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L’esprit de Bandung anime toujours les pays du Sud global après 69 ans

« Peu de villes dans l’histoire ont gagné les cœurs et les esprits comme Bandung », a déclaré feue la présidente honoraire de la République populaire de Chine, Soong Ching Ling, au sujet de la ville indonésienne.

La Conférence afro-asiatique historique, également connue sous le nom de Conférence de Bandung, s’était tenue dans la ville indonésienne du même nom le 18 avril 1955. C’était la première fois que les pays du Sud global s’unissaient pour s’opposer à l’impérialisme et au colonialisme afin de défendre leurs droits souverains et un monde plus équitable.

Les dirigeants et représentants de 29 pays d’Asie et d’Afrique, qui venaient d’obtenir leur indépendance après des décennies de privation impitoyable par les colons occidentaux, ont proposé l’esprit de Bandung défini par « la solidarité, l’amitié et la coopération », initiant ainsi le Mouvement des non-alignés et la coopération Sud-Sud.

Aujourd’hui, près de sept décennies après cette conférence, l’esprit de Bandung subsiste et inspire aux pays du Sud global l’engagement sur la nouvelle voie d’un développement commun à travers la coopération mutuellement bénéfique, que ce soit dans le cadre de l’Initiative la Ceinture et la Route (ICR) ou d’autres plateformes.

LA NAISSANCE D’UNE NOUVELLE ASIE ET D’UNE NOUVELLE AFRIQUE

Située à 768 mètres d’altitude, la ville de Bandung connaît des températures plus fraîches à l’année que la plupart des autres villes d’Indonésie. Pendant la période de colonisation par les Pays-Bas, on lui donnait le surnom de « Paris de Java ».

En 1809, en vue d’améliorer le système de défense de l’île de Java et de faciliter le transport des soldats et du ravitaillement, Herman Willem Daendels, le gouverneur général des Indes orientales néerlandaises (Indonésie aujourd’hui), a ordonné la construction d’une route d’environ 1.000km reliant l’ouest et l’est de l’île, qui sera plus tard renommée « rue Asie-Afrique ».

Lors de la cérémonie d’ouverture de la Conférence afro-asiatique, dans un immeuble de trois étages d’un blanc laiteux au bord de la route, le premier président indonésien Sukarno avait appelé les pays du Sud à se réveiller.

« C’est la première conférence intercontinentale de l’histoire humaine entre personnes de couleur », avait fait remarquer Sukarno dans son discours.

« Peu importent le lieu, le moment et les circonstances de son apparition, le colonialisme est une mauvaise chose qui doit être éradiquée de la surface de la Terre », avait-il affirmé.

« J’espère que celle-ci (la conférence) apportera la preuve que nous, dirigeants asiatiques et africains, comprenons que l’Asie et l’Afrique ne peuvent prospérer que quand elles sont unies, et que même la sécurité du monde en général ne sautait être assurée sans une union Asie-Afrique », avait-il ajouté. « J’espère que cette conférence donnera un cap à l’humanité, qu’elle montrera à l’humanité la voie à suivre pour obtenir la sécurité et la paix. J’espère qu’elle apportera la preuve que l’Asie et l’Afrique sont nées une nouvelle fois, non, qu’une Nouvelle Asie et qu’une Nouvelle Afrique sont nées ».

Le Premier ministre chinois d’alors Zhou Enlai, qui dirigeait la délégation chinoise à la conférence, avait proposé les cinq principes de coexistence pacifique. Ces principes sont devenus des éléments essentiels de l’esprit de Bandung et ont plus tard été acceptés par la grande majorité des pays du monde en tant que normes fondamentales des relations internationales et principes de base du droit international.

« La Conférence de Bandung de 1955 peut être considérée comme un moment symbolique. A ce moment-là, le monde non occidental a crié haut et fort qu’il devait être pris au sérieux sur la scène politique internationale », a écrit l’historien américain Immanuel Wallerstein.

« TRAHISON, CORRUPTION, MASSACRE, CRUAUTE »

Le colonialisme est le point de départ de l’accumulation primitive des capitaux en Occident. Les colons européens qui croyaient en la suprématie de la race blanche et la loi de la jungle ont envahi l’Afrique, les Amériques et l’Asie, où ils ont massacré et pillé sans vergogne, donnant lieu à des bains de sang.

En 1619, les Pays-Bas se sont emparés de Jayakarta, le centre économique de l’île de Java, et l’ont renommée Batavia, l’actuelle Jakarta. Les Néerlandais ont fait de Batavia le siège de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) en Orient et l’ont utilisée comme bastion pour coloniser l’Indonésie. Au milieu du XVIIe siècle, le volume commercial de la VOC représentait près de la moitié du volume commercial mondial de l’époque.

« L’histoire de l’administration coloniale de la Hollande est l’un des plus extraordinaires récits de trahison, de corruption, de massacre et de cruauté (…) Où qu’ils aient posé le pied, la dévastation et la dépopulation ont suivi. Banjuwangi, l’une des provinces de Java, comptait plus de 80.000 habitants en 1750, et seulement 18.000 en 1811 », a écrit Karl Marx dans son ouvrage « Le Capital ».

