À deux jours de la convention du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), prévue le 17 octobre, Mamadou Mota, coordonnateur de campagne, a vivement critiqué le dernier manifeste de la liste conduite par Pierre-Emmanuel Binyam.
Dans un texte adressé aux délégués et militants du parti, il met en cause la cohérence des propositions relatives aux cotisations militantes et à la prise en charge des frais de transport des délégués.
Dans cette déclaration au ton ironique, Mamadou Mota qualifie le document de « science-fiction budgétaire ». Il estime que certaines mesures avancées par la liste Binyam seraient difficiles à concilier sur le plan financier et organisationnel, à l’approche du scrutin interne.
Lire la lettre de Mamadou Mota aux délégués :
« Chers délégués et militants
Nous venons de prendre connaissance du dernier manifeste de la liste Binyam, et je dois dire que nous naviguons ici en pleine science-fiction budgétaire. C’est un chef-d’œuvre de la pensée magique, un monument d’acrobatie démagogique où la contradiction n’est plus un défaut de logique, mais un mode de gouvernement.
Regardons la réalité de ce texte, qui relève moins de la stratégie politique que du miracle permanent.
D’un côté, nos camarades se drapent dans une posture de pureté absolue : la section II nous explique, la main sur le cœur et la larme à l’œil, que » le droit de vote ne s’achète pas » et qu’exiger les cotisations statutaires est une infamie démocratique. En clair : votons gratis !
Mais, dans le paragraphe suivant, changement de décor. Par un tour de passe-passe qui ferait pâlir d’envie les plus grands illusionnistes, ils demandent de prolonger ces mêmes paiements jusqu’au jour J pour, je cite, « renflouer substantiellement les caisses du parti ». Comprenne qui pourra. Il faut donc ne pas payer pour être pur, mais payer au dernier moment pour être solidaire. C’est la gratuité payante, le bénévolat lucratif, le clair-obscur de la finance militante.
Mais le summum de l’art est atteint lorsqu’on aborde le chapitre des transports. La liste Binyam exige rien de moins –que le parti finance l’intégralité des billets aller-retour des délégués de l’Extrême-Nord. Très bien. L’intention est louable. Mais avec quel argent, puisque la caisse est censée être abolie ou facultative ?
Mieux encore sur le plan de la physique quantique et de la logistique de base, nos brillants stratèges ont inventé le voyage à rebours temporel.
Pour que ces délégués prennent le train ou le bus depuis Maroua ou Ngaoundéré, il faut leur acheter un billet avant le 17 octobre. Or, si ces mêmes délégués ne régularisent leur situation financière qu’en arrivant au guichet d’Odza le jour même de la Convention, le parti doit donc avancer des millions à l’aveugle, sur la base d’un corps électoral qu’ils déclarent eux-mêmes fictif ou indisponible. C’est le concept révolutionnaire du billet de bus payé avec l’argent qu’on n’a pas encore récolté, pour un voyage déjà effectué par un électeur dont on ignore s’il existe.
Mes chers délégués, la vérité est plus prosaïque. Ce texte n’est pas un plan d’organisation, c’est un plan de table pour un banquet de dupes.
En exigeant l’inclusivité totale sans les moyens de l’ordre, en réclamant l’anarchie des guichets jusqu’à la dernière minute, la liste Binyam ne prépare pas une élection, elle organise méthodiquement le chaos de samedi prochain et selon leur propre texte. Et nous connaissons tous la musique : lorsque les ordinateurs planteront, que les files d’attente s’allongeront jusqu’à la nuit et que la logistique s’effondrera sous le poids de leurs propres exigences, ils monteront sur les tréteaux pour crier au complot et au déni de démocratie.
C’est une stratégie vieille comme la politique , demander l’impossible pour pouvoir accuser l’autre de ne pas l’avoir réalisé. C’est confortable, c’est médiatique, mais ce n’est pas sérieux.
Mamadou Mota
Coordonnateur de campagne »

