Trente jours après la visite historique du pape Léon XIV à Bamenda, ville ravagée par les combats, où il a lâché des colombes en signe de paix, de nombreux Camerounais constatent que les messages de paix, de justice et de réconciliation délivrés par le Souverain Pontife tardent à se traduire par des changements concrets sur le terrain.
Lors de sa visite apostolique placée sous le thème « Qu’ils soient tous un », le pape a parcouru Bamenda, Douala et Yaoundé, s’adressant à des milliers de fidèles et de responsables politiques, alors que le Cameroun était toujours en proie à un conflit armé prolongé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
À Bamenda, l’un des épicentres de la crise anglophone, le pape Léon XIV a axé son message sur la paix et la réconciliation, avec pour thème : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. »
Ce message a été largement interprété comme un appel direct au gouvernement et aux combattants séparatistes pour mettre fin à des années de violence qui ont fait des milliers de morts, de nombreux déplacés et paralysé la vie quotidienne dans la majeure partie des deux régions anglophones.
Un mois plus tard, la situation sur le terrain semble toutefois inchangée. De nouveaux incidents violents, dont le massacre de Ndzere Nyam, encore vif dans les mémoires, continuent d’alimenter la peur et l’incertitude parmi la population civile. Des fusillades sporadiques, des enlèvements, des bouclages et des attaques persistent malgré les appels renouvelés au dialogue suite à la visite du Pape.
Les observateurs notent que ni le gouvernement ni les groupes séparatistes n’ont pris de mesures concrètes en vue de négociations constructives ou d’une désescalade. Le gouvernement camerounais a largement maintenu son approche militaire du conflit, insistant sur des opérations de sécurité visant à rétablir l’autorité de l’État dans les zones instables.
De leur côté, les combattants séparatistes continuent d’imposer le blocus des villes fantômes et de proférer des menaces, mesures qu’ils justifient par leur campagne de résistance.
Pourtant, de nombreux civils affirment être les plus durement touchés par cette impasse prolongée. L’activité économique reste perturbée, les écoles demeurent confrontées à l’instabilité et les restrictions de circulation liées aux villes fantômes affectent toujours des milliers de personnes dans les régions anglophones.
Dans les régions en proie à l’instabilité, la promesse de paix prêchée lors de la visite papale semble désormais bien lointaine. À Yaoundé, le message du pape Léon XIV a mis l’accent sur la justice, la dignité humaine et l’unité nationale. Cependant, les inquiétudes concernant les détenus liés à la crise anglophone continuent de peser sur ces appels.
Le décès récent de Patrick Ndango, un détenu anglophone mort en prison, a relancé le débat sur les conditions de détention et le sort des personnes arrêtées dans le cadre du conflit. Les défenseurs des droits humains affirment que plusieurs détenus restent incarcérés, sans progrès notable en matière de réconciliation ou de justice réparatrice.
Nombreux sont ceux qui estiment que la visite du pape a fait naître l’espoir que la pression morale du Vatican puisse contribuer à ouvrir une nouvelle ère de résolution du conflit. Mais trente jours plus tard, ces espoirs semblent s’amenuiser, la violence, la méfiance et l’impasse politique continuant de caractériser la crise.