En près de 200 ans d’histoire, la VOC a été impliquée dans environ 800 conflits armés, petits ou grands.

Jan Pieterszoon Coen, qui a occupé deux fois le poste de gouverneur général de la VOC à ses débuts, était connu pour son caractère impitoyable. En 1621, afin de monopoliser le commerce de la muscade, il a ordonné le massacre de la plupart des 15.000 habitants des îles Banda. Les habitants locaux l’avaient alors surnommé le « Boucher de Banda ».

En 1830, les autorités coloniales néerlandaises ont introduit le « Système de culture », qui exigeait des habitants qu’ils utilisent 20% de leurs terres pour faire pousser des cultures commerciales d’exportation telles que l’indigo, le café et le sucre. Les autorités coloniales ont procédé à tellement d’expropriations que les autochtones n’avaient presque plus de terres pour les cultures alimentaires, ce qui a provoqué une famine généralisée.

« Les dirigeants coloniaux néerlandais qui ont pris ces îles, comme la Compagnie néerlandaise des Indes orientales par le passé, n’étaient intéressés que par l’argent et n’accordaient pas attention à la vie des habitants locaux », explique l’écrivaine britannique Elizabeth Pisani dans son livre « Indonésie, etc. : explorer la nation improbable ».

« Ils ont rasé les jungles de Sumatra pour planter des arbres à caoutchouc et des cacaoyers. Ils ont dévasté des jungles à Java, dans les Célèbes et sur d’autres îles pour obtenir du café, du thé, du sucre et du tabac. Ils ont développé les terres à un rythme effréné pour creuser des mines d’étain, des mines d’or et des puits de pétrole. Pendant un temps, les Pays-Bas arrachaient la moitié de leur revenu national d’Indonésie ».

Au cours des plus de 300 ans de leur régime colonial, les Néerlandais ont toujours joué le rôle de prédateurs et adopté une approche barbare consistant à tuer la poule aux œufs d’or. Cela a mené au développement anormal de l’économie indonésienne et réduit le pays au rôle de simple fournisseur de matières premières pour les Pays-Bas.

DES LANCES DE BAMBOU

Le Monument de la lutte du peuple de Java occidental se dresse dans le nord de Bandung. Il comporte 17 marches de basalte, une plateforme de 45 mètres de diamètre et huit imposants piliers de pierre en forme de bambou. Ce monument a été conçu spécialement pour commémorer l’indépendance de l’Indonésie le 17 août 1945.

Mohamed Rikrik, un guide du monument, a décrit le bambou comme un symbole de liberté dans la culture soundanaise de Java occidental. Les piliers de pierre ont été taillés en forme de lances de bambou, car celles-ci étaient les principales armes utilisées par les Indonésiens dans la lutte contre les colons.

Pendant la première moitié du XXe siècle, les peuples opprimés d’Asie se sont progressivement réveillés et les appels à l’indépendance des Indonésiens ont gagné de l’ampleur.

En 1908, une société politique nationaliste nommée Budi Utomo a été formée. En 1912, le premier parti politique, l’Association islamique, a été créé.

« Un changement significatif est la propagation du mouvement démocratique révolutionnaire aux Indes orientales néerlandaises, à Java et aux autres colonies néerlandaises, pour une population de quelque 40 millions d’habitants (…) Le despotisme et la tyrannie anciens du gouvernement néerlandais font aujourd’hui face à une résistance et une protestation résolues de la part des masses de la population autochtone », a écrit Vladimir Lénine dans son article « le réveil de l’Asie » en 1913.

LE COQ CHANTE PARCE QUE LE SOLEIL SE LEVE

Construit en 1907, le Musée indonésien de l’accusation à Bandung a initialement servi aux autorités coloniales néerlandaises afin de juger les personnes dont les actions étaient anti-néerlandaises.

« C’est là que Sukarno a été jugé. Au cours des deux jours du procès, Sukarno s’est défendu avec succès », a expliqué Dede Ahmad, guide du musée.

En 1927, Sukarno et plusieurs autres personnes ont formé l’Association nationale indonésienne, plus tard renommée en Parti national indonésien, afin de défendre l’indépendance du pays. Deux ans plus tard, les autorités coloniales néerlandaises ont arrêté Sukarno pour « incitation à la rébellion ».

Pendant son procès, il a prononcé une longue plaidoirie intitulée « L’Indonésie accuse », dans laquelle il énumérait les crimes des colons néerlandais et défendait la juste lutte du peuple indonésien pour l’indépendance nationale.

« En réalité, le soleil ne se lève pas parce que le coq chante, c’est le coq qui chante parce que le soleil se lève ! La vérité, c’est qu’en Indonésie aussi, le mouvement national est né de l’impérialisme, qui a été idolâtré par la classe dirigeante, sans oublier le système de drainage économique qui est en place dans le pays depuis des siècles. L’impérialisme est le principal instigateur et le principal criminel qui incite à la rébellion, il faut donc traduire l’impérialisme en justice ! », a justifié Sukarno dans sa plaidoirie.

