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Kaboré, Condé, IBK… Quel sort a été réservé aux présidents déchus ?

Après les coups d’Etat de ces dernières années au Mali, en Guinée ou encore au Burkina Faso, les présidents déchus ont connu des sorts différents.

C’était le 5 septembre dernier. A Conakry, une unité d’élite de l’armée guinéenne, le Groupement des forces spéciales (GFS), faisait tomber Alpha Condé. Et alors que le colonel Mamady Doumbouya prenait le pouvoir, Condé résistait aux militaires. Une photo montrait d’ailleurs le président déchu affalé sur un canapé, posant fièrement au milieu des putschistes. A l’époque, nous affirmait un proche d’Alpha Condé, ce dernier « n’est pas le genre d’homme à qui l’on fait signer, sous la contrainte, une démission ».

Alpha Condé se rebelle

Et effectivement, Alpha Condé n’a jamais voulu signer sa démission, même sous la pression militaire. Début janvier, alors que le président guinéen souhaitait quitter Conakry pour aller se faire soigner de la hanche, la presse nous indiquait que le poste de président était toujours inscrit sur son passeport.

Lâché par son parti, Alpha Condé avait reçu, cinq jours après le coup d’Etat en Guinée, la visite d’une mission de la Cedeao, composée de plusieurs ministres des Affaires étrangères. Celle-ci avait assuré qu’Alpha Condé « allait bien ». Mais sa demande de libération n’a jamais abouti. En attendant de connaître son sort, Alpha Condé avait été placé dans une aile des forces spéciales installée à l’entrée du palais de Kaloum.

Finalement, le 17 janvier, Condé a pu être évacué pour aller se faire soigner à l’étranger, plus précisément à Abou Dhabi. Une simple parenthèse dans son agenda de prisonnier : la junte militaire guinéenne a négocié avec les Emirats arabes unis pour organiser le séjour médical de l’ancien président. Un séjour qui a dû être prolongé. Mais selon plusieurs sources proches du dossier, Condé devrait bien revenir à Conakry après son voyage.

Le président guinéen déchu avait, en contrepartie de l’accord des militaires à le laisser partir, signé un document s’engageant à ne pas s’exprimer en public et à ce que son séjour aux EAU ne dépasse pas un mois. Sur place, Alpha Condé n’a qu’un moyen de communication : un téléphone mis à sa disposition par l’hôpital, qui l’a placé sur écoute.

Condé est également escorté par les services de sécurité des EAU, sans répit, et l’ex-président ne peut rencontrer que son médecin personnel. Si tout se déroule comme prévu, Alpha Condé reviendra bientôt en Guinée et retrouvera son appartement au palais, aux côtés de ses putschistes.

Ibrahim Boubacar Keïta, la retraite anticipée

Quasiment un an plus tôt, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta avait connu un destin très différent. Lui aussi, comme Alpha Condé, avait subi un coup d’Etat. Mais contrairement au Guinéen, il avait accepté de signer un document de démission le 18 août 2020. IBK venait de vivre deux mois et demi de contestations populaires intenses. Plongé en pleine crise politique, il avait été réveillé le 18 août par des putschistes.

Après le coup d’Etat, IBK est placé en résidence surveillée. Il a, selon les militaires qui l’ont fait tomber, signé sa démission. Ce que confirmera, le 22 août, l’émissaire de la Cedeao, Goodluck Jonathan. En effet, ce dernier se rend dans la résidence de Kati dans laquelle Keïta est retenu par les militaires.

Il explique alors avoir accepté de quitter le pouvoir et parle, à Goodluck Jonathan, de « dégoût ». Il lui explique alors vouloir désormais se retirer loin des regards et des médias. Comme Condé après lui, IBK affirme vouloir se rendre à Abou Dhabi pour des contrôles médicaux.

Abandonné notamment par la France, IBK veut désormais profiter de ses derniers instants. Il acceptera de garder le silence et de ne pas répondre aux journalistes. Le 24 août 2020, IBK retrouvera son épouse avec laquelle il pourra enfin discuter au téléphone. Avant de la retrouver physiquement et de s’éteindre, en janvier 2022.

Entre le coup d’Etat et son décès, IBK en aura profité pour s’adonner à une de ses passions, la littérature. Mais il aura gardé sa ligne, celle de rester muet et de ne plus commenter la vie politique malienne.

La situation se durcit pour Roch Marc Christian Kaboré

Dernier président tombé, celui du Burkina Faso. Le 24 janvier dernier, le chef de l’Etat est renversé. On lui reproche notamment sa mauvaise gestion de la lutte contre le terrorisme. Le 25 janvier, Kaboré est placé dans une villa ministérielle. Il est alors privé de ses mouvements, mais peut toujours recevoir des invités.

Une situation qui durera près de trois semaines. Mais il y a cinq jours, l’ex-président, qui a refusé de confirmer sa démission à la suite du putsch, est finalement déplacé. Le 17 février, indique Jeune Afrique, c’est dans une maison, toujours située dans le quartier de Ouaga-2000, que Kaboré est transféré par les militaires au pouvoir.

Un déménagement qui n’est pas que symbolique : selon le magazine, l’ex-président burkinabè voit en effet ses conditions de détention se durcir : alors qu’il pouvait, jusqu’alors, recevoir la visite de son épouse Sika et de ses deux enfants, mais également de son médecin personnel, Kaboré doit désormais se priver de cette liberté.

« Les visites sont ainsi désormais limitées à une heure par jour et il lui est interdit, sauf autorisation exceptionnelle, de communiquer avec l’extérieur », précise la presse qui ajoute que l’ancien chef de l’Etat n’a plus accès à ses téléphones personnels. Surtout, Kaboré est toujours escorté par les Forces spéciales qui l’ont délogé.

Désormais, Kaboré vit reclus, et son entourage se demande s’il est en bonne santé. Personne ne sait aujourd’hui s’il restera emprisonné ou s’il retrouvera sa liberté. La Cedeao, via le président ghanéen Nana Akufo-Addo, tente de négocier sa libération. Mais l’instance est, jusqu’ici, toujours aussi inefficace.

Le Journal de l’Afrique

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