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Défis et perspectives de la régulation du transport en moto-taxi au Cameroun : urgence d’une nouvelle gouvernance urbaine

Le drame survenu le 17 avril 2024 à Yaoundé 1er (Mballa 2) a remis sur le devant de la scène l’épineuse question de la régulation du transport urbain par moto-taxi au Cameroun. Communément appelés « Bend skin », ces engins sont devenus au fil des années un mode de déplacement incontournable, rapide et peu coûteux. Mais leur encadrement par les pouvoirs publics reste approximatif, posant de sérieux défis en termes de sécurité routière et d’aménagement urbain.

Des racines historiques complexes

Pour comprendre les enjeux actuels de la régulation des motos-taxis, il faut remonter aux années 1990. C’est dans un contexte de crise économique et de troubles socio-politiques que ce mode de transport alternatif a émergé. Profitant des difficultés de mobilité liées à la fermeture de la SOTUC (Société des Transports Urbains du Cameroun) et du laxisme des autorités, les motos-taxis se sont rapidement imposées comme une solution de fortune, tirant profit de l’absence de contrôle et de la tolérance des pouvoirs publics.

L’échec des tentatives de régulation

Conscientes des risques liés à la prolifération anarchique des motos-taxis, les autorités camerounaises ont tenté à plusieurs reprises de légiférer. Mais les décrets de 1995, 2008 et 2013 n’ont jamais réussi à endiguer le phénomène. Comme le souligne Ralph-Axel Yebega Amougou, doctorant en Sciences Politiques à l’Université Catholique d’Afrique Centrale, cet échec cache « une situation bien plus complexe : la relégation de l’activité des motos-taxis au second plan dans la hiérarchie des priorités de l’État ». Un constat amer qui traduit une sous-évaluation de l’impact de cette activité.

Les motos-taxis, un enjeu de sécurité publique

Mais les conséquences de ce laxisme sont dramatiques. Selon l’OMS, les accidents de la route entraînent environ 1,3 million de décès par an dans les pays à faible revenu, et plus de la moitié des victimes sont des usagers vulnérables comme les motocyclistes. Au Cameroun, les motos-taxis sont régulièrement pointées du doigt pour leur conduite dangereuse, caractérisée par la vitesse excessive, la consommation d’alcool ou de stupéfiants, et l’absence de port du casque. Une situation qui ne peut plus durer.

Corruption et fracture sociale, les freins à la régulation

Mais pourquoi est-il si difficile de réguler cette activité ? Pour Ralph-Axel Yebega Amougou, la réponse est à chercher du côté de la corruption et de la fracture sociale. « Depuis les années 1990, la capacité des motos-taximen à se définir dans l’urbanité est intimement liée aux multiples transactions sociales qu’ils entretiennent (obtention de faveurs de la part des forces de l’ordre, diverses modalités de trafic d’influence et corruption, etc.) », analyse-t-il dans une tribune publiée sur 237online.com. Une situation qui a instauré un climat de défiance et de violence entre motos-taximen et pouvoirs publics.

Des pistes pour une meilleure gestion des motos-taxis

Face à ce constat alarmant, quelles solutions envisager ? Pour le chercheur, il est urgent d’adopter une approche globale et participative. Cela passe par une meilleure connaissance des risques, à travers la mise en place de groupes de travail spécialisés réunissant tous les acteurs concernés (spécialistes médicaux, associations, victimes d’accidents, agents publics, entreprises privées, etc.). Mais aussi par des actions ciblées de prévention et de formation, en particulier auprès des jeunes conducteurs. Sans oublier un nécessaire renforcement des contrôles et une lutte accrue contre la corruption.

Vers une nouvelle gouvernance du transport urbain

Au-delà de ces mesures techniques, c’est toute la gouvernance du transport urbain qui doit être repensée. « Les pouvoirs publics gagneraient à adopter des politiques publiques de transport qui favorisent l’inclusion et la participation d’autres types d’acteurs dans l’objectif d’obtenir des résultats satisfaisants, mais surtout d’améliorer les conditions de mobilité et de sécurité des individus », plaide Ralph-Axel Yebega Amougou. Un appel à une véritable révolution dans la gestion de ce secteur crucial pour le développement du Cameroun.

La régulation du transport urbain en moto-taxi est un défi immense, mais crucial pour l’avenir du pays. Il en va de la sécurité et du bien-être de millions de Camerounais. Les autorités doivent prendre la mesure de l’urgence et engager des réformes courageuses, en concertation avec tous les acteurs. Car seule une approche inclusive et participative permettra de sortir de l’ornière. L’heure n’est plus au laxisme ni à l’improvisation, mais à l’action résolue et à la vision à long terme. L’enjeu est de taille, mais le Cameroun a les ressources et l’énergie pour relever ce défi. A condition d’en faire une priorité nationale.

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