Dans une nouvelle tribune, l’avocat et défenseur des droits humains, Nkongho Felix Agbor, continue de plaider pour qu’un anglophone soit nommé vice-président de la République.
Pour Nkongho Felix Agbor, cette revendication n’est pas un signe de faiblesse. « C’est une aspiration démocratique légitime, ancrée dans le désir de construire un Cameroun où chaque citoyen se sent vu, entendu, respecté, protégé et valorisé », écrit-il.
« POURQUOI LES ANGLOPHONES NE DEVRAIENT PAS RENONCER À LA VICE-PRÉSIDENCE !
Par Nkongho Felix Agbor « Agbor Balla »
De nombreux anglophones se sentent aujourd’hui frustrés, marginalisés, ignorés et politiquement épuisés. Des années de crise, de violence, de méfiance, de sous-représentation et de promesses non tenues ont amené beaucoup d’entre eux à se demander si la participation au système politique actuel a encore un sens.
Certains ont complètement perdu espoir. D’autres pensent de plus en plus qu’une inclusion institutionnelle au Cameroun est désormais impossible.
Pourtant, malgré ces frustrations, les anglophones ne devraient pas abandonner le débat sur la vice-présidence.
Le débat autour d’un vice-président ne se limite pas aux titres ou aux fonctions. Il s’agit fondamentalement de reconnaissance, d’inclusion, d’équilibre, de visibilité et d’appartenance nationale. Il s’agit de garantir que chaque composante de la société camerounaise se sente représentée au plus haut niveau de l’autorité étatique.
Historiquement, de nombreux anglophones ont plaidé pour des mécanismes capables de protéger les fondements bilingues et biculturels du Cameroun. Une vice-présidence correctement structurée, dotée de pouvoirs constitutionnels significatifs, de garanties institutionnelles et de responsabilités clairement définies, pourrait devenir un instrument permettant de rassurer les communautés marginalisées quant à leur pleine participation au projet national.
Renoncer totalement reviendrait à abandonner la lutte pour des réformes institutionnelles susceptibles de promouvoir l’inclusion, la confiance et la cohésion nationale.
Ce que les anglophones doivent rejeter, ce n’est pas le principe de représentation, mais une représentation symbolique sans substance.
Le véritable débat devrait donc porter sur :
Les pouvoirs constitutionnels attachés à cette fonction ;
Les garanties contre la marginalisation et l’exclusion ;
Le respect de la décentralisation et de l’autonomie régionale ;
L’égalité d’accès aux opportunités et aux institutions étatiques ;
La protection du système de common law et du patrimoine éducatif anglo-saxon ;
L’inclusion politique fondée sur le mérite, la compétence et l’équité ;
Et le rétablissement de la confiance entre les citoyens et l’État.
Le Cameroun ne peut parvenir à une paix durable ni à une véritable unité nationale si des pans importants de la population continuent de se sentir exclus de la gouvernance, de la prise de décision et des opportunités nationales. Dans le même temps, les anglophones doivent continuer d’investir dans l’engagement civique, le leadership, l’éducation, l’autonomisation économique, la participation démocratique et un dialogue constructif. Le changement politique est souvent lent, imparfait et source de frustration, mais l’histoire montre à maintes reprises qu’un engagement soutenu est souvent plus fructueux qu’un retrait total.
L’avenir du Cameroun ne doit pas reposer sur la domination, l’exclusion ou un symbolisme politique, mais sur le partenariat, la justice, l’égalité, le respect mutuel et une véritable inclusion.
La revendication d’une représentation significative n’est donc pas un signe de faiblesse. C’est une aspiration démocratique légitime, ancrée dans le désir de construire un Cameroun où chaque citoyen se sent vu, entendu, respecté, protégé et valorisé.
La lutte pour une inclusion réelle doit se poursuivre – pacifiquement, stratégiquement, démocratiquement et avec espoir.
Car un Cameroun qui œuvre pour tous ses citoyens demeure possible ».

