Vaccination à Yaoundé : entre rumeurs de stérilité, traditions et enfants “zéro dose”, SHAD et l’UNICEF montent au front

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Dans les districts de Djoungolo, Cité Verte et Nkolndongo à Yaoundé, la couverture vaccinale reste en deçà des attentes. Entre fake news, traditions et déplacements fréquents de population, les défis sont nombreux. Le 11 septembre dernier, l’association SHAD a présenté au Programme élargi de vaccination (PEV) les actions menées sur le terrain dans le cadre d’un projet financé par l’UNICEF pour améliorer la vaccination et la nutrition.

Les rumeurs sur les réseaux sociaux inquiètent les professionnels de santé. Dans certains quartiers de Yaoundé, il est courant d’entendre que le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) provoquerait la stérilité. Une information fausse, mais largement répandue. À cela s’ajoutent les pesanteurs culturelles dans certaines communautés qui rejettent toute idée de vaccination.

Et enfin, l’arrivée constante de réfugiés en provenance du Tchad et de la République centrafricaine complique la tâche des personnels de santé, comme l’explique Dr Marcel Eteki, responsable de l’aire de santé de Nlongkak : « Ces populations arrivent, repartent, et les enfants n’ont pas le temps de recevoir la première dose de Penta. Nous avons donc un nombre important d’enfants zéro dose. »

Cette réalité se reflète dans les données collectées dans les trois districts ciblés par l’association Seed of Health and Development (SHAD). Dans la période de janvier à août, la couverture vaccinale reste en dessous des normes. Djoungolo affiche les meilleurs résultats avec une performance égale ou supérieure à 75% sur plusieurs antigènes, sans atteindre toutefois la cible de 90%.

Nkolndongo présente une couverture intermédiaire, avec des baisses marquées sur le HPV. La Cité Verte est la plus en difficulté, avec des taux souvent inférieurs à 65%. Certaines aires comme Mokolo et Mimboman 1 apparaissent particulièrement vulnérables et nécessitent un appui renforcé.

Dans les formations sanitaires, le nombre de séances de vaccination fixes reste également en dessous de la norme mensuelle fixée à 20. Les trois districts atteignent globalement 83% de cette cible, mais les résultats baissent fortement à Mokolo (68%) et Mimboman 1 (55%). Quant aux stratégies avancées, leur performance est globalement faible (64%), malgré l’appui du Fonds de pérennisation de la performance (FPP). Djoungolo se démarque toutefois positivement avec un taux impressionnant de 213% à Nlongkak.

C’est dans ce contexte que l’association SHAD a organisé le 11 septembre une réunion d’information et de plaidoyer dans les services du Programme élargi de vaccination à Yaoundé. En présence des acteurs de la santé publique, des chefs de districts sanitaires de Djoungolo, Cité Verte, Nkolndongo ainsi que des responsables des aires de santé de Mimboman 1 et Nlongkak, SHAD a présenté son projet intitulé : « Approche centrée sur l’humain : amélioration des services de vaccination et promotion des bonnes pratiques de nutrition ». Financé par l’UNICEF, ce projet est mis en œuvre depuis quatre mois dans les régions du Centre, de l’Ouest et de l’Est.

Selon Ramsès Tsala, responsable du suivi-évaluation et représentant du coordonnateur exécutif du projet, l’objectif de cette réunion était de « tenir le PEV informé des activités menées par SHAD sur le terrain, de partager les constats, notamment les goulots d’étranglement, et de solliciter un appui à travers un plaidoyer. Nous espérons que la collaboration sera renforcée ».

Sur le terrain, SHAD mène des actions ciblées pour comprendre les obstacles qui empêchent les populations d’accéder aux services de vaccination et de nutrition. L’approche centrée sur l’humain permet d’adapter les interventions aux réalités locales. L’un des axes prioritaires du projet est de rattraper les enfants zéro dose et de renforcer la vaccination contre le HPV.

L’association vise une augmentation d’au moins 15% de la couverture vaccinale chez les enfants zéro dose, une hausse de 10% du taux de vaccination contre le HPV, et une amélioration de 15% de la supplémentation en vitamine A chez les enfants. Chez les adolescentes, SHAD espère augmenter d’au moins 10% le taux de supplémentation en Fer-Acide Folique. Le projet s’intéresse également à la nutrition néonatale, avec comme objectif de réduire de 15% le nombre d’enfants qui ne sont pas mis au sein dans l’heure suivant leur naissance.

À travers ce projet, SHAD espère contribuer à l’amélioration de la santé infantile, à la promotion de pratiques nutritionnelles optimisées, et au bien-être des adolescentes dans les zones sanitaires ciblées. Mais sans une implication forte des autorités locales et une lutte efficace contre les fausses informations, les objectifs resteront difficiles à atteindre.

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