Cameroun : un enseignant dénonce les abus du travail et les salaires impayés

Cameroun Actuel
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À l’occasion de la fête du Travail, une tribune critique relance le débat sur les conditions d’emploi au Cameroun. Dans un texte largement relayé, Séverin Hyacinthe Batsok dépeint un monde du travail marqué, selon lui, par des abus persistants et un encadrement insuffisant.

L’universitaire évoque des situations de salaires impayés pendant plusieurs mois, des licenciements jugés abusifs et des journées de travail prolongées sans repos adéquat. Il dénonce également des pratiques contraires au Code du travail, pointant du doigt un manque de contrôle et d’accompagnement des travailleurs dans le secteur privé.

Dans son analyse reprise ci-dessous, l’enseignant met en cause le rôle des institutions chargées de la régulation du travail, estimant que les mécanismes de protection restent peu efficaces face aux dérives observées. Il critique aussi le fonctionnement de certains syndicats, qu’il accuse de ne pas défendre suffisamment les intérêts des employés.

Lire la tribune :

« Faudrait mieux parler de l’esclavage que du travail dans le Cameroun de Paul Biya. Que d’abus de la part des employeurs. Des salaires impayés (5, 8, 10 mois de salaires impayés), des licenciements abusifs, voilà les calvaires que traversent un grand nombre de travailleurs du secteur privé dans notre pays. Tu pars au travail à 7 h 00 pour terminer à 21 h 00, de lundi à samedi, pour un salaire misérable. Un travail sans vacances, ni permission ; et lorsque celle-ci est accordée, votre salaire est coupé en nombre de jours d’absence ne correspondant pas à ce que vous aurez perçu si vous étiez présents.

Face à un État qui ne protège pas, les travailleurs ne peuvent que vivre de tels abus. Face à un État complice, les travailleurs sont abandonnés à eux-mêmes. La corruption a détourné l’État de sa fonction de protéger les employés dans les entreprises. Il y a un code de travail que beaucoup de structures ne respectent pas. Ce non-respect du code du travail est profitable aux inspecteurs du travail qui prennent des « gombo » auprès des employeurs véreux chez qui ils sont plus connus que chez les employés. Or ces inspecteurs doivent être présents auprès des employés pour connaître des conditions de leur travail, pour se rassurer du respect du code du travail par les employeurs. Ils s’en foutent des abus dont sont victimes les employés, des mauvaises conditions dans lesquelles ils travaillent.

Le ministère du Travail, qu’est-ce qu’il fait ? Rien du tout. Ce ministère n’est connu des Camerounais qu’en ce jour. Ce jour où au lieu d’évoquer les problèmes de l’emploi comme ça se fait dans les pays sérieux, on nous parle de la fête du travail. À se demander ce qu’on fête, le travail ou l’esclavage ? Les syndicats, que font-ils ? En dehors de quelques-uns qui se battent là face à la dictature des dirigeants, grand nombre (les leaders surtout) sont complices de la misère des travailleurs, complices également du passage de « journée internationale du travail » à « fête du travail ».

Que dire des compatriotes qui tiennent des petites structures ou qui font dans les petits métiers ? Faut-il qu’on évoque leur misère face aux agents de l’État véreux ? Faut-il qu’on évoque les tracasseries dont ils sont régulièrement victimes ? Impôt par-ci, taxe par-là, toujours pour le call-box ou le salon de coiffure ? Or entre temps on n’arrive pas à travailler à cause des coupures d’électricité à répétition.

Entre temps, dans le secteur public et parapublic, on a des personnes qui bénéficient des salaires sans travailler, des individus qui ont deux, trois, quatre, dix emplois tous très bien rémunérés, des emplois fictifs. Parfois il s’agit de gens qui n’ont pour travail quotidien que le jeu de cartes dans les ordinateurs de bureau, d’individus médiocres, incompétents et avec les faux diplômes qui se retrouvent être des fonctionnaires au détriment des compétents. Comment ils y arrivent, par le biais du népotisme ou du favoritisme. À se dire qu’il y a une structure de l’État pour lutter contre ce banditisme, appelée le SIGIPES, une autre structure budgétivore.

Bref, le travail dans notre pays est un véritable calvaire. Il ne nous éloigne aucunement du vice, de l’ennui et du besoin. Au moins ceux qui en ont malgré les tares que je viens d’évoquer. Que dire de l’essentiel des jeunes qui sont au chômage et dans l’oisiveté ?

Séverin Hyacinthe BATSOK, enseignant chercheur »

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