Cet appel à la justice a suscité des réactions enthousiastes de la part des Indonésiens et de la panique chez les colons néerlandais. Sukarno a été condamné à quatre ans de prison et envoyé à la prison de Bandung.

Il est devenu le premier président indonésien après l’indépendance du pays en 1945 et a mené à la victoire les Indonésiens contre la tentative des colons néerlandais de recoloniser le pays par la guerre.

Il a affirmé que les colons ne voudraient pas accepter leur défaite en Asie et en Afrique et que, par conséquent, les nouveaux pays devaient s’unir pour s’opposer au colonialisme et à l’impérialisme.

En 1955, la Conférence afro-asiatique initiée par Sukarno et les autres dirigeants s’est tenue avec succès dans la rue Asie-Afrique, située à seulement un kilomètre de l’endroit où il avait prononcé son discours « L’Indonésie accuse ». Cette conférence a symbolisé le réveil et l’unité des peuples d’Asie et d’Afrique.

LE DEVELOPPEMENT MUTUEL

« Nous avons tous constaté l’injustice de l’ordre économique mondial actuel. Nous devons rejeter la discrimination commerciale. Le développement industriel en aval ne doit pas être entravé. Nous devons continuer de défendre la coopération égalitaire et inclusive », a déclaré l’actuel président indonésien Joko Widodo.

A la fin du mois d’août 2023, lors de la réunion des dirigeants des BRICS à Johannesburg, en Afrique du Sud, M. Widodo a appelé les pays du Sud global à s’unir, à défendre leurs droits au développement et à s’opposer à toute action qui entrave le progrès.

La gare Tegalluar de Bandung a été inaugurée le 7 septembre dernier. C’est l’une des quatre gares de la ligne à grande vitesse Jakarta-Bandung, un projet majeur construit conjointement par l’Indonésie et la Chine dans le cadre de l’ICR.

La ligne à grande vitesse a réduit le temps de trajet de plus de trois heures entre Jakarta et Bandung à 40 minutes, ce qui a dynamisé les activités économiques et stimulé les possibilités d’emploi.

« Je suis très heureux, et les Indonésiens aussi sont très heureux, car notre ligne à grande vitesse est la seule en Asie du Sud-Est. Grâce à cette infrastructure, nous pouvons poser les bases du progrès. Le plus important, c’est qu’elle renforcera aussi la compétitivité nationale de l’Indonésie », s’est réjoui M. Widodo avant l’exploitation commerciale de la ligne.

Bambang Suryono, président de la Fondation Nanyang ASEAN, un groupe de réflexion basé à Jakarta, a noté que les pays occidentaux avaient réalisé leur modernisation à travers l’esclavage et l’exploitation des autres pays, entraînant la dévastation pour les habitants.

« Par le biais de la solidarité et de la coopération avec la Chine, l’Indonésie participe à la construction conjointe de l’Initiative la Ceinture et la Route et réalise un développement mutuel. Cela prouve que les pays du Sud global peuvent s’engager sur une nouvelle voie de développement », a-t-il ajouté.

MAIN DANS LA MAIN, CÔTE À CÔTE

Le 22 avril 2015, Le président chinois Xi Jinping a prononcé un discours intitulé « Perpétuer l’esprit de Bandung pour une coopération gagnant-gagnant » à l’occasion du Sommet Asie-Afrique organisé en Indonésie.

« Il y a soixante ans, les dirigeants de 29 pays asiatiques et africains ont participé à la Conférence de Bandung, donnant naissance à l’esprit de Bandung défini par la solidarité, l’amitié et la coopération, galvanisant le mouvement de libération nationale qui a traversé l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, et accélérant le processus international de décolonisation », a rappelé M. Xi dans son discours.

« L’esprit de Bandung conserve une forte vitalité dans les nouvelles circonstances. Nous devons perpétuer l’esprit de Bandung en l’enrichissant avec de nouveaux éléments qui correspondent à l’évolution de l’époque, en encourageant un nouveau type de relations internationales marqué par la coopération gagnant-gagnant, en promouvant un ordre et un système internationaux plus justes et équitables », et en établissant une communauté de destin pour l’humanité afin d’apporter de plus grands bénéfices aux peuples d’Asie, d’Afrique et d’autres régions du monde, a-t-il poursuivi.

Aujourd’hui à Bandung, les trains de la ligne à grande vitesse Jakarta-Bandung traversent le paysage en incarnant l’esprit de Bandung défini par « la solidarité, l’amitié et la coopération » dans la nouvelle ère.

Le musicien indonésien Andy Qiu a écrit une chanson pour cette ligne ferroviaire, « Avance pour réaliser tes rêves ». « Main dans la main, côte à côte, aussi longtemps que nous serons unis, rien ne sera impossible », peut-on lire dans les paroles.

Xinhua

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