Quand Paul Biya accède à la magistrature suprême le samedi 6 novembre 1982 après la démission du président Ahmadou Ahidjo le jeudi 4 novembre 1982, Il parle d’intégration nationale comme aboutissement de l’unité nationale. Échec cuisant en quarante ans de pouvoir.
Percevant l’intégration nationale comme l’étape supérieure de l’unité nationale que prônait son illustre prédécesseur à la tête de l’Etat du Cameroun Ahmadou Ahidjo, le président Paul Biya n’a cessé de demandé à ses compatriotes d’être des artisans de l’intégration nationale.
L’intégration nationale étant un processus dont l’aboutissement induit le sentiment commun d’appartenance et de construction solidaire de la nation par l’ensemble de ses populations. 40 ans après son accession au pouvoir, c’est la désillusion totale avec l’exacerbation du tribalisme et l’émergence des discours de haine.
Les pratiques et comportements des hauts commis de l’Etat, de certaines autorités administratives et de certains acteurs sociaux et politiques contrastent avec les déclarations de Paul Biya.
Cinquante ans après l’institution de l’Etat unitaire, l’exacerbation du tribalisme, le repli identitaire et ia crise anglophone, qui s’est transformée en guerre, révèlent échec des politiques menées par les régimes Ahidjo et Biya pour assurer l’unité nationale. La résurgence des discours de haine, des propos tribalistes, des manœuvres de discrimination et de division, le népotisme, le clanisme, l’injustice sociale, l’exclusion et la marginalisation sont devenus de graves fléaux au Cameroun.
A plusieurs reprises, en particulier au lendemain de la publication des résultats des élections présidentielles depuis le retour au multipartisme, des Camerounais originaires de la région de l’Ouest, précisément les Bamiléké et les Bamoun sont régulièrement pourchassés.
Des populations originaires des régions de l’Ouest du pays ont été pourchassés et vu leurs maisons et magasins pillés ou incendiés par des vandales autochtones, sous le regard complice des forces de l’ordre, dans plusieurs localités du Sud ,u Cameroun au lendemain de la proclamation des résultats de élection présidentielle du 11 octobre 1992. Notamment à Ebolowa, à Sangmélima et à Kyé-Ossi.
Les faits se sont répétés contre ces mêmes populations qualifiées d’ « envahisseurs » ou d’« allogènes » après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 11 octobre 2004. Les boutiques des Bamiléké, des Bamoun et des nordistes ont été aussi pillées à Sangmelima en 2019. Les forces de l’ordre avaient assisté sans réaction aux scènes de pillages.
Guerres et crises multiformes
Comment promouvoir l’intégration nationale quand certaines populations peuvent se permettre de porter atteinte aux à la sécurité physique et aux biens d’autres compatriotes sans être interpelés par la police et entendus par la justice ? Paul Biya avait pourtant déclaré le 12 septembre 1992 à Bafoussam que « où que nous soyons, nous devons nous sentir Camerounais, nous devons nous sentir partout chez nous au Cameroun ».
En février 1983, Paul Biya déclarait pourtant que « (édification du Cameroun pass- d’abord par l’unité nationale si chèrement acquise et préservée et l’unité nationale, condition de la paix et de la sécurité dans un jeune pays si divers si complexe ».
Paul Biya affirmait aussi qu’« il faut que le Camerounais, quel que soit le lieu où il réside et où il aille pour travailler ou pour s’installer, se trouve partout, ans ce pays, chez lui, accueilli comme tel, accepté et traité comme tel, ne se considérant, ne pensant et ne se comportant que comme tel».
Dans un message de fin d’année, Paul Biya a dit que « Notre pays est une grande famille nous n’avons pas tous les mêmes gouts, ni la même langue, mais nous sommes unis par des liens plus forts (…) Et même si certains Camerounais se veulent entièrement à part tous les Camerounais sont des Camerounais à part entière »; martelait-il.
Les sources du mal
L’une des décisions fâcheuses que prend Paul Biya survient en février 1984. Paul Biya fait remplacer la République unie du Cameroun par la République du Cameroun. Nom de l’ancien Cameroun français qui a obtenu son indépendance le 1er janvier 1960.
Le malaise que nos frères de l’Ancien Southern Cameroons n’a cessé de s’accroître depuis le déclenchement de la crise anglophone en octobre 2016. Crise qui s’est transformée en guerre à partir de novembre 2017 Une guerre qui a déjà fait des milliers de morts parmi les populations civiles, les groupes armés séparatistes et les forces de défense et de sécurité.
Une guerre qui a fait près d’un million de personnes déplacées qui s’abritent dans les huit autres régions du pays et plusieurs dizaines de milliers de réfugiés au Nigeria. Organisé au Palais des Congrès à Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre 2019, le Grand dialogue national convoqué par le président Paul Biya pour trouver une solution durable à la crise anglophone n’a pas débouché sur les résultats escomptés. Pour résoudre la guerre qui s’est enlisée dans le Nord-ouest et le Sud-ouest, un dialogue national inclusif est souhaité par la plupart des acteurs politiques et responsables de la société civile.
Une relation fraternelle brisée
La communauté internationale soutient aussi l’idée d’organiser un dialogue national inclusif avec la prise en compte des positions des Camerounais de la diaspora camerounaise. Le référendum du 20 mai 1972 qui a mis fin à la République fédérale du Cameroun, est le premier drame de cette relation fraternelle qui a tourné au vinaigre.
Par ailleurs, la guerre qui oppose les forces de défense et de sécurité au Boko haram dans région de l’Extrême nord n’est pas achevée et les conflits intercommunautaires se multiplient et charrient des morts sur leur passage.
Edmond Kamguia K.
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