À l’occasion du 1er octobre, date chargée de symboles pour les populations issues de l’ancien Cameroun méridional, l’avocat et militant anglophone Nkongho Felix Agbor Balla a appelé jeudi à préserver la mémoire, à écouter les différentes sensibilités et à privilégier une issue pacifique à la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Dans une réflexion publiée pour cette journée, M. Agbor Balla estime que cette date ravive à la fois des souvenirs historiques, des aspirations à la dignité et des interrogations sur le chemin parcouru depuis la réunification de 1961.
« Nous n’interprétons pas tous cette date de la même manière », écrit-il, tout en appelant les Camerounais à reconnaître son importance et à « nous écouter mutuellement avec respect ».
Le juriste, qui fut l’une des figures de la contestation anglophone au début de la crise en 2016, place les victimes au centre de son message. Il évoque les familles ayant perdu des proches, les personnes déplacées, les enfants privés d’école ainsi que les personnes détenues et leurs familles.
Lire la réflexion de Agbor Balla :
RÉFLEXION — JEUDI 1ER OCTOBRE 2026 | SE SOUVENIR DE NOTRE HISTOIRE, PROTÉGER NOTRE AVENIR
Cette date revêt une signification profonde pour de nombreuses personnes issues de l’ancien Cameroun méridional. Elle ravive des souvenirs de notre histoire, suscite des espoirs de dignité et d’appartenance, et soulève des questions difficiles concernant les promesses faites et le chemin parcouru.
Nous n’interprétons pas tous cette date de la même manière. Pourtant, nous devrions être capables d’en reconnaître l’importance et de nous écouter mutuellement avec respect. Derrière nos convictions politiques divergentes se trouvent des êtres humains dont les expériences et les préoccupations méritent d’être entendues.
Aujourd’hui, mes pensées vont tout particulièrement aux familles qui ont perdu des êtres chers, aux personnes déplacées, aux enfants dont la scolarité a été interrompue et à ceux qui vivent dans la peur. Je pense également aux personnes en détention et aux familles qui souffrent de leur absence. Leur souffrance doit rester au cœur de nos préoccupations, quel que soit l’avenir politique que nous appelons de nos vœux.
Tout au long de mon engagement, je suis resté attaché à la non-violence, à un dialogue constructif et à une solution fédérale. Je crois que nous devons créer un espace pour discuter honnêtement de nos griefs et poursuivre nos aspirations de manière pacifique. Cela exige le courage d’écouter, y compris ceux avec qui nous sommes en profond désaccord.
Les appels à la paix doivent s’accompagner d’actions concrètes : protéger les civils, combattre l’injustice, exiger que les auteurs de violations rendent des comptes et rétablir la confiance. Les familles ont besoin de voir des changements dans leur vie quotidienne. Elles ont besoin de sécurité, d’écoles, de moyens de subsistance et de la certitude que leur voix compte.
En ce jour, je nous invite à réfléchir à ce que nous devons à ceux qui souffrent encore et aux générations qui hériteront des conséquences de nos choix.
Nous leur devons un leadership qui valorise la vie humaine. Nous leur devons des échanges honnêtes sur notre histoire et notre avenir. Nous leur devons le travail patient de construction d’une société où la dignité, la justice et le sentiment d’appartenance sont une réalité.
Que ce devoir de mémoire approfondisse notre compassion et renforce notre détermination à trouver une voie pacifique pour l’avenir.
Nkongho Felix Agbor « Balla »

