Deux combattants séparatistes d’Ambazonie ont été capturés et tués par des habitants du village de Pinyin, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, le samedi 15 février. Les assaillants ont été battus, traînés à travers le village et finalement incendiés sur un rond-point local. Une vidéo largement diffusée de l’incident capture une voix déclarant : « Ce n’est que le début… »
Cet épisode violent témoigne d’une frustration et d’un désespoir croissants parmi les civils des régions anglophones du Cameroun. Depuis des années, ils subissent la brutalité des groupes séparatistes et des forces gouvernementales.
Le conflit en cours trouve ses racines dans des griefs de longue date concernant la marginalisation politique et économique. Ce qui a commencé comme des manifestations pacifiques contre le gouvernement dominé par les francophones s’est transformé en violence généralisée, les civils étant souvent pris entre deux feux.
Escalade de la violence contre les civils
Depuis l’escalade du conflit en 2017, les milices séparatistes ciblent de plus en plus les civils. Un rapport de la Global Initiative Against Transnational Organised Crime et du Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) indique qu’entre 2017 et 2023, les groupes séparatistes ont été responsables de la mort d’environ 2 600 civils.
Ces attaques ont notamment consisté en des enlèvements, des actes de torture et des meurtres, souvent destinés à instiller la peur et à affirmer le contrôle sur les populations locales.
L’une des attaques les plus flagrantes a eu lieu en octobre 2020, lorsque des individus armés ont pris d’assaut l’Académie bilingue internationale Mère Francisca à Kumba, dans la région du Sud-Ouest. Les assaillants ont tué sept enfants et en ont blessé treize autres.
Bien qu’aucun groupe n’ait revendiqué la responsabilité, les autorités locales ont attribué le massacre à des combattants séparatistes qui avaient imposé un boycott scolaire.
Impact sur l’éducation et la vie quotidienne
La campagne des séparatistes contre l’éducation a été particulièrement dure pour les civils. En imposant des boycotts scolaires et en attaquant des établissements d’enseignement, ils ont privé plus de 700 000 enfants de scolarité.
Les élèves et les enseignants ont été menacés, enlevés et victimes de violences pour avoir tenté de poursuivre leurs études. Dans un cas, un lycéen a raconté avoir été kidnappé et torturé par des séparatistes pour avoir fréquenté l’école.
Au-delà de l’éducation, les civils ont souffert de la destruction de maisons et de villages tels que Pinyin. Les combattants séparatistes et les forces gouvernementales ont été impliqués dans l’incendie de maisons, entraînant des déplacements massifs et des pertes de biens.
Le massacre de Ngarbuh du 14 février 2020, au cours duquel 22 civils, dont des enfants et une femme enceinte, ont été tués par des soldats camerounais et des milices armées peules, illustre les graves conséquences de cette situation sur les communautés locales.
Érosion de la confiance et désespoir
La violence constante a érodé la confiance dans les groupes séparatistes et les forces gouvernementales. Les civils se retrouvent pris au piège entre deux entités hostiles, sans qu’aucune d’elles ne leur offre protection ou secours.
Cet environnement de peur et d’anarchie a conduit les communautés à se faire justice elles-mêmes, comme l’a montré l’incident de Pinyin. La déclaration de la foule, « Ce n’est que le début », signale une possible montée du vigilantisme.
La situation dans les régions anglophones du Cameroun exige une attention urgente de la part des acteurs nationaux et internationaux. S’attaquer aux causes profondes du conflit, garantir la responsabilité des violations des droits de l’homme et apporter un soutien aux communautés affectées sont des étapes cruciales vers la paix et la prévention d’une nouvelle escalade dans le chaos.
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