Suite au décret du président Paul Biya autorisant le Cameroun à emprunter jusqu’à 1 650 milliards de francs CFA pour financer des projets de développement et apurer ses arriérés de paiement, des économistes ont averti que ce plan pourrait aggraver les risques liés à la dette du pays.
Le décret habilite le ministre des Finances à recourir à des emprunts tant extérieurs qu’intérieurs pour l’exercice financier 2026.
Cependant, l’économiste Louis-Marie Kakdeu a critiqué cette approche, arguant qu’elle risque d’exacerber les difficultés économiques du pays.
« Un pays ne devrait pas s’endetter pour financer le fonctionnement quotidien de l’État, comme le paiement des salaires », a déclaré M. Kakdeu sur la chaîne Equinox Television. « Il ne devrait pas non plus emprunter pour financer des projets non productifs. Lorsque les projets sont étalés sur 10 ou 20 ans, le pays continue de supporter une dette dont le coût ne cesse d’augmenter.»
M. Kakdeu a ajouté que la croissance économique du Cameroun demeure insuffisante pour supporter le niveau d’endettement croissant. « Depuis longtemps, le Cameroun ne génère pas suffisamment de richesses et ne peut plus compter sur la croissance pour accroître les recettes de l’État », a-t-il déclaré. « Il est nécessaire d’attirer des capitaux, notamment par le biais d’investissements directs de la diaspora, plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’endettement. »
Aux termes du décret, le plan d’emprunt comprend 400 milliards de francs CFA à lever sur le marché intérieur par l’émission d’obligations et de bons du Trésor, 250 milliards de francs CFA par le biais de prêts directs d’institutions du secteur privé et 1 000 milliards de francs CFA à mobiliser sur les marchés financiers internationaux.
Le décret ne précise ni le calendrier ni les instruments financiers qui seront utilisés pour lever les fonds extérieurs. Il ne fournit pas non plus de détails sur les échéances, les devises ou les coûts d’emprunt, laissant ainsi une large marge de manœuvre au Trésor.
Selon des sources financières, les fonds pourraient être mobilisés par le biais d’euro-obligations, de prêts internationaux syndiqués, de financements bilatéraux ou de l’appui concessionnel d’institutions financières internationales.
Le choix des instruments dépendra des conditions de marché, de la notation souveraine du Cameroun et des discussions en cours avec les partenaires techniques et financiers. Le décret stipule que les emprunts doivent être contractés dans des conditions garantissant les intérêts financiers de l’État, ainsi que sa souveraineté économique et politique.
La dette publique du Cameroun a dépassé 14 000 milliards de francs CFA en décembre 2025, selon les données officielles. Les économistes préviennent que ces nouveaux emprunts pourraient accentuer les pressions inflationnistes qui pèsent déjà sur les ménages.







