Réunis autour du patriarche Achille Kotto ce 24 août à Douala-Bali, les parents déguerpis le 14 mai 2022 à Douala-Bali évoquent leur inquiétude quant au sort de leurs enfants qui devraient reprendre le chemin de l’école le 5 septembre prochain, sans domicile fixe, parce que squattant chez les domiciles des parents et amis.
La rentrée scolaire 2022-2023 approche à grand pas et le déguerpissement des habitants de l’espace Dikolo à Bail refait surface. Le déguerpissement des habitants le 14 mai 2022 aura mis à nu une population qui se retrouve depuis lors dans la rue, parce que sans abri.
Ces personnes ont été chassées de leurs terres et de leurs habitations, pour des raisons « d’utilité publique », selon les termes du communiqué du premier ministre qui a déclenché, validant ainsi cette opération.
La situation des sans domiciles fixes préoccupe, et le sort des enfants qui doivent reprendre le chemin de l’école préoccupe davantage à la veille de cette rentrée scolaire. Les questions liées à la justice sociale et au droit à l’éducation refont surface.
Acteur engagé de la société civile camerounaise, le Comité citoyen pour la transparence et de l’exercice des Libertés en abrégé « Cocitel », dirigé par Achille Kotto, oeuvre pour l’encadrement, la préservation et la préservation des droits des familles. Après une descente sur le terrain, a fait le point au cours d’une conférence de presse.
Au lendemain du drame et la vague d’indignation qui s’en est suivie, une commission avait été mise en place pour faire la lumière et évaluer les dégâts causés aux familles. Cette commission devait rendre sa copie un mois plus tard. Plus de trois mois sont déjà passés, et aucun résultat n’a été rendu public. Des indiscrétions font comprendre que les résultats de l’enquête auraient été transmis’à la présidence de la République.
Mafia foncière S’agissant de l’affaire Dikolo à proprement parlé, il s’agit là d’une mafia foncière qui a choisi de sacrifier les intérêts des populations, pour des sommes faramineuses. Une affaire rocambolesque dans laquelle sont impliqués des hauts cadres de la République ministres, préfet, sous- préfet, délégués régional et départemental du cadastre et des affaires foncières.
Et aucune zone de la République n’est désormais épargnée. En témoigne les affaires d’expropriation auxquelles l’on a déjà assisté dans ce pays. Selon des indiscrétions, pour exproprier les habitants de Dikolo, le démarcheur du prétendu hôtel aurait déposé à la présidence de la République plus de 30 millions de dollars américains, soit plus de 16 milliards de FCFA.
De ce montant, seulement322 millions de FCFA ont été distribués à certains habitants qui avaient accepté recevoir de modiques sommes d’argent en guise d’indemnisation.
Par contre, bien d’autres familles avaient refusé cette expropriation, et qui conséquemment n’avaient pas reçu cet argent. On les a quand même cassés. Le gros montant est resté entre les mains des autorités, dont aucun ne daigne lever le petit doigt pour dire qu’est-ce qui s’est réellement passé pour qu’on en arrive à une telle dérive, foulant aux pieds les droits des populations. Même le premier ministre qui avait signé l’acte de Déclaration d’utilité publique est muet à ce sujet.
Selon Me Evelyne Mandessi Bell, avocate au barreau du Cameroun et panéliste de la conférence de presse aux côté d’Achille Kotto et Patience Essaka, « la commission qui a été mise en place au lendemain du déguerpissement, a été en quelques sorte une espèce de rattrapage de dernière minute, compte tenu des dégâts qui ont été causés sur les populations. Les résultats ont été communiqués en haut lieu, et ces résultats vont être exploités en haut lieu selon certaines contingences que nous ne pouvons pas maitriser« .
Il y a de l’autre côté, ajoute Me Mandessi Bell, la possibilité pour les victimes de continuer leurs luttes, afin que leurs voix soient entendues et prises en compte dans les résultats de l’enquête qui sera rendue publique si tant que ça le sera. Elle ajoute par ailleurs que des recours ont été déposés, parce que manifestement « il y avait eu trop d’irrégularités et d’illégalité dans ce processus d’expropriation ».
Le Messager

