« Je plaide coupable » : Michel Ange Angouing répond à Mwalimu Djeukam Tchameni et appelle le Cameroun à la justice, à la fraternité et au vivre-ensemble

Fabien Mbarga
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Dans une tribune datée du 25 octobre 2026, l’ancien ministre et magistrat hors hiérarchie Michel Ange Angouing réagit à la plaidoirie de son ancien camarade de l’université de Yaoundé, Mwalimu Djeukam Tchameni, actuellement détenu à la prison de Kondengui et poursuivi notamment pour atteinte à la sûreté de l’État.

À travers un texte à la fois personnel, nostalgique et politique, il évoque la fraternité étudiante des années 1970, interroge les crises que traverse le Cameroun et appelle à une justice sereine, impartiale et accessible à tous. Voici du reste l’intégralité de sa sortie.

Lire la tribune de Michel Ange Angouing :

« JE PLAIDE COUPABLE » de MWALIMU DJEUKAM TCHAMENI

J’ai lu avec attention la plaidoirie de mon ami et frère DJEUKAM TCHAMENI.

J’y ai reconnu le camarade d’université qui est resté constant dans la réflexion, les convictions idéologiques et dans sa posture.

Je revois ces années passées ensemble à Ngoa Ekelle (je précise qu’à cette époque-là, en 1978, il n’y avait qu’une seule université, l’université de Yaoundé) où l’amour, la fraternité et la camaraderie entre les étudiants venus de tous les horizons que nous étions, étaient vrais, francs et sincères.

Il n’y avait ni francophones ni anglophones, ni Douala, ni Bamiléké, ni Béti, ni Maka, Baya, Kako, ni Bulu, Fang, ni Bamoun, ni Foulbé, Toupouri ou Guiziga, ni Bassa, etc. Mais des jeunes filles et des jeunes garçons à la quête du savoir pour servir la nation demain, chacun dans son domaine.

Nous supportions tous, dans la joie et l’allégresse, le Canon, le Tonnerre, le Diamant et le Dragon de Yaoundé, l’Union sportive, la Dynamo, le Caïman et le Léopard de Douala, l’Union sportive d’Abong-Mbang, le Stade de Bertoua, Fédéral de Foumban et le Racing Club de Bafoussam, PWD de Bamenda, Prison’s de Buéa, Étoile Filante de Garoua, Kohi de Maroua, Entente de Ngaoundéré, Aigle de Nkongsamba et de Dschang ou Foudre d’Akonolinga.

Nos enseignants, de vrais monuments, avaient la connaissance, le savoir et la volonté inébranlable pour faire de nous des citoyens libres et fiers au service d’un Cameroun où il fait bon vivre. Je pense aux frères MELONE (Thomas et Stanislas), à l’abbé NGONGO OTOU, aux professeurs Joseph OWONA, Georges NGANGO, KONTCHOU KOUOMENI, BIPOUN, MBOUI, EKODECK, TCHUINTE et beaucoup d’autres. Ils nous ont transmis le savoir et nous ont fait rêver.

MWALIMU DJEUKAM TCHAMENI, dans sa plaidoirie, est dans sa posture d’homme politique, leader d’opinion. Il décrit et peint le Cameroun tel qu’il le pense, le voit et le sent.

Il le décrit tel qu’il souhaite qu’il soit. Un Cameroun développé. Un Cameroun prospère. Un Cameroun où il fait bon vivre pour tous. Un Cameroun où règnent la justice, l’équité et la vérité. Un Cameroun où l’on ne spolie pas la fortune publique. Un Cameroun où toutes les filles et les fils bénéficient équitablement des fruits de la croissance.

Un Cameroun où règne l’État de droit et où les règles de droit s’appliquent indifféremment à tous.

Du fond de sa cellule, MWALIMU DJEUKAM TCHAMENI est-il le seul à le penser ou à le dire ? J’en doute.

C’est à ce niveau que je pose encore la question qui taraude mon esprit : qu’est-ce qui n’a pas marché pour que notre pays se trouve aujourd’hui plongé dans toutes les crises imaginables ?

