La tenue de la convention du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) sans incident a inspiré une critique ironique des pratiques administratives au Cameroun.
Dans une tribune, Charles Chacot Chime s’interroge sur l’attitude du ministère de l’Administration territoriale (MINAT), qu’il met en regard des restrictions ayant, selon lui, affecté par le passé les activités de cette formation d’opposition.
Intitulée « MRC : le MINAT aurait-il perdu le mode d’emploi de l’interdiction ? », la contribution souligne le déroulement sans incident de la rencontre, au cours de laquelle le parti a renouvelé son bureau. L’auteur affirme que les formalités administratives ont été respectées et que les travaux se sont déroulés dans le calme.
« Le trouble annoncé n’a pas répondu présent », ironise-t-il, remettant en question le recours récurrent, selon lui, à la notion de trouble à l’ordre public pour encadrer les rassemblements politiques.
Lire la tribune de Charles Chacot Chime :
MRC : LE MINAT AURAIT-IL PERDU LE MODE D’EMPLOI DE L’INTERDICTION ?
Quand un parti d’opposition tient sa convention sans trouble à l’ordre public, c’est peut-être que le trouble n’était pas là où on nous le disait.
Il faut parfois apprécier les miracles républicains à leur juste valeur. Au Cameroun, un parti d’opposition organise une convention, renouvelle son bureau, respecte les formalités administratives, déclare sa manifestation à la sous-préfecture compétente… et, tenez-vous bien, la manifestation se déroule sans incident. Pas de chaos, pas d’apocalypse, pas de République en péril. Rien. Le calme plat.
On en viendrait presque à se demander si nous sommes toujours en Scandalousie, pardon, au Cameroun.
Car le MRC vient de réussir un exploit qui mériterait une médaille nationale du civisme : organiser une convention sans provoquer l’effondrement des institutions. Le parti de Maurice Kamto, désormais privé de ses deux principales figures dirigeantes, Maurice Kamto et Mamadou Mota, a tenu ses assises et renouvelé son bureau. La procédure administrative a été respectée. Les travaux se sont déroulés. Le ciel ne nous est pas tombé sur la tête.
Et le plus extraordinaire n’est peut-être pas la convention elle-même. C’est le silence du ministère de l’Administration territoriale.
Le MINAT aurait-il enfin découvert que la liberté de réunion est un droit et non une faveur accordée au compte-gouttes par l’administration ?
Le trouble à l’ordre public, cette créature à géométrie variable
Pendant des années, les Camerounais ont appris à connaître cette créature administrative aussi mystérieuse que commode : le fameux trouble à l’ordre public.
Un parti annonce une réunion ? Le trouble menace.
Une manifestation est déclarée ? Le trouble se précise.
Des militants veulent se rassembler ? Le trouble devient imminent.
ticipait et, dans certains cas, semblait les fabriquer sur papier à en-tête.
Mais voilà que le MRC organise sa convention et que rien ne se passe.
Pas même une petite perturbation suffisamment spectaculaire pour justifier une conférence de presse alarmiste.
Les dissidents qui souhaitaient voir la rencontre interdite n’ont pas davantage obtenu le résultat escompté.
Le trouble annoncé n’a pas répondu présent. Il devait être retenu ailleurs.
Quand le bourreau administratif découvre la sérénité
L’attitude du MINAT mérite donc quelques explications. Non parce que la convention aurait dû être interdite, mais précisément parce qu’elle n’aurait jamais dû l’être pour des motifs aussi extensibles que ceux invoqués par le passé.
Le ministre a-t-il changé de doctrine ? A-t-il reçu une révélation constitutionnelle ? A-t-il découvert, dans un tiroir oublié de son ministère, les dispositions qui protègent la liberté d’association et de réunion ?
Ou bien l’administration aurait-elle compris que des citoyens peuvent se réunir, discuter politique et renouveler les dirigeants d’un parti sans transformer le pays en champ de bataille ?
Nous accueillons volontiers cette conversion tardive. Mieux vaut un pouvoir qui apprend le droit, même sur le tard, qu’un pouvoir qui persiste à le traiter comme une suggestion facultative.
Mais, en Scandalousie, la prudence reste de mise devant les miracles administratifs.
Car le MINAT qui laisse aujourd’hui le MRC tenir sa convention est aussi l’institution dont les décisions ont, par le passé, contribué à restreindre les activités de ce parti et à placer ses militants sous une pression administrative et sécuritaire considérable.
Hier, la simple perspective d’un rassemblement semblait suffire à réveiller les gardiens de l’ordre public. Aujourd’hui, la convention se déroule tranquillement.
Faut-il en conclure que les militants du MRC sont devenus moins dangereux ? Que leur parti a soudainement acquis des vertus pacifiques inconnues jusque-là ? Ou que le danger n’a jamais été aussi évident qu’on voulait bien nous le faire croire ?
La question mérite d’être posée, sans prétendre lire les intentions du ministre dans le marc de café de ses décisions.
Kamto et Mota partis, la République respire-t-elle mieux ?
Le contexte rend cette mansuétude encore plus intrigante.
La convention intervient après les départs de Maurice Kamto et de Mamadou Mota, deux figures majeures du MRC. Le parti traverse donc une séquence politique particulière, marquée par une recomposition de sa direction et des tensions internes.
Et, comme par enchantement, la convention peut se tenir.
Faut-il croire que le problème n’était finalement pas le MRC, mais certains de ses dirigeants ? Que la République supporte mieux les partis d’opposition lorsqu’ils traversent une période d’incertitude ? Ou que l’administration devient plus conciliante quand elle estime que son adversaire politique est suffisamment fragilisé ?
En attendant, le MRC a tenu sa convention, son bureau a été renouvelé et le pays est toujours debout.

