Le miracle industriel camerounais : pourquoi notre taille économique ne fait pas notre force ?

Cameroun Actuel
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Le Cameroun représente à lui seul près de 45 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et regroupe environ 40 % du tissu industriel de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Pourtant, selon le dernier Indice de l’industrialisation en Afrique (IIA) de la Banque Africaine de Développement (BAD), le Cameroun stagne au 21e rang continental. Il se fait distancer dans la sous-région par le Gabon (12e) et la Guinée Équatoriale (17e).

Par Sob Amyn Fouejeu

Ce paradoxe s’explique par la nature même du calcul industriel.

COMMENT SE CALCULE L’INDICE D’INDUSTRIALISATION ?

L’indice de la BAD ne mesure pas seulement le volume global de production d’un pays, mais son efficacité par habitant à travers trois dimensions clés :

1- La performance de l’activité manufacturière : la valeur ajoutée manufacturière (VAM) par habitant et la part des exportations manufacturières dans le total des exportations.

2- Les déterminants directