L’examen contradictoire du rapport d’expertise du professeur Georges Bell Bitjoka s’est poursuivi ce 2 juin 2026 dès 10 h 45 min au Tribunal militaire de Yaoundé, dans le cadre du procès relatif à l’assassinat de l’ex-chef de chaîne d’Amplitude FM Martinez Zogo. Au cours de cette deuxième journée consacrée aux conclusions de l’expert judiciaire en sécurité informatique, les différentes parties ont multiplié les questions et livré leurs premières lectures du rapport.
Par Sébastien Oyebe
Des précisions sur la portée de l’expertise
Les échanges ont notamment été marqués par l’intervention de Maître Félicite Esther ZEIFMAN, avocat de la partie civile, qui a soumis à l’expert une vingtaine de questions visant à clarifier plusieurs aspects de son rapport. Une première série d’interrogations a porté sur les 18 % de données téléphoniques effectivement exploitées dans le cadre de l’expertise.
En réponse, le professeur Georges Bell Bitjoka a rappelé que sa mission était strictement technique et qu’il ne lui appartenait pas de désigner des responsables pénaux. Revenant sur ses déclarations de la veille concernant l’absence d’éléments impliquant directement Jean-Pierre Amougou Belinga dans les données analysées, il a précisé que cette conclusion ne concernait que les informations effectivement examinées.
L’expert a également expliqué que les échanges entre Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwe s’effectuaient principalement via l’application WhatsApp, dont le contenu n’est pas accessible aux opérateurs de téléphonie. Hormis quelques SMS, il affirme n’avoir relevé aucun élément particulier dans les données exploitées.
Au terme de son contre-interrogatoire, Me Ashu, également conseil de la partie civile, a sollicité une contre-expertise.
La défense de Jean-Pierre Amougou Belinga adhère aux conclusions
Du côté de la défense, les avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga ont indiqué ne pas avoir de questions à adresser à l’expert.
Cette position a été réaffirmée par Maître Charles Tchoungang, qui a fait savoir que la défense adhérait aux conclusions présentées par le professeur Bell Bitjoka.
Par ailleurs, Me Jacques Mbuny, avocat de Justin Danwe, a soulevé une difficulté relative à la pagination du rapport d’expertise, estimant que le document mis à la disposition des avocats ne correspondait pas exactement à celui utilisé par l’expert. Ce dernier a expliqué que cette différence serait liée à un problème technique d’impression résultant de l’utilisation d’une police de caractères différente.
Des réactions contrastées des conseils
À l’issue de l’audience, plusieurs avocats ont livré leur appréciation des conclusions de l’expert.
Pour Maître Calvin Job, avocat des ayants droit de Martinez Zogo, le rapport constitue une avancée majeure dans la manifestation de la vérité.
« C’est un rapport qui vient remettre les cartes sur table, un rapport qui vient balayer tout ce qu’on nous a raconté depuis le départ. C’est un rapport qui est clair sur les implications des uns et des autres », a-t-il déclaré.
L’avocat a également salué le travail réalisé par l’expert : « Nous avons, de manière unanime, salué la qualité du travail qui a été effectué, la qualité des recherches et la qualité technique de cet expert. »
Estimant que le document apporte des éléments essentiels au dossier, il a ajouté : « Nous sommes certains que si le tribunal s’appuie sur ce rapport, il aurait déjà fait 98 % du travail. »
La défense de Martin Savom évoque des éléments « fragiles »
De son côté, Maître Clément Ananga, conseil de Martin Savom, considère que l’audience a permis de mieux distinguer les responsabilités éventuelles des différents accusés.
« Les vraies choses ont commencé parce que l’audience d’aujourd’hui nous a permis de commencer à voir qui a fait quoi et surtout qui n’a pas fait quoi », a-t-il affirmé.
Selon lui, les éléments retenus contre son client reposeraient essentiellement sur des données de géolocalisation qu’il juge insuffisantes.
« Vous avez pu remarquer que c’est sur des éléments extrêmement fragiles que l’accusation a voulu se baser pour entraîner mon client dans cette procédure », a-t-il déclaré.
L’avocat a rappelé les explications de l’expert selon lesquelles deux téléphones peuvent être connectés à la même antenne relais tout en étant séparés de plusieurs centaines de mètres.
« C’est extrêmement fragile d’accuser un individu au seul motif que son téléphone a rayonné pendant un certain temps à proximité d’un autre coaccusé », a-t-il soutenu.
La défense de Maxime Eko Eko insiste sur l’absence d’éléments compromettants
Pour Maître Seri Zokou, avocat de Maxime Eko Eko, les conclusions de l’expertise confirment la ligne de défense adoptée depuis le début de la procédure.
« Concernant les téléphones qui ont été examinés par l’expert, celui-ci tire une conclusion claire : il n’y a aucun lien entre notre client et les faits », a-t-il affirmé.
L’avocat a également précisé que plusieurs appareils ou numéros attribués à son client avaient déjà été récupérés et exploités dans le cadre de l’enquête.
« Ces éléments ont été transmis à la commission mixte d’enquête puis au juge d’instruction qui en a fait l’exploitation. Là encore, il n’y avait rien concernant notre client dans cette affaire », a-t-il soutenu.
Justin Danwe au centre des observations de sa défense
Réagissant aux conclusions de l’expert, Maître Jacques Mbuny a estimé que les données présentées à la barre ne permettent pas d’établir que son client aurait donné un ordre d’assassiner Martinez Zogo.
« Est-ce qu’on a la preuve que mon client a donné l’ordre d’assassiner Martinez Zogo ? L’expert a dit non », a déclaré l’avocat.
Selon lui, l’expertise contribue néanmoins à mieux comprendre les interactions entre les différents protagonistes.
« Nous touchons petit à petit au fond du problème parce qu’avec ce travail d’expert, nous comprenons déjà quelles sont les connexions qui auraient pu avoir lieu et celles qui n’ont pas eu lieu », a-t-il expliqué.
Me Mbuny a également relevé que Justin Danwe serait le seul accusé dont les données téléphoniques ont été exploitées à 100 %.
« Mon client a donné tous ses téléphones. Ils ont été exploités à fond, donc il n’y avait rien à cacher », a-t-il affirmé.
L’avocat a enfin regretté que toutes les images et vidéos relatives aux derniers moments de Martinez Zogo n’aient pas été présentées à l’audience, estimant qu’une diffusion exhaustive aurait permis de mieux comprendre les circonstances de l’affaire.
Une audience prolongée jusqu’en soirée
Après les interventions des avocats, les accusés eux-mêmes ont également pris part à l’examen du rapport d’expertise, prolongeant les débats jusqu’après 22 heures.
À l’issue de cette longue journée d’audience, le Tribunal militaire de Yaoundé a renvoyé l’affaire aux 22 et 23 juin 2026.
Le professeur Georges Bell Bitjoka est attendu de nouveau à la barre. Le commissaire du gouvernement devrait procéder à sa réexamination afin d’obtenir des éclaircissements complémentaires sur certains aspects de son rapport et de sa méthodologie.
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*Le titre est de la rédaction de Cameroun Actuel

