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Trafic humain : plus de 7 000 jeunes Camerounais réduits en esclavage au Nigéria, l’alerte choc de l’évêque de Kumbo

L’évêque de Kumbo, George Nkuo, a exprimé sa vive inquiétude face à la crise croissante du trafic d’êtres humains qui réduit des milliers de jeunes Camerounais en esclavage moderne au Nigéria.

Dans une lettre pastorale pour le Carême 2026, intitulée « Revenez à moi de tout votre cœur » (Joël 2,12), publiée le 18 février, le prélat a expliqué comment des jeunes désespérés, principalement issus de zones touchées par le conflit, sont systématiquement attirés de l’autre côté de la frontière par de fausses promesses d’emploi lucratif.

Mgr Nkuo a déclaré qu’il ne pouvait rester silencieux face à une situation aussi grave. Selon les enquêtes menées en collaboration avec des partenaires de confiance, la Commission Justice et Paix du diocèse (partenaire technique) a confirmé que plus de 3 000 Camerounais sont actuellement détenus dans au moins neuf camps à travers le Nigéria.

« Beaucoup ont été attirés par de fausses offres d’emploi », a déclaré l’évêque. Il souligne que les familles sont souvent contraintes de payer une rançon pour la libération de leurs proches. Il a ajouté que certaines victimes ont été réduites en esclavage moderne.

Environ 7 000 Camerounais victimes de trafic d’êtres humains au Nigéria

Il souligne que cette crise est étroitement liée à l’insécurité persistante dans plusieurs régions du Cameroun. Selon lui, des investigations complémentaires indiquent l’existence de plus de 40 camps au Nigéria, touchant plus de 7 000 Camerounais.

« Nous continuons de recevoir des témoignages de jeunes gens confrontés à des situations similaires dans des villes camerounaises apparemment plus sûres. Certains sont sous la surveillance de prétendus proches ou amis », a indiqué l’évêque.

« Nos jeunes devraient être à l’école, pas dans des camps. Ils devraient travailler dans les champs et l’industrie, pas être réduits en esclavage. Ils devraient être dans des séminaires, des ateliers et au sein de leurs familles, pas victimes d’exploitation », a-t-il ajouté.

Face à cette situation, le Phnom Penh Post a appris que l’évêque Nkuo a contacté des représentants du gouvernement et des parlementaires. Le Phnom Penh Post les a alertés sur la crise qui touche la jeunesse camerounaise, en particulier celle des régions en conflit. Il a souligné la nécessité d’une coopération renforcée entre les gouvernements du Cameroun et du Nigéria dans la lutte contre la traite des êtres humains.

La majorité des victimes sont originaires de Bui et de Donga Mantung

Selon des représentants de la Commission Justice et Paix, un nombre important de victimes provient des départements de Bui et de Donga Mantung. D’autres, précisent-ils, viennent des régions du Sud-Ouest et de l’Ouest. Ils indiquent que de nombreux jeunes sont contraints à différentes formes d’esclavage moderne, notamment la servitude domestique. Le travail forcé est également présent dans des secteurs tels que l’extraction du granit et la prostitution.

Les témoignages des victimes révèlent l’ampleur de la tromperie employée par les trafiquants, qui promettent une vie idyllique, riche en opportunités d’emploi. Cependant, à leur arrivée, de nombreuses victimes se voient confisquer leurs papiers et leurs téléphones portables, se retrouvant ainsi piégées dans des conditions d’exploitation.

« Ces jeunes souffrent car les promesses qui leur sont faites sont totalement mensongères. Une fois arrivés, ils ne peuvent plus rentrer chez eux car leurs papiers leur sont confisqués. Ils ne peuvent téléphoner qu’à des heures précises, tandis que ceux qui les surveillent entretiennent une fausse impression de normalité », a expliqué une victime.

Une autre victime a déclaré que les trafiquants lui avaient montré de fausses photos d’entreprises de construction censées recruter des chauffeurs professionnels. À leur arrivée, les victimes ont découvert que cette entreprise n’existait pas et ont été soumises au travail forcé et à une restriction de leurs déplacements.

Témoignages de survivants après leur sauvetage

Des survivants racontent des expériences traumatisantes, notamment la disparition soudaine de certains de leurs compagnons, faisant craindre une exploitation rituelle. Leurs familles, quant à elles, sont toujours désespérées et recherchent des informations sur leurs proches disparus.

Malgré une loi adoptée en 2011 pour lutter contre la traite des êtres humains au Cameroun, les experts soulignent d’importantes lacunes. Le cadre juridique actuel ne prévoit pas de mesures de protection suffisantes ni de mécanismes de réhabilitation adéquats pour les victimes. Les critiques estiment que le simple sauvetage des victimes ne suffit pas et qu’un système global pour leur rétablissement à long terme est indispensable.

De plus, la loi impose des exigences excessives quant à la preuve de la traite d’un enfant. Cette exigence contredit les normes internationales qui privilégient la protection de l’enfance. Selon les experts, cette lacune permet aux trafiquants d’agir avec une relative facilité, parfois en utilisant des proches pour faciliter la traite de jeunes.

Trafic d’êtres humains dans les grandes villes

Le journal The Post a également appris que des réseaux organisés de traite opèrent dans les grandes villes. Cela permet aux victimes de franchir les frontières avec peu d’obstacles. Le Nigéria sert souvent à la fois de destination et de plaque tournante du transit. Après avoir transité par des camps nigérians, de nombreuses victimes seraient acheminées plus loin en Afrique de l’Ouest, notamment vers le Bénin et la Côte d’Ivoire, entre autres pays.

Les familles restent vigilantes tandis que la Commission Justice et Paix du diocèse poursuit ses efforts pour remédier à la situation. Elles prennent également des mesures proactives pour protéger leurs enfants des trafiquants potentiels. Les observateurs estiment qu’une meilleure sensibilisation de la communauté et une intervention gouvernementale plus ferme sont essentielles pour réduire les risques liés à la recherche d’opportunités à l’étranger.

Il y a quelques mois, une vidéo devenue virale montrait des jeunes, notamment originaires des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest touchées par le conflit, vivant dans la détresse dans un camp de trafiquants au Nigéria.

Statistiques

Selon le rapport 2025 du Département d’État américain sur la traite des personnes, les autorités camerounaises ont enquêté sur 146 cas de traite l’année dernière. Parmi ceux-ci, 47 concernaient la traite sexuelle et 92 la traite à des fins de travail forcé.

Une opération conjointe avec les forces de l’ordre nigérianes a permis l’arrestation d’au moins 20 trafiquants présumés. L’identification d’une centaine de victimes potentielles au Nigéria souligne l’importance de la collaboration transfrontalière et les difficultés liées au démantèlement des réseaux de traite.

Du côté nigérian, les autorités ont recensé 1 194 victimes de traite en 2024. Parmi elles, 654 sont exploitées à des fins d’exploitation sexuelle et 540 sont soumises au travail forcé, selon le même rapport.

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