Quand les lobbys ont sous-estimé Samuel Eto’o : les coulisses d’un bras de fer

Cameroun Actuel
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La gouvernance de Samuel Eto’o à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) continue d’alimenter les débats. Dans une analyse publiée ces derniers jours, le journaliste sportif Antonio Ateba estime que les nombreuses tensions observées depuis l’élection de l’ancien capitaine des Lions indomptables trouvent leur origine dans son refus de se soumettre aux réseaux d’influence traditionnellement associés à la gestion du football camerounais.

Élu président de la Fecafoot en décembre 2021, Samuel Eto’o avait suscité un immense espoir auprès des acteurs du football national. Son image de légende du sport africain, son parcours international et sa popularité auprès des supporters en faisaient un candidat capable de rassembler au-delà des clivages habituels.

Selon Antonio Ateba, certains acteurs influents du milieu sportif pensaient alors que l’ancien attaquant du FC Barcelone et de l’Inter Milan s’inscrirait dans la continuité des pratiques ayant longtemps marqué la gestion de l’instance faîtière du football camerounais.

Lire son analyse :

« ETOO A LA FECAFOOT: QUAND LE CALCUL DES LOBBIES RENCONTRE UN HOMME INCONTROLABLE

L’élection de Samuel Eto’o à la tête de la Fecafoot en décembre 2021 a été perçue par plusieurs comme une opération simple. Mettre en avant un nom fort, populaire, capable de faire l’unanimité, tout en gardant la main sur les vrais leviers : l’argent, les nominations, les marchés.

Le raisonnement était connu. Depuis des décennies, la gestion du football camerounais fonctionnait sur ce modèle. On choisit un président, on l’entoure, on l’oriente. La Fecafoot devient alors un espace où les décisions se négocient dans les coulisses, où les caisses servent d’abord à entretenir des réseaux.

Avec Eto’o, les promoteurs de ce système pensaient tenir le bon profil. Un quadruple Ballon d’Or africain, une légende du football, mais que l’on pourrait conseiller, influencer, « accompagner » sur les dossiers sensibles. L’idée qui circulait était claire : on met quelqu’un que l’on pourra manipuler, parce qu’il dépendra de l’appareil pour gouverner.

La réalité a été tout autre.

Samuel Eto’o n’a pas cédé aux pressions et aux lobbys. Il est arrivé avec une indépendance que ses prédécesseurs n’avaient pas. Carrière internationale, palmarès unique, assise financière personnelle. Il n’a pas besoin de la Fecafoot pour exister. Et cette liberté change tout. Quand on n’a rien à quémander, on dit non plus facilement.

Le deuxième élément, c’est le refus de l’ordre établi. Là où on attendait un président de consensus qui valide ce qui vient « d’en haut », on a vu un homme qui casse les codes, qui renvoie des responsables, qui reprend la main sur la gestion quotidienne. Pour certains, c’est brutal. Pour d’autres, c’est la preuve qu’un autre modèle de gestion est possible, un modèle où le président décide et assume.

Le troisième point démonte le plus grand malentendu : l’étiquette de « semi illettré » qu’on voulait lui coller pour mieux le diriger. On a cru qu’en face d’intellectuels et de technocrates, il serait perdu. Mais Eto’o a opposé une autre forme d’intelligence. Celle du terrain, celle du vestiaire, celle du village. Une sagesse innée qui ne se fabrique pas sur les bancs de l’école. C’est cette sagesse qui lui permet de sentir les pièges, de détecter les manœuvres, et de trancher sans passer par quatre chemins.

Résultat : ceux qui pensaient utiliser l’argent de la Fecafoot comme ils le faisaient auparavant se retrouvent face à un mur. Les marchés sont remis en cause, les nominations ne passent plus automatiquement, les habitudes sont bousculées.

Cette posture crée forcément des tensions. Avec le ministère, avec certaines ligues, avec les anciens réseaux. Mais elle pose aussi une vraie question de fond. Veut-on à la tête de nos fédérations des gestionnaires dociles qui entretiennent le système, ou des personnalités capables de dire non, même si la méthode dérange ?

Aujourd’hui, une chose est sûre. Samuel Eto’o ne joue pas le rôle qu’on avait prévu pour lui. Il ne subit pas. Il dirige. Et c’est précisément cela qui explique la guerre qu’on lui livre depuis trois ans.

Antonio Ateba, journaliste sportif »

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