Le complexe sportif d’Olembe, construit à la périphérie de Yaoundé, fait de nouveau l’objet de vives critiques après la diffusion, dimanche, d’images tournées lors d’une visite des infrastructures conduite notamment par Cyrille Tolo, conseiller technique au ministère des Sports et de l’Éducation physique (MINSEP), en présence de journalistes et chroniqueurs d’Info TV.
Dans une tribune consacrée à cette visite, le journaliste sportif Marc Chouamo estime que les images diffusées ont davantage relancé les interrogations sur l’état d’avancement des composantes du complexe qu’elles n’ont dissipé les doutes sur leur achèvement.
Le journaliste s’attarde notamment sur l’hôtel cinq étoiles et le centre commercial prévus sous les gradins du stade principal. Selon des informations rapportées au cours de la visite, l’hôtel serait réalisé à environ 40 % et le centre commercial à près de 50 %.
Lire la tribune de Marc Chouamo :
Complexe sportif d’Olembe : le visage de l’horreur, dévoilé !
Dimanche après-midi, la toile a été inondée par des images de la visite inopinée du complexe sportif d’Olembe (en périphérie de Yaoundé) menée par le Conseiller spécial nᵒ 2 du MINSEP, Cyrille Tollo, et des journalistes et chroniqueurs d’Info TV. Une initiative qui avait pour but de taire les spéculations sur les présences de l’hôtel 5 étoiles, centre commercial… sous les gradins du stade futuriste a tourné en dérision, pire à l’humiliation de tout un pays.
UN GOUFFRE À SOU
Au-delà des images de la honte, le complexe sportif d’Olembe est d’abord un scandale financier sans fin.
L’Office National des Infrastructures et des Équipements Sportifs (ONIES) venait encore récemment d’attribuer un marché de 3,455 milliards de FCFA à la société AMA Consulting. Attribuée de gré à gré, cette mission d’Assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMO) s’étalera sur 20 mois. Objectif affiché : piloter et contrôler l’achèvement des composantes non finies du complexe sportif Paul Biya à Yaoundé. Des milliards supplémentaires juste pour évaluer et contrôler la finition de ce complexe annoncé futuriste. Sauf que la facture est déjà longue comme un bras.
Démarrés en 2015, les travaux du complexe sportif d’Olembe ont déjà coûté plus de 220 milliards de francs CFA. Ce projet avait été évalué à 163 milliards de FCFA lors de la signature du contrat avec le groupe italien Piccini en 2015. Le stade principal a fini par accueillir des matchs de la CAN 2021, mais l’ensemble du complexe reste inachevé. La reprise des travaux confiée à Magil s’est elle-même heurtée à de sérieuses difficultés, jusqu’à la rupture du contrat annoncée par l’entreprise en 2022-2023.
UN AMATEURISME QUI COÛTE 51 MILLIARDS SUPPLÉMENTAIRES
Le tribunal arbitral constitué sous l’égide du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a condamné le Cameroun à verser 78,5 millions d’euros, soit 51,49 milliards de FCFA, au constructeur italien Gruppo Officine Piccini dans le litige lié au complexe sportif d’Olembé. La sentence, envoyée aux parties le 4 septembre 2026, ajoute à cette indemnisation des intérêts courant depuis novembre 2019 ainsi qu’une partie des frais de procédure.
Un montant colossal que l’État doit régler dans les prochains jours.
ACHÈVEMENT DU COMPLEXE, UNE UTOPIE ?
Le journaliste Jean-Jacques Ze a révélé lors de sa visite des lieux dimanche que l’hôtel 5 étoiles situé sous les gradins était encore à 40% de réalisation. Le centre commercial, quant à lui, est à 50 %. Des chiffres qui ne rassurent guère quand on sait que ce chantier dure depuis 11 ans maintenant.
« L’hôtel et le centre commercial seront achevés d’ici le début de l’année prochaine », a lancé Cyrille Tolo sur Info TV. Difficile d’y croire de nouveau au regard du laxisme, de la corruption, et de l’amateurisme observé par le maître d’ouvrage MINSEP en complicité avec la TASK Force. Des responsables, si vous vous souvenez bien, avaient été plutôt félicités par le SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh au lendemain de l’organisation de la CAN 2021 (qui s’était jouée en janvier 2022) au Cameroun malgré les révélations du « OLEMBE GATE ». Le scandale n’émeut plus au Cameroun, et l’impunité a dressé son lit depuis longtemps.
« Ce pays est-il encore gouverné ? », « Dans un pays normal… » des commentaires que l’on entend dans les chaumières et qu’on lit à répétition sur la toile à chaque incartade du gouvernement.
Mais alors, peut-on leur en vouloir ? Tant la réalité du terrain nous frappe au visage comme ces images de la honte des dessous du complexe d’Olembe générées par une tentative bancale et tardive de transparence dimanche dernier. Pendant ce temps la facture, elle, s’allonge malheureusement.
Par Marc Chouamo (Journaliste de Sport)

