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7 décembre 1993-Mort d’Houphouët-Boigny : les secrets de la bataille Ouattara-Bédié pour le pouvoir

Il y a 29 ans était annoncée la mort du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny. Ce 7 décembre 1993 de triste mémoire, sonnait pourtant la descente aux enfers de la Côte d’Ivoire dans un engrenage politique ayant fracturé durablement le pays. Mais ce que des générations aujourd’hui ignorent, c’est ce jour qu’ont débuté les rivalités politiques entre acteurs ivoiriens Bédié et Ouattara notamment, pour la prise du pouvoir.

« La constitution, notre loi suprême, me confère dans cette dramatique situation, des responsabilités dont je mesure le poids, des responsabilités de chef de l’Etat. Je les assume dès maintenant. Je les assumerai dans le droit fil de celui qui en fut l’inspirateur et le pays sera gouverné. Le pays sera gouverné pour tous, Ivoiriens et étrangers vivant sur notre sol. A cette fin je demande à tous de se mettre à ma disposition »

En cette nuit du 7 décembre 1993, Bédié prend le taureau par les cornes et évente de justesse un coup d’Etat dans un deuil national. Avant de venir personnellement à la RTI et tenir ce discours, une bataille à fleurets mouchetés se déroule dans le plus grand secret entre plusieurs strates du pouvoir à l’époque. Dauphin constitutionnel d’Houphouët-Boigny, Bédié fait face à au moins deux personnalités du PDCI.

Alassane Ouattara, Premier ministre et Philippe-Grégoire Yacé, Président du Conseil Economique et Social. Les deux s’étaient coalisés pour ne pas que Bédié assure l’intérim du Président Houphouët-Boigny. Bédié l savait-il ? Assurément oui, mais il va découvrir l’ampleur de leur opposition le jour même de l’annonce du décès du président Houphouët-Boigny.

Dans son livre, Les Chemins de ma vie, Bédié révèle que Ouattara a voulu l’empêcher de s’incliner sur la dépouille du défunt président à Yamoussoukro. « J’ai objecté qu’il était impensable, dans ma position et compte tenu des fonctions que j’exerçais que je n’aille pas saluer la dépouille du président. J’ai donc décidé de m’y rendre mais j’ignorais que le premier ministre avait fait préparer l’avion présidentiel qui se tenait prêt à décoller pour l’emmener », raconte Bédié.

Il ajoute que Ouattara a réquisitionné l’avion présidentiel et s’en allé seul à Yamoussoukro sur la dépouille d’Houphouët-Boigny ce 7 décembre 1993. « Il ne m’avait pas invité à l’accompagner alors que, constitutionnellement, depuis la mort d’Houphouët, j’étais le nouveau chef de l’état », se souvient Henri Konan Bédié. Qui va trouver une solution alternative au coup de Ouattara. « Je me suis rendu à Yamoussoukro par la route et je ne suis revenu qu’à 18 heures », affirme Bédié.

Mais Ouattara a un plan précis derrière la tête et veut prendre tout le monde de court. Après la réunion entre Bédié, Yacé et lui, il file à Yamoussokro, constate le décès du  » Vieux », revient sur Abidjan et annonce la nouvelle à la Nation. « Entre-temps, le premier ministre, de retour à Abidjan, avait annoncé par les médias le décès du président et mis en place un comité d’organisation des obsèques, alors que ce n’était plus son rôle. Il avait cessé d’être premier ministre à l’instant où le président expirait », conteste Bédié.

Ainsi entre l’annonce de Ouattara à la télévision et celle de Bédié dans la nuit, une intense bataille va se dérouler à Abidjan, pendant que les Ivoiriens pleurent leur président. Selon feu Laurent Dona Fologo, Ouattara ferraille pour prendre le pouvoir. Il lui demande de se joindre à lui pour contester l’application de la Constitution en son article 11. Ouattara va aussi sonder le chef d’Etat major, Robert Guéi pour avoir le soutien de l’armée.

Ni Fologo ni Guéi n’apportent leur soutien à Ouattara dans son bras de fer avec Bédié. Yacé est un ancien dignitaire du PDCI, mais n’a plus son influence d’antan. Ouattara veut une interprétation par la Cour Suprême de l’article 11, absolument. Conscient maintenant de ce que le premier et dernier premier ministre d’Houphouët-Boigny veut lui ravir sa place, Bédié sort de sa zone de confort. Il se fait entouré de blindés de la gendarmerie et fonce à la RTI. Son discours à la télévision met fin aux ambitions de Ouattara. Mais, ce n’était que partie remise… La bataille ne faisait que commencer.

Afrik Mag

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