Budget 2027 au Cameroun : Louis-Marie Kakdeu critique le retard de la circulaire présidentielle

Cameroun Actuel
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La circulaire présidentielle relative à la préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027 suscite des critiques de Louis-Marie Kakdeu, deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF).

Dans une analyse publiée après la signature du texte le 12 octobre, l’universitaire dénonce un calendrier budgétaire tardif, des orientations qu’il juge insuffisamment chiffrées et une dépendance excessive à l’endettement.

Pour Louis-Marie Kakdeu, cette circulaire reconduit des orientations déjà formulées les années précédentes, sans apporter de réponses suffisamment concrètes aux difficultés économiques et financières du pays. Il estime notamment que le document intervient trop tard pour influencer efficacement les arbitrages budgétaires.

Lire l’analyse de Louis-Marie Kakdeu :

Cameroun : la circulaire présidentielle relative au budget 2027 est en déphasage avec les faits économiques du pays et le calendrier budgétaire

Il y aura encore conflit : les conseillers économiques à la Présidence sont en déphasage avec le fonctionnement du pays. Chaque année, la même scène se répète : une circulaire présidentielle fixe les orientations du budget, puis la loi de finances suit son propre chemin. Celle du 12 octobre 2026 ne fera pas exception.

Le texte est solennel, mais il vient surtout avec 109 jours de retard comme d’habitude ; et il est familier : on y retrouve, d’une année à l’autre, les mêmes chantiers, les mêmes formules, les mêmes injonctions. Cette continuité pose une question simple : si les orientations étaient réellement appliquées, pourquoi faudrait-il les rabâcher chaque année ?

Une circulaire en décalage avec le calendrier budgétaire

L’article 28 du décret du 31 mai 2019 fixant le calendrier budgétaire impose de diffuser la circulaire présidentielle au plus tard le 25 juin de l’année en cours. La raison est simple : il se tient en Juin, le débat d’orientation budgétaire (DOB) au Parlement et c’est en ce moment-là que le Président de la République doit orienter le budget. La préparation du budget ne commence pas en Octobre pour qu’il soit voté en Novembre !

En allant 10 ans en arrière, on se rend compte que de 2016 à 2021, toutes les circulaires ont été signées entre le 20 juin et le 30 juillet. Pas grave ! Le glissement commence avec le budget 2022 (30 août 2021), puis vient le record du budget 2025 (23 octobre 2024).

Le budget de 2027 est une nouvelle dérive. Où est le problème ? Le problème est que le Président de la République signe sa circulaire lorsque le budget est déjà préparé. Soyons réaliste : pour la session de Novembre 2027, le Président de la République donne moins de 2 semaines au gouvernement pour recommencer tout le travail fait depuis Juin de la base au sommet ? Alors que le projet de loi devrait arriver au Parlement 15 jours avant l’ouverture de la session ? C’est le désordre !

La SND30 n’a jamais été budgétisée !

Le paragraphe 3 de cette circulaire rappelle que le budget 2027 s’inscrit dans la poursuite de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). C’est juste une formule rituelle. Or, une stratégie ne se traduit dans un budget que si ses cibles deviennent des lignes de crédits identifiables, des calendriers de décaissement et des responsables nommés. Rien de tel n’apparaît dans la circulaire. La circulaire exige que les programmes budgétaires « découlent des Cadres Stratégiques de Performance adossés sur la SND30 » (point 60). Le fait que le texte doive encore réclamer l’arrimage des budgets à la stratégie, à trois ans de son terme, est un aveu : la SND30 reste un document de référence que l’on cite, pas un cadre qui contraint les arbitrages.

La langue de bois en bonne et due forme

Le texte coche méthodiquement tous les critères rhétoriques de la langue de bois, et d’abord celui du concept creux. On y lit qu’il faut « renforcer », « poursuivre », « accélérer », « veiller à », « consolider », « intensifier », « promouvoir ». Presque aucune action n’a de cible chiffrée, d’échéance ou d’indicateur de résultat. Combien de mégawatts supplémentaires en 2027 ? Combien de kilomètres de routes réhabilités ? Quel pourcentage de la commande publique réservé à l’offre locale ? Quel nombre de bénéficiaires pour les filets sociaux ? Silence total!

