sein de SONEL pendant toute la décennie.
Plus tard, en tant que maire de Bangangté (2002-2007), il est revenu à la gouvernance locale, renforçant ainsi ses liens avec sa région d’origine tout en conservant son envergure nationale.
Architecte d’une nouvelle institution
Le rôle le plus marquant de Niat Njifenji a débuté en 2013, lorsque le Cameroun a enfin rendu opérationnel son Sénat, une chambre haute longtemps prévue par la Constitution mais dont la mise en place avait été retardée pendant des années. Nommé parmi les premiers sénateurs par le président Biya, il a rapidement été élu premier président du Sénat.
À ce poste, il devint bien plus qu’un simple chef législatif. Constitutionnellement, le président du Sénat est le successeur désigné du chef de l’État en cas de vacance, plaçant ainsi Niat Njifenji au cœur de la continuité politique camerounaise.
Au cours de la décennie suivante, il fut réélu à plusieurs reprises – souvent sans opposition – témoignant à la fois de son autorité bien ancrée et de la domination du Mouvement démocratique populaire camerounais (RDPC), parti au pouvoir.
Pouvoir, longévité et critiques
Dans les années 2020, Niat Njifenji était devenu emblématique d’une caractéristique plus générale de la vie politique camerounaise : la longévité. En fonction jusqu’à la fin de ses 80 ans et le début de ses 90 ans, il demeurait l’un des plus anciens hauts fonctionnaires d’Afrique.
Ses partisans le considéraient comme une figure stabilisatrice – expérimenté, discret et loyal à l’État. Ses détracteurs, en revanche, voyaient dans sa longévité politique la preuve d’un système politique réfractaire au renouvellement générationnel.
Ses réélections répétées, souvent en tant que candidat unique, ont souligné à la fois son autorité et la faible compétitivité au sein de la chambre haute.
La fin d’une ère
En mars 2026, une transition importante s’est produite. Après avoir présidé le Sénat depuis sa création en 2013, Marcel Niat Njifenji a cédé sa place à Aboubakary Abdoulaye, marquant la fin de son long mandat.
Son départ, ainsi que celui d’autres figures parlementaires de longue date, a signalé une évolution plus large – quoique prudente – du paysage politique camerounais.
Héritage : Un homme du système
L’héritage de Marcel Niat Njifenji est indissociable du système qu’il a servi. Il n’était ni un réformateur populiste ni une figure charismatique de l’opposition ; il était plutôt un technocrate devenu pilier institutionnel, œuvrant au sein des structures du pouvoir et les renforçant.
Il a contribué à bâtir et à diriger le Sénat camerounais dès sa création, a assuré la continuité au plus haut niveau de l’État et a incarné l’alliance durable entre expertise technique et autorité politique.
En définitive, Niat Njifenji représente un archétype particulier du leadership africain de la fin du XXe et du début du XXIe siècle : stable, résilient et profondément ancré dans l’État – peut-être moins visible du public, mais indispensable au fonctionnement de l’État.

