Vincent Sosthène Fouda a adressé une lettre ouverte à Mgr Andrew Nkea, président de la Conférence des évêques du Cameroun, pour appeler l’Église catholique à prendre publiquement position contre les féminicides et les violences faites aux femmes.
Dans cette lettre datée du 24 août depuis Houston, l’universitaire affirme que « 143 vies » de femmes auraient été emportées par les violences conjugales et interpelle directement le responsable de l’épiscopat camerounais sur le silence de l’Église face à ces drames.
« Monseigneur, parlez. Parlez pour celles que l’on a fait taire », écrit Vincent Sosthène Fouda, qui estime que l’Église ne peut rester indifférente lorsque des femmes sont victimes de violences dans le cadre de relations amoureuses.
S’appuyant sur plusieurs références de la doctrine sociale et de la tradition chrétienne, l’auteur place cette question sous l’angle de la dignité humaine et de la protection des personnes vulnérables. Il invoque notamment Mulieris Dignitatem, Caritas in Veritate et Gaudium et Spes, ainsi que les écrits de plusieurs figures de la tradition chrétienne.
Lire la lettre ouverte de Vincent Sosthène Fouda :
« Lettre ouverte à Monseigneur Andrew Nkea, Président de la Conférence des Évêques du Cameroun
Houston le 24/08/2026
Monseigneur, cher Père Évêque,
Êtes-vous au courant de tous ces féminicides ? Ces vies de femmes arrachées dans le silence, dans le champ même de l’amour ? 143 vies supprimées par la violence folle des hommes comme vous et moi. L’Église, Mère et Maîtresse, ne peut se taire quand la chair du Christ est meurtrie dans ses filles.
L’option préférentielle pour les pauvres, rappelée par Sollicitudo Rei Socialis et Evangelii Gaudium, ne concerne pas seulement la misère matérielle : elle embrasse aussi la souffrance morale, la violence intime, la peur quotidienne. Saint Jean Paul II écrivait : « La dignité de la femme est un reflet de la dignité du Christ lui même » (Mulieris Dignitatem, 1988). Et Benoît XVI ajoutait dans Caritas in Veritate : « La charité sans vérité devient sentimentalisme ». Or, le silence devant le meurtre des femmes est un sentimentalisme coupable.
Les Pères de l’Église nous ont enseigné que la parole est un acte de charité. Saint Ambroise disait : « Celui qui se tait devant l’injustice devient complice du mal ». Saint Augustin, dans ses Confessions, voyait dans la femme une image de la sagesse divine : « La femme est mémoire et fécondité ». Saint Jean Chrysostome, lui, rappelait que « l’amour véritable ne frappe pas, il se sacrifie ».
Et que dire des Docteurs mystiques ? Sainte Thérèse d’Avila, dans Le Château intérieur, nous enseigne que la femme est le lieu où Dieu se fait demeure. Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein) écrivait : « L’âme féminine est appelée à porter le monde dans la compassion ». Ces paroles sont aujourd’hui des cris.
Monseigneur, parlez. Parlez pour celles que l’on a fait taire. Parlez pour celles dont le sang crie depuis la terre. Parlez pour que la Conférence des Évêques du Cameroun proclame, dans la lumière de l’Évangile, que l’amour ne tue pas.
Ma famille et moi, par la modicité de nos moyens, vous faisons un virement de cinquante mille francs CFA pour demander à la Conférence des Évêques une célébration eucharistique en mémoire de ces femmes victimes de la violence des hommes dans le champ de l’amour. Que cette messe soit un signe de conversion, un appel à la conscience, un acte de réparation.
Car, comme le rappelle Gaudium et Spes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, surtout des pauvres et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ. »
Monseigneur, que votre voix s’élève. Qu’elle soit celle du pasteur qui ne fuit pas devant le loup. Qu’elle soit celle du père qui protège ses filles. Qu’elle soit celle du prophète qui rappelle que la vie est sacrée.
Recevez, Monseigneur, l’expression de mon profond respect et de ma prière.
Prof Vincent Sosthène FOUDA »