Crise politique, crise idéologique, crise économique et financière, crise sociale et culturelle. Les citoyens vivent aujourd’hui plus qu’hier dans l’incertitude et la peur dans leur propre pays.

Sommes-nous tous devenus incapables de trouver des solutions aux différents problèmes et autres interpellations ?

Nous avons la ressource humaine, des ressources naturelles. Nous avons aussi, à en croire le discours officiel, la volonté politique.

Que se passe-t-il donc pour que nous ayons autant peur des lendemains ?

La GRANDEUR et L’ESPÉRANCE annoncées fondent, chaque jour qui passe, comme du beurre sous le soleil ! Tellement la haine a envahi nos cœurs. La Justice immanente est attendue pour trancher là où des solutions humaines peuvent encore être trouvées.

La « guerre de succession » dont on parle tant, et qui se nourrit de la haine, de la division dans un pays qui a toujours clamé avec fierté son unité, est-elle opportune ?

Il me semble que non. Elle est même prématurée. Le Président légalement élu n’ayant exercé que pendant un an, le bon sens voudrait que ceux qui ambitionnent de prendre la succession fassent encore preuve de patience, sauf si leur excitation voudrait démontrer que le

Président élu n’est plus en capacité de diriger.

Mon frère DJEUKAM TCHAMENI, tu es Bamiléké, je suis Maka. La fraternité que nous avons construite et développée à l’université devrait servir d’exemple à nos enfants et… surtout à certains de nos dirigeants qui, dans l’exercice de leurs fonctions, ne construisent pas le vivre-ensemble et compromettent inévitablement l’avenir de notre pays.

Le Cameroun ne se fera pas avec quelques « illuminés ». Il se fera avec toutes ses filles et ses fils, sans discriminations aucune.

MWALIMU DJEUKAM TCHAMENI, TU AS CHOISI DE PLAIDER COUPABLE, c’est une option que t’offre le code de procédure pénale.

Tu sais aussi qu’il y a longtemps, très longtemps, que l’aveu a cessé d’être la reine des preuves.

Le magistrat, le bon magistrat, civil ou militaire (ils ont d’ailleurs reçu la même formation, utilisent les mêmes outils de travail et sont soumis au serment juratoire qu’ils ont prêté devant Dieu et devant les hommes), ne risque pas de te condamner, pour quelque raison que ce soit, pour les faits que tu n’as pas commis, nonobstant ton aveu.

Le magistrat qui le ferait s’expose lui-même à la Justice divine qui, elle, n’épargne personne de générations en générations.

La Justice, comme la mort, ne doit épargner personne, sauf lorsque la loi, et la loi seule, en dispose autrement. Les faits sont soumis au magistrat qui en donne, en son âme et conscience, la coloration juridique et rend la décision.

Nous devons tous croire en la JUSTICE et lui donner les moyens de sa sérénité.

Les pouvoirs publics et chacun de nous sommes tous interpellés pour avoir la Justice que nous méritons.

Union de prières pour notre santé à tous, pour la paix et pour un Cameroun qui sécurise, rassure et qui ouvre les voies du développement intégral.

MICHEL ANGE ANGOUING
Magistrat hors hiérarchie
Conseiller technique MINJUSTICE
Ancien ministre.
NKILZOK (par Zoetele), le 25 octobre 2026.

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Fabien MBARGA est Journaliste & EnseignantAvec plus de 20 ans d’expérience au cœur des médias, Fabien Mbarga est une voix qui compte dans le paysage audiovisuel et journalistique camerounais et africain.Son parcours l’a mené des studios de radio aux plateaux de télévision, des rédactions de presse écrite aux rédactions cybernétiques, en passant par la production de contenus. Partout, il a bâti une réputation de rigueur, de curiosité et de pédagogie. Spécialisé dans les thématiques qui façonnent notre quotidien, il excelle particulièrement sur : le Sport, la Société, l’Éducation et le Développement Durable.Journaliste de terrain et analyste, il est également parfaitement à l’aise pour traiter des dossiers complexes en Politique, Économie, Diplomatie et dans tous les domaines de l’actualité.
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