Les notions utilisées sont trop vague et d’une élasticité remarquable : « patriotisme économique », « budget d’impact socioéconomique », « approche jeune », « veille stratégique », « mécanismes efficaces ». Qui pourra dire, en décembre 2027, si l’objectif a été atteint ? Les seuls chiffres du texte sont d’ordre macroéconomique. Et le seul engagement quantifié sur les dépenses, un taux d’investissement d’« au moins 30 % » du budget général (paragraphe 28), est lui-aussi une formule : l’administration reste libre de ce qu’elle classe comme investissement. Et dans le réel, comment y parvenir lorsque la première priorité du gouvernent est de rembourser la dette pour rester crédible sur le marché international (déclaration du ministre des finances lors du DOB) ?

Que montre la circulaire quand on la lit en profondeur ? Un État qui paie mal ses créanciers. Elle évoque la réduction des arriérés intérieurs (paragraphes 41, 59), la dette flottante auditée sur 2000-2019 (paragraphe 44), les « restes à payer », une provision de 2 % pour les reports de crédits (paragraphe 37), la dette salariale, les cotisations de pension non reversées, la dette sociale des agents détachés. Elle demande même aux collectivités locales d’apurer leurs restes à payer sur leurs ressources propres. Le service de la dette pourrait atteindre FCFA 3000 milliards en 2027 et au regard des maigres recettes de l’Etat, il faudra oublier la formule de 30% des investissements.

Le paragraphe 23 vise une « mobilisation optimale des recettes internes non pétrolières ». Mais le secteur pétrolier se contracte, la fiscalité repose sur une assiette étroite, l’économie informelle est vaste et la circulaire elle-même en fait l’aveu en proposant de limiter les paiements en espèces. Les leviers proposés (facturation électronique, taxation en temps réel, fiscalité des mines, prélèvements douaniers « ciblés et marginaux ») sont des chantiers de long terme, dont aucun rendement n’est chiffré et mesurable. Pire, 2027 pourrait être une année électorale et donc, de non-optimisation des recettes. Le Président n’en parle pas, ce qui relève de la langue de bois. Mais, tous les acteurs économiques et politiques s’y préparent !

Ce qu’il manque : des fonds propres

Cette circulaire n’aidera pas le pays. On n’attend pas du Président de la République et de ses conseillers de faire une litanie de vœux pieux en déphasage avec les faits économiques du pays et le calendrier budgétaire. Surtout que cette circulaire reste prisonnière d’une logique unique, celle de l’emprunt. Elle consacre dix paragraphes à l’endettement (paragraphes 52 à 59), au Comité National de la Dette Publique, aux émissions de titres, aux emprunts concessionnels ou non. Or, le financement structurant de long terme ne peut pas reposer sur la seule dette, qui alourdit le service futur et expose le pays aux taux et au change.

On attend du Président de la République et de ses conseillers qu’ils apportent au pays une thérapie de choc face aux enjeux financiers de l’heure. Ce dont le Cameroun a besoin, ce sont des « equities » : des capitaux propres, c’est-à-dire des apports en capital qui partagent le risque au lieu de créer une dette.

Cela suppose d’ouvrir le capital de projets d’infrastructure à des investisseurs institutionnels (fonds de pension, assureurs, fonds souverains), de développer le capital-investissement et les fonds d’infrastructure, de dynamiser les marchés de capitaux régionaux, d’attirer l’investissement direct étranger par des cadres juridiques stables, et de mobiliser l’épargne de la diaspora. Il faudra surtout profiter de la surliquidité du secteur informel par la création d’une monnaie électronique. L’argent que le Minfi va chercher à l’étranger est pourtant disponible sur place au Cameroun, mais dans l’informel et dans la thésaurisation. Il faut que cet argent tourne !

L’unique allusion du texte, au paragraphe 32, concerne une prise de participation de l’État dans des institutions financières internationales, ce qui est loin d’une stratégie d’actionnariat pour financer les barrages ou les autoroutes. Un fonds d’investissement alimenté par les ressources minières, adossé à une gouvernance transparente, serait plus conforme à l’ambition affichée que dix nouvelles injonctions de rationalisation.

Cette circulaire n’est pas originale : elle restera ce qu’elle est depuis des années : une litanie d’intentions. Le Cameroun a besoin d’argent pour survivre et non des discours supplémentaires !

Louis-Marie KAKDEU, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National SDF

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