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Comprendre la saga des frères Pogba

Les parents sont la cause première des disputes, des complicités, de la haine ou de l’amour entre frère, parce que responsables des débordements de ceux ci qui ont pour socle, leur éducation et la société.

Pour comprendre mon exposé, démystifiez au départ la notion de « sainteté » du père et/ou de la mère. Ils sont humains ! Alors, malgré les conceptions égalitaires en vogue aujourd’hui dans notre société, les liens entre frères restent peu étudiés.

Pourquoi éviter d’en parler dans la considération de la fratrie et le « respect » des Parents ? Or l’éclairage sur la fratrie met souvent en lumière d’autres reliefs et certaines zones d’ombres souvent ignorés, car ils sont peut-être trop « évidents » ou parce qu’ils nous touchent de manière trop intense.

Et pourtant, au-delà des relations oedipiennes, les relations fraternelles contribuent à façonner la personnalité; et la fratrie constitue une porte d’entrée peu culpabilisante. Les évènements au sein de la famille influencent notre rapport au monde car la fratrie permet d’établir des liens entre des évènements et de témoigner de difficultés vécues dans l’enfance.

Au sein de la fratrie, tous les jeux d’alliance et de conflit sont possibles. La plupart du temps, ils sont interdépendants de la relation aux parents, cette dernière constituant un enjeu majeur. Une tension entre frères et soeurs s’explique par l’alliance entre un enfant et un parent. Il est moins culpabilisant d’attaquer un frère ou une soeur qu’un parent.

Très souvent, le préféré du parent préoccupe le pôle parental ou plus souvent, l’un des parents, qui est alors aveugle à ce que vivent les autres enfants. Connaissant cela et concernés par les mêmes questions, les enfants obéissent ou désobéissent aux mêmes règles éducatives ou mythiques.

Leurs comportements vont susciter dans l’entourage des réactions d’émerveillement ou, au contraire, d’angoisse. Frères et sœurs « apprennent » ainsi à avoir tous les regards des parents sur eux, même s’ils suscitent une attention négative.

Objectivement, chacun connait les mêmes événements; subjectivement, chacun pourrait décrire une autre histoire. Le vécu est coloré par les préférences des parents dans la fratrie, le nombre d’enfants, le sexe, les alliances au sein de la famille. Il y a des enfants qui « vont mieux » aux parents que d’autres, ceux en qui ils se reconnaissent trop pour pouvoir les accepter, et enfin ceux très éloignés d’eux dans leurs réactions.

Combien de fois n’entendons-nous pas: « Avec les mêmes parents et une éducation semblable, comment peut-on avoir des enfants si différents ? » Chaque enfant veille à se comporter mieux que son frère ou sa sœur ou, en réaction à ces derniers, adopte plus ou moins consciemment l’attitude opposée. La fratrie est un laboratoire qui offre de nombreuses occasions de rivalités, de complémentarités, d’identifications et d’oppositions.

La famille, ce lieu d’amour et de haine, on peut y vivre des affects très différents, en reparler, se détester et s’unir aussi dans l’adversité. Cet espace privilégié permet un réel apprentissage des limites, de la mesure de sa force, et de la solidarité.

Avec les familles présentant des enfants psychotiques chroniques, nous avons appris que les problèmes qui apparaissent en première ligne et qui sont le plus facilement admis, sont ceux des préférences en termes d’estime de l’un ou de l’autre parent ou des deux, pour ce fils-ci ou ce fils-là.

Il est encore possible pour les parents de s’occuper de chacun des enfants et de se mêler de leurs problèmes, voire d’envenimer les tensions. Le frère ou la sœur a tout le loisir d’observer ce qui se passe chez l’autre dans la relation avec un parent… et de tenter d’en prendre le contre-pied.

Dans les fratries nombreuses, un lien de loyauté s’établit entre frères et sœurs et passe avant les rivalités ou les conflits. Quand l’attention des parents est distribuée à beaucoup d’enfants, il est vain pour ceux-ci d’essayer d’en obtenir l’exclusivité. Ces fratries favorisent le développement de fonctions de socialisation primaire, de fair-play, de self-contrôle, d’écoute et d’échanges langagiers.

Mais il arrive aussi qu’un frère ou une sœur considère l’autre comme la source de tous les problèmes familiaux car manipulé par un parent. Il est alors presque impossible pour la fratrie de se montrer « solidaire », sauf face au monde extérieur ou en l’absence du « responsable ». C’est dans de telles circonstances que les liens de loyauté opèrent. Lorsqu’un parent imagine n’entretenir de relation privilégiée qu’avec un seul enfant à la fois, c’est peut-être parce qu’il a été lui-même un enfant privilégié.

Ou alors qu’il n’a pas eu de relations satisfaisantes avec ses pairs. Cette situation renforce le sentiment chez chaque enfant qu’il doit être exceptionnel pour plaire au parent, en même temps qu’elle attise la rivalité entre frères et soeurs. Pour grandir, nous avons tous besoin d’une dose d’affirmation de soi. L’inhibition de l’agressivité peut être liée à la culpabilité.

Souvent, nous percevons que frères et sœurs se posent les mêmes questions à propos de la famille, du couple des parents, et de l’ambiance; en même temps, ils s’expriment avec plus de retenue qu’en présence des parents, comme si le contexte les gênait.

Comment recréer un sentiment d’appartenance là où on ne peut voir qu’agressivité, jalousie, et violence aussi ? Au-delà de l’agressivité, de la tristesse, du rejet, des différences flagrantes, quelles sont les valeurs, réflexions ou émotions en présence ?

Ps: Faire des liens avec sa position dans sa famille d’origine, dans le cadre d’une supervision individuelle, favorise la prise de recul. La place dans la fratrie colore les dynamiques relationnelles. Mais, les fratries ne sont-elles pas conduites à disparaître ? L’avenir nous le dira…!

Daniel Eya

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