La controverse autour des quotas d’importation de poissons de l’entreprise Congelcam dépasse-t-elle les enjeux économiques et la promotion de la production locale ?
Dans une tribune, l’analyste politique Moussa Njoya avance l’hypothèse d’un affrontement entre réseaux d’influence liés à la succession du président Paul Biya, tout en dénonçant le risque de détournements de fonds publics à la faveur d’éventuels programmes d’urgence.
L’entreprise Congelcam est au centre des débats depuis une conférence de presse organisée le 15 octobre par ses responsables. Ceux-ci ont fait état de difficultés administratives, notamment liées à la réduction de leurs quotas d’importation, et alerté sur un risque de pénurie de poissons dans les prochains mois.
Cette situation a relancé les critiques sur la place des importations dans l’approvisionnement du marché camerounais. Certains observateurs défendent la nécessité de renforcer la production nationale, tandis que d’autres mettent en avant le risque d’une insuffisance de l’offre si les importations diminuent avant que les capacités locales ne permettent de répondre à la demande.
Lire l’analyse de Moussa Njoya :
Affaire Congelcam : entre guerre de clans et volonté de détournements !
Depuis quelques jours, l’entreprise Congelcam est au centre d’une controverse, suite à la conférence de presse de ses responsables du 15 octobre dernier, et au cours de laquelle ils ont fait état d’importantes difficultés administratives qu’ils rencontrent, notamment en ce qui concerne la diminution de leurs quotas d’importation. Toute chose qui expose les populations à une forte pénurie de poissons dès le mois de novembre, et ce jusqu’en février 2027 au moins.
Suite à cette communication, de nombreuses se sont élevées, certaines pour soutenir Congelcam, d’autres pour la condamner, notamment son attachement aux importations, au lieu de la production locale.
Mais à mon humble avis, ces réactions, y compris celles des responsables de Congelcam, semblent pour l’essentiel passer à côté de ce qui se joue réellement dans ce dossier.
Congelcam au centre de la lutte des clans !
C’est désormais un secret de polichinelle, le Cameroun est transformé en ce moment en un vaste champ de bataille de à ciel pour la succession du Président Paul Biya. Et dans cette guerre sans merci et sans pitié, chaque chef de clan cherche à recruter dans son camp le maximum d’hommes en tenue, de magistrats, d’intellectuels, de journalistes, de leaders d’opinion, et surtout d’hommes d’affaires, qui serviront éventuellement de fournisseurs de moyens financiers, en plus de ce qu’ils ont déjà volé.
Dans ce jeu de clans, le promoteur de Congelcam, réputé pour sa discrétion, a toujours mis un point d’honneur à se tenir à équidistance, loin des différents clans, en veillant à n’entretenir de rapports intimes avec aucun des chefs. C’est ce qui ressort en tout cas des différentes galaxies des personnalités qui sont souvent élaborées par des journaux spécialisés tels que Jeune Afrique ou encore Africa Intelligence.
C’est ce refus de s’aligner derrière un certain chef de clan qui semble aujourd’hui être la source des malheurs de Congelcam. Sinon, comment comprendre que pendant qu’on s’acharne sur les importations de poissons, on ne dise mot sur le riz, le blé ou encore les huiles végétales qui déséquilibrent beaucoup plus la balance de paiement ?
Cette question est d’autant plus importante qu’en ce qui concerne le riz, le blé et l’huile végétale, l’État du Cameroun dispose d’entreprises publiques nationales (SEMRY, SODEBLE, SODECOTON, etc.) qui ont totalement été abandonnées, au profit des importations, alors que leurs capacités de production et de couverture du marché local sont immenses.
Si c’était vraiment l’import-substitution que les gouvernants voulaient promouvoir, je pense que ce sont ces denrées alimentaires, en plus des pâtes alimentaires, qui seraient les premières à être visées, et non le poisson dont le déficit de production nationale est clairement établi à plus de quatre cent mille tonnes par an. Et qu’il est sûr que ce n’est pas avec nos petits étangs ainsi que nos élevages dans quelques cuves qui combleraient ce déficit du jour au lendemain.
Mais en réalité, il est ici question d’obliger le promoteur de Congelcam à s’aligner derrière l’un de ces pontes de Yaoundé qui fait feu de tout bois ces derniers temps, pour accéder dans les plus brefs délais au pouvoir. La manœuvre est davantage attestée par la cacophonie gouvernementale qui a été observée dans le traitement de ce dossier.
Ainsi, alors que lors de la dernière édition de l’émission « Dimanche midi », le ministre de l’Élevage, de la Pêche et des Industries animales avait clairement fait état de sa volonté de conciliation avec Congelcam à travers l’accord futur de nouveaux quotas d’importations, grande a été la surprise des populations qui étaient déjà pourtant rassurées, de suivre tout un autre son de cloche dans un dossier de journal de 13 h de lundi dernier.
En effet, au travers des reportages à charge contre Congelcam, les journalistes de la CRTV ont clairement fait état de la « nouvelle » volonté de certains hauts responsables de ne point céder à cette demande de Congelcam, comme si du jour au lendemain, par un coup de baguette magique, le Cameroun pouvait combler plus de trois cent mille tonnes de production de poissons.
Mais en réalité, à travers cette position, ce haut responsable espère surtout voir les populations descendre dans la rue d’ici décembre (puisque la pénurie du poisson va doubler les prix du poulet et de la viande), créant ainsi les conditions tant rêvées pour sa prise du pouvoir !
Une volonté de procéder à d’autres détournements massifs !
Mais en plus des enjeux politiques, la mise à mal de Congelcam présente aussi d’importantes opportunités de détournements de fonds.
En effet, face à la crise de pénurie que la non-reconduction des quotas d’importations va engendrer, l’État du Cameroun va, comme à habitude, lancer de nombreux « programmes », « projets » et « subventions » d’urgence au profit des fonctionnaires et autres faux hommes d’affaires qui se recruteront pour l’essentiel au sein de l’officine de ce haut responsable.
Ce qui sera une autre aubaine de détournements massifs comme on a eu à l’observer lors de la CAN, du COVID, dans le pétrole, l’or, le gaz, etc. Et où les détournements se chiffrent en centaines, voire milliers de milliards par an ! De quoi donner même gratuitement du poisson à tous les habitants du Cameroun !
En passant, que sont devenus les nombreux projets du MINEPIA pour la production du poisson local, financés à coup de dizaines de milliards, et dans lesquels un député avait par exemple reçu plus de quatre cent millions, sans qu’on aperçoive le moindre tilapia produit par sa coopérative jusqu’à ce jour ?
Moussa Njoya

