Dans une tribune publiée le 4 novembre 2026, à l’occasion de l’anniversaire de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, l’observateur politique Jean Paul Ntsengue propose une lecture historique de la crise économique camerounaise. Il met notamment en cause les tensions liées à la succession entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale, ainsi que les problèmes de gouvernance.
La crise économique que traverse le Cameroun depuis le milieu des années 1980 trouve ses origines dans plusieurs événements politiques et choix économiques successifs. C’est la thèse défendue par Jean Paul Ntsengue dans une analyse intitulée « Les causes premières de la crise économique qui dure depuis le milieu des années 80 », publiée le 4 novembre 2026.
Profitant de la commémoration de l’anniversaire de l’accession de Paul Biya à la tête de l’État, l’auteur revient sur les circonstances de la transition politique entre Ahmadou Ahidjo et son successeur. Selon lui, les difficultés économiques du pays sont étroitement liées à l’échec de ce passage de témoin au sommet de l’État.
Lire la tribune de Jean-Paul Ntsengue :
CE QUE JE PENSE…
LES CAUSES PREMIÈRES DE LA CRISE ÉCONOMIQUE QUI DURE DEPUIS LE MILIEU DES ANNÉES 80 SONT LIÉES À L’ÉCHEC DU PASSAGE DE TÉMOIN ENTRE LE PRÉSIDENT AHMADOU AHIDJO ET LE PRÉSIDENT PAUL BIYA !
Hier, 4 novembre 2026, était le jour anniversaire du début d’une transition tumultueuse à la tête de l’État. J’étais en pleine méditation sur l’avenir du Cameroun lorsque je suis tombé sur une interpellation d’Esmon Essombe (en photo), qui m’oblige à me soumettre à un devoir de mémoire qui, je l’espère, permettra de voir plus clair dans la responsabilité de la crise, à l’opposé des gens comme Benjamin Zebaze qui font des analyses superficielles. Je remercie mon frangin Dominique Tsana Minala qui, sous le post d’Esmond Essombe, apporte déjà un éclairage chronologique sur l’évolution de nos programmes économiques.
Je vais essayer d’être très bref.
1. L’ÉCHEC DU 5ᵉ PLAN QUINQUENNAL EST INTIMEMENT LIÉ AU REFUS DU PRÉSIDENT AHIDJO DE QUITTER LE POUVOIR MALGRÉ SA DÉMISSION
En effet, ce 5ᵉ plan quinquennal programmé pour la période 1981-1986 n’a pas pu être réalisé à cause des immixtions du président Ahidjo dans la conduite de l’exécutif. Les tensions qui en ont résulté ont abouti à la tentative de putsch du 6 avril 1984. Cet événement malheureux a causé une déstructuration des fondations de notre économie. Le retrait des billets de banque à l’effigie du président Ahidjo, décision politique opportune mais peu utile pour l’économie, est l’un des faits majeurs de la crise naissante à partir de l’exercice 1985-1986.
2. LA TUTELLE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE DU FMI ET DE LA BANQUE MONDIALE A DÉSTRUCTURÉ LES BASES DE NOTRE ÉCONOMIE
Voyant le danger venir, le président Paul Biya a essayé de résister, tel que l’atteste son discours à l’Assemblée nationale en juin 1987 (ou 1988) dans lequel il déclare que « Le Cameroun n’aura pas besoin d’aller au FMI pour redresser son économie ». Il y croyait sans doute fermement.
Malheureusement, l’effondrement financier de l’État et la pression internationale prendront le dessus. Les programmes d’ajustement structurels (PAS) subséquents sont les véritables coupables de notre crise économique durable et, avec eux, leur corollaire qu’est la dévaluation du FCFA de janvier 1994.
3. À CES CAUSES PREMIÈRES S’AJOUTENT UNE GOUVERNANCE CATASTROPHIQUE À PARTIR DES ANNÉES 2000…
On ne peut pas exonérer totalement le régime du Renouveau étant donné les critiques de la gouvernance émises par le président de la République lui-même : corruption, détournements massifs des deniers publics, enrichissement illicite, scandaleux et ostentatoire, etc. Tous les DSCE, les projets structurants, les programmes d’endettement, qui n’ont produit que des éléphants blancs et des entreprises de blanchiment d’argent, sont autant de causes d’aggravation de cette crise économique et financière qui aurait pu prendre fin avec le point d’achèvement de l’initiative PPTE.
Puisque celui qui pose le bon diagnostic connaît le remède, nous espérons que le président Paul Biya engagera enfin les vastes réformes annoncées pour soigner le mal à la racine. Je suis sûr qu’il existe des Camerounais intègres prêts à l’assister dans cette entreprise difficile.
Jean-Paul Ntsengue
Observateur neutre et indépendant de la scène politique

