Le cheveu crépu revient progressivement au premier plan dans les habitudes capillaires de nombreuses femmes africaines et afro-descendantes, au point de dépasser le simple phénomène de mode. Pour le journaliste Charles Cahcot Chime, cette évolution pourrait ouvrir la voie à une nouvelle économie autour du cheveu naturel.
Pendant des décennies, les cheveux crépus ont souvent été défrisés, coiffés, dissimulés sous des perruques ou remplacés par des mèches et des tissages. Cette transformation des habitudes capillaires a fait prospérer une industrie mondiale particulièrement importante, alors même que la matière première se trouvait, pour ainsi dire, déjà sur les têtes des principales consommatrices.
Dans son analyse, le journaliste Charles Chacot Chime estime que le retour au naturel constitue ainsi une forme de « revanche du cheveu crépu ». Il y voit à la fois une évolution culturelle et une opportunité économique pour le continent africain.
Lire l’analyse de Charles Chacot Chime :
« La revanche du cheveu crépu : quand l’authenticité devient rentable
Une petite révolution est en train de prendre racine sur les têtes africaines et afro-descendantes : de plus en plus de femmes abandonnent mèches, tissages et perruques pour leurs cheveux naturels.
Ce n’est pas seulement une affaire de coiffure. C’est peut-être le retour d’une certaine idée de l’authenticité africaine.
Pendant des décennies, le cheveu crépu a été dompté, défrisé, caché ou remplacé. Il fallait parfois dépenser beaucoup pour obtenir une chevelure qui ressemblait à tout sauf à celle que la nature nous avait donnée.
Le paradoxe était délicieux : nous possédions gratuitement la matière première, mais nous dépensions des milliards pour la dissimuler.
L’industrie du cheveu afro pesait déjà plus de 10 milliards de dollars en 2023 et pourrait dépasser 15 milliards en 2033. Au Nigeria, les importations de perruques et articles assimilés ont représenté environ 5,3 millions de dollars en 2024, la Chine en fournissant près de 99 %.
Si le naturel devient durablement la tendance, certains vont donc devoir revoir leurs comptes : fabricants de perruques, importateurs, grossistes et salons spécialisés pourraient perdre une partie du marché. Mais l’argent ne disparaîtra pas. Il changera simplement de tête.
Produits adaptés au cheveu crépu, huiles, soins, accessoires, salons spécialisés, formation, recherche et marques africaines : le retour au naturel peut créer une nouvelle économie. Et surtout, une occasion de reconquérir notre propre image.
Car porter ses cheveux naturels ne signifie pas rejeter la modernité. Cela signifie simplement ne plus considérer l’authenticité africaine comme quelque chose qu’il faudrait corriger avant de la montrer.
Le véritable enjeu est donc plus grand qu’une mode capillaire.
L’Afrique possède la matière première, les consommateurs et désormais une nouvelle génération qui revendique son identité. Pourquoi laisser à d’autres la plus grande part de la valeur créée autour de nos propres cheveux ?
Après avoir longtemps payé pour cacher notre nature, il serait peut-être temps de faire de cette nature une richesse. Le cheveu crépu revient en force. Reste à savoir si l’Afrique saura transformer ce retour à l’authenticité en industrie ».

