Pendant longtemps, personne n’a pris soin de les compter ni même de les connaître. Des entomologistes et des arachnologues ont cependant constaté sur le terrain qu’il se passait quelque chose d’anormal. Même inquiétant. Et le premier inventaire publié sur les araignées en France métropolitaine confirme cette inquiétude. Le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’Office français de la biodiversité et le Muséum national d’histoire naturelle, avec le soutien du réseau de l’Association française d’arachnologie, ont établi que plus de 10 % des espèces d’araignées hébergées dans La France est désormais menacée. A côté des 170 espèces concernées sur 1 622 espèces recensées en France métropolitaine, 101 autres sont proches d’être concernées.
Ces araignées, admirées ou redoutées mais surtout mal connues, rejoignent donc la triste liste des espèces menacées d’extinction sur le territoire. En France métropolitaine, 14 % des mammifères, 24 % des reptiles, 23 % des amphibiens, 32 % des oiseaux nicheurs, 19 % des poissons d’eau douce, 28 % des crustacés d’eau douce sont inclus. La liste rouge répertorie également les pressions auxquelles sont soumises les espèces. Pour les araignées, la dégradation et la destruction de leur habitat sont majeures. Par exemple, l’expropriation nuit aux araignées des prairies, l’exploitation forestière et la foresterie intensive nuisent aux araignées forestières telles que l’araignée rouillée. Quant à ceux qui habitent les zones humides, ils ne résistent pas à l’assèchement et au développement de leur habitat. Ainsi, le roseau dolomède est classé « en voie de disparition ».
Nuisances humaines mortelles
La pollution de l’environnement est une autre pression sur les araignées, directement contaminées ou affamées faute de proies sensibles à la pollution. L’homme est aussi responsable de nuisances mortelles directes : la spéléologie met en péril la quiétude des espèces troglodytiques comme Trogloneta et le nettoyage des plages éradique les algues qui s’y échouent et leurs petits habitants, par exemple les dictynes de Posidonia.
En général, les araignées souffrent comme beaucoup d’autres espèces du changement climatique, ce qui pousse les espèces d’araignées à migrer vers le nord ou plus haut à la recherche de températures plus chaudes. Dans le sud de la France, la déshydratation menace : d’ailleurs, la tarentule du Luberon, endémique à la France métropolitaine, comme c’est le cas pour 127 autres espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur le globe, classées « en danger critique d’extinction », a peut-être même déjà disparu.
Cela dit, faut-il vraiment s’inquiéter ? Au cours de l’évolution, on observe des cycles avec des périodes où les espèces déclinent et d’autres durant lesquelles elles prospèrent. Ne serions-nous…

