Dette publique, baisse de l’investissement, coût du crédit, difficultés d’approvisionnement en électricité et dégradation des infrastructures : le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé le jeudi 10 septembre 2026 un tableau préoccupant de la conjoncture économique, à l’occasion de sa rentrée économique à Yaoundé.
L’organisation patronale a notamment alerté sur le ralentissement de la croissance, avec un PIB attendu à 3,5 %, selon les données présentées lors de cette rencontre. Le secteur tertiaire affiche une progression de 4,6 %, contre 1,7 % pour l’agriculture et 2,0 % pour l’industrie.
Pour le GECAM, ce déséquilibre entre les secteurs pose la question de la capacité du Cameroun à renforcer sa production locale et à atteindre les objectifs fixés dans sa Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND30).
Voici les principaux points évoqués lors de la rentrée économique du GECAM ce 10 septembre 2026, un condensé de la journaliste Lile Piedjou :
Conjoncture Macroéconomique & Modèle de Croissance
Chocs externes et budget : Le conflit au Moyen-Orient et la crise du détroit d’Hormuz ont fait grimper le baril de pétrole (jusqu’à 126 $), perturbant le cadrage budgétaire 2026 basé sur 62 $. Bien qu’exportateur de brut, le Cameroun subit l’envolée des coûts des carburants importés, entraînant une baisse de 35 % des recettes pétrolières au T1. Déséquilibre sectoriel : le PIB subit un ralentissement à 3,5 %.
Le secteur tertiaire (+4,6 %) croît de deux à trois fois plus vite que l’agriculture (+1,7 %) et l’industrie (+2,0 %), ce qui remet en cause la souveraineté productive et les objectifs de la SND30.
Gouvernance Budgétaire & Pression Fiscale
Effondrement de l’investissement public : au premier trimestre 2026, les dépenses d’investissement ont chuté de 74,4 % (45 milliards FCFA contre 175,5 milliards un an plus tôt), affichant un taux d’exécution critique de 2,2 %.
Shift budgétaire préoccupant : en 10 ans, la part du budget allouée au fonctionnement est passée de 65,1 % à 79,2 %, réduisant l’investissement à 20,8 %. Le GECAM demande à ce que la loi de finances 2027 inverse cette tendance.
Pression sur le secteur formel : objectif d’augmentation des recettes fiscales de 12,5 % (3 600 milliards FCFA) pesant principalement sur les entreprises formelles, avec un Code Général des Impôts modifié plus de 2 500 fois depuis 2002 (dont 127 articles en 2026).
Dette publique : la dette atteint 15 607 milliards FCFA (44,2 % du PIB), où le service de la dette capte 40 % des dépenses contre 23 % pour l’investissement.
Freins Infrastructurels (Énergie & Transports)
Crise de l’électricité : malgré la mise en service de Nachtigal (420 MW) et la nationalisation de la distribution, 65 % des entreprises dépendent de groupes électrogènes dont le coût de revient (200-350 FCFA/kWh) est jusqu’à 7 fois supérieur au tarif industriel. Les déficits de transport et le mécanisme « take-or-pay » coûtent 10 milliards FCFA/mois à l’État.
Réseau routier dégradé : les axes majeurs (Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Ngaoundéré-Kousseri) restent détériorés. Sur le corridor Douala-Ngaoundéré, les interruptions logistiques génèrent 15 à 20 % de surcoûts.
Financement de l’Économie & Numérique
Rareté et coût du crédit : baisse des nouveaux crédits accordés par les banques au T1 2026 (1 337 milliards contre 1 887 milliards au T1 2025) et hausse du taux débiteur moyen de 8,26 % à 9,03 %.
L’État banquier et débiteur : L’omniprésence de l’État actionnaire/emprunteur évince le secteur privé (effet d’éviction vers les bons du Trésor). Le GECAM demande un calendrier de désengagement progressif et l’apurement des arriérés dus aux entreprises.
Incertitude numérique : la pénétration du haut débit stagne à 22 % depuis 2016 avec un coût de l’Internet fixe 3 à 4 fois plus cher qu’au Rwanda. Manque d’anticipation illustré par l’application puis la suspension chaotique de la taxe douanière sur les appareils numériques.
Patriotisme Économique & Secteur Informel
Déficit commercial record : atteignant 2 145 milliards FCFA en 2025 (taux de couverture tombé à 59 %), marqué par la hausse des importations de riz (+37 702 tonnes) et de poisson (+60 193 tonnes) malgré les programmes d’import-substitution.
Lutte contre l’informel et fraude : 52 % des emplois relèvent de l’informel non agricole contre 5,1 % pour le privé formel. Le GECAM distingue l’informel de subsistance et l’incitation à la formalisation, tout en condamnant fermement l’informel grand format qualifié de fraude fiscale organisée.

