Baudelaire Kemadjou : « des milliers de tonnes de riz stockées pourrissent dans les magasins de la Semry »

Cameroun Actuel
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Une tribune critique relance le débat sur la gestion des productions agricoles au Cameroun, après l’annonce d’un don de riz chinois destiné aux populations vulnérables. Dans ce texte, le chercheur Baudelaire Kemadjou dénonce un paradoxe qu’il juge préoccupant : des stocks importants de riz local invendus dans le nord du pays, alors que des importations ou aides extérieures sont réceptionnées à Yaoundé.

Selon l’auteur, plusieurs milliers de tonnes de riz seraient actuellement stockées dans les entrepôts de la SEMRY et chez des coopératives, faute de débouchés suffisants. Une situation qui contraste, d’après lui, avec la demande existante dans les grandes villes du sud du pays.

La tribune évoque également les difficultés rencontrées par les producteurs du septentrion, confrontés à la chute des prix et à des coûts de transport élevés. L’écart entre les zones de production et les marchés de consommation est pointé comme un facteur clé, tout comme les obstacles logistiques et administratifs.

Lire la tribune de Baudelaire Kemadjou :

« Les magasins de la SEMRY sont pleins de milliers de tonnes de riz qui pourrissent alors qu’on a besoin de riz dans le Grand Sud.
Au même moment la chine qui cultive le Riz a Nanga vient offrir une aide alimentaire de Riz pour 1.5 Milliards de F au MINAT. C’est de la sorcellerie pure et simple.

Il y a quelques jours, j’étais à l’extrême nord pour l’évaluation de nos actions. Ce qui m’a scandalisé c’est de voir la désespérance des agriculteurs face aux difficultés du marché. Les sacs de maïs qui coûtaient 40 000 sont aujourd’hui à 8 000 F et les stocks ne font que grandir, les oignons pourrissent dans les champs car les récolter et les amener au marché devient plus cher que les prix de vente alors que dans le grand Sud les besoins sont présents sur les marchés.

Ce qui m’a le plus scandalisé, c’est des milliers de tonnes de riz stockées et qui pourrissent dans les magasins de la Semry et des coopératives, alors qu’à Yaoundé un ministre organise une cérémonie pour recevoir un don de riz de 1,5 milliard de FCFA de la Chine.
Si l’Etat du Cameroun a vraiment besoin de riz pour des populations vulnérables, il pouvait racheter les stocks auprès des planteurs du bassin du Logone ou demander à la chine de s’y approvisionner.
Cette même Chine qui produit du riz à Nanga Eboko.

Avec la fermeture des frontières du Nigeria pour certains produits agricoles, avec la mise en production de plus de 11 000 hectares de plantations de riz dans le bassin de la Benoue sur financement de la Banque mondiale, la production du riz dans le grand Nord sera multipliée par 5 et confrontée au même défi actuel si rien n’est fait. Il revient au MINADER, au MINEPAT, au MINCOMMERCE de s’asseoir pour régler une fois pour toutes ce problème. L’Etat du Cameroun ne peut pas s’endetter pour produire et abandonner les producteurs du grand Nord avec les produits qui sont pourtant recherchés dans le grand Sud. Cela n’a pas de sens.

L’Etat du Cameroun s’est endetté auprès de la banque mondiale et d’autres institutions internationales pour soutenir la production.

Il est temps de soutenir les producteurs du grand Nord pour l’accès aux marchés dans le grand Sud. Nous sommes un même État, les populations de l’Extrême-Nord sont les plus pauvres du pays et on ne peut pas leur demander de produire et les abandonner une fois la production faite. C’est pour cela que je tire la sonnette d’alarme car si rien n’est fait beaucoup de ces jeunes paysans basculeront demain dans Boko Haram.

Je propose:

1- Que le gouvernement fixe rapidement un quota d’approvisionnement auprès des bassins de production nationale aux importateurs.

2- Qu’un plan national de logistique agricole multimodal soit mis en place associant route, chemin de fer, avion pour ouvrir dans le grand Sud des débouchés aux producteurs du grand Nord. L’État doit subventionner par des mesures fiscales les surcoûts des opérateurs. Tous les États le font.

3- que des magasins de stockage appropriés soient développés auprès des producteurs. L’oignon ne se conserve pas comme le maïs ou comme du riz. J’ai vu des milliers de tonnes d’oignons pourrir en magasins inadaptés mal aérés.

4- Avec le lancement du guichet agro-pastoral pour les communes au FEICOM, nos municipalités doivent s’investir en PPP avec les coopératives et producteurs. Pour apporter des solutions locales à ces défis car L’Etat central ne peut pas tout faire.

5- Lutter efficacement contre la parafiscalité imposée par les forces de l’ordre sur la nationale Cette corruption endémique décourage les transporteurs qui doivent laisser environ 200 000 par camion entre Maroua et Douala. Il n’y a pas que les Tchadiens qui se plaignent de cette arnaque publique, même nos opérateurs s’en plaignent depuis des années sans solutions. La corruption ses différents postes de contrôle dissuadent les acteurs privés qui veulent décongestionner les magasins en approvisionnant le grand Sud.

6- La diplomatie Camerounaise doit s’investir sur les champs agricoles. Il faut discuter avec le Nigeria qui vient de fermer son marché aux produits hors CEDEAO. Le Cameroun a ouvert ses marchés aux produits nigérians , et des millions de nigérians vivent et commencent dans notre pays. Il est tout à fait naturel que le gouvernement nigérian intègre cette considération et que le gouvernement camerounais fasse valoir cela et ferme aussi ses portes si le Nigeria ne lève pas le blocus.

Ce marché nigérian est une grosse opportunité pour nos productions dans le Septentrion. Nous ne devons pas jouer avec nos intérêts parce que les dégâts collatéraux sont alimentaires, sécuritaires, sociaux, économiques et financiers. Est-ce difficile de comprendre cela ?

Par Baudelaire Kemadjou
Chercheur en développement autonome

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