Le tabloïd britannique The Sun s’est emparé de l’affaire des fonds russes et lui consacre un papier particulièrement intéressant, dans sa publication du 16 octobre 2026.
Le journal y relaie la lettre ouverte de Guibaï Gatama, ancien membre du comité exécutif de la Fecafoot. Elle est adressée à Gianni Infantino et aux présidents de l’UEFA, de la CAF, de la Concacaf et de l’AFC. Guibaï Gatama y réclame une enquête indépendante sur la manière dont la FIFA traite ses plaintes visant Samuel Eto’o. Il avertit que le président de l’instance pourrait lui-même être visé par des plaintes si rien n’est fait. Camfoot, qui suit le dossier depuis le début, revient sur ce que dit ce papier et sur ce qu’il faut savoir autour.
Rappel des faits
Le dossier remonte au match amical Russie–Cameroun, disputé à Moscou le 12 octobre 2023 (1-0 pour la Russie). Selon les documents que Camfoot avait examinés, le contrat signé le 29 septembre 2023 prévoit le versement de 567 570 euros à la Fecafoot, sur un compte ouvert au nom de Samuel Eto’o Fils à la Qatar National Bank, à Doha.
Deux factures de la fédération, datées des 2 et 27 octobre 2023 (455 056 et 112 514 euros), reprennent ce même compte. Un ordre de virement du 14 novembre 2023, de 111 075,71 euros, a par ailleurs été émis depuis la fédération russe vers ce compte. Le Times a braqué les projecteurs sur l’affaire le 10 septembre. Guibaï Gatama affirme n’avoir trouvé aucune trace comptable ou bancaire d’un reversement de ces sommes sur un compte officiel de la Fecafoot, alors que les statuts imposent des comptes au nom de la fédération.
Ce que réclame Gatama
L’ouverture d’une enquête indépendante sur le traitement de ses plaintes, déposées auprès de la commission d’éthique de la FIFA le 22 juin 2025, complétées en août, puis renvoyées à la chambre d’instruction le 28 septembre 2026 avec de nouveaux documents bancaires.
- Que la commission d’éthique enquête formellement sur ces accusations et envisage une suspension provisoire d’Eto’o le temps de l’examen.
- Que le Conseil de la FIFA aborde le dossier à sa prochaine réunion.
- Qu’un examen indépendant détermine si le soutien politique d’Eto’o à Gianni Infantino a pesé dans le traitement du dossier, un tel soutien ne devant selon lui avoir aucune influence.
Guibaï Gatama dit n’avoir reçu aucune réponse de fond après plus de quinze mois de démarches. Il met en garde : sans action effective, des plaintes pourraient viser Gianni Infantino, le président de la chambre d’instruction de la commission d’éthique, et d’autres responsables.
Un silence qui veut dire que l’affaire est classée ?
Comme nous l’écrivions le 11 septembre dans « Deux plaintes, aucune réponse », deux anciens dirigeants de la Fecafoot ont saisi la commission d’éthique : Henry Njalla Quan Junior en 2024, pour des faits présumés de trucage de matchs et d’abus de pouvoir, et Guibaï Gatama sur les circuits financiers de la fédération. Ni l’un ni l’autre n’a eu de nouvelles.
La FIFA n’a toutefois aucune obligation d’informer un plaignant, et publie ses décisions au cas par cas : ce silence peut recouvrir une instruction en cours, un classement ou une plainte jamais ouverte. Il alimente en revanche les soupçons de protection comme le pensent Gatama et bien d’autres.
La lettre arrive à quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA, prévue en mars 2027. Dans un entretien à CNN publié le 24 août, Samuel Eto’o avait pris la défense de Gianni Infantino, fragilisé par le projet contesté de FIFA Forward Enterprise. Camfoot s’était alors interrogé sur ce soutien. C’est précisément ce soutien que la Fecafoot met en avant pour parler de « cabale » : dans une déclaration de son comité exécutif, elle l’a présenté comme la cause d’un « acharnement » et a menacé de poursuites, comme nous le rapportions dans notre article du 17 septembre.
Les réponses d’Eto’o et de la FIFA
Samuel Eto’o rejette toute faute. Dans sa réponse publiée sur Facebook dans la nuit du 10 au 11 septembre, il a dénoncé une offensive coordonnée liée à ses prises de position pour le football africain, sans répondre sur le sort des fonds. D’après The Sun, ses avocats soutiennent que l’utilisation du compte au Qatar avait été autorisée par la Fecafoot et rendue nécessaire par les restrictions pesant sur les transactions financières avec la Russie. Un argumentaire fallacieux puisque par le même mécanisme, ces fonds auraient pu aboutir dans les comptes de la fédération.
Côté FIFA, l’instance a indiqué que son président n’exerce aucune influence sur ses organes judiciaires, qui sont indépendants. The Sun indique avoir sollicité la FIFA pour un commentaire supplémentaire. Il faut aussi rappeler que Guibaï Gatama est lui-même en conflit ouvert avec la Fecafoot : Camfoot avait rapporté sa suspension de vingt ans par la fédération. Une sanction soviétique clairement pour le faire taire.
Et maintenant ?
À ce jour, la FIFA fait le dos rond et garde un silence de cimetière sur la destination des 567 570 euros. Sur le terrain judiciaire, Abdouraman Hamadou Babba, président de l’ACFAC (association de clubs amateurs), avait annoncé le 14 septembre des poursuites sur quatre fronts : les tribunaux camerounais, les tribunaux russes, la commission de discipline de la FIFA et le Tribunal arbitral du sport.
Mi-octobre, une plainte pour « détournements présumés de fonds publics » a en outre été déposée au Tribunal criminel spécial, selon RFI, comme nous l’avons relevé dans notre article du 15 octobre. Le prochain rendez-vous à surveiller est le Conseil de la FIFA, que Gatama voudrait voir se saisir du dossier. Camfoot continue de suivre l’affaire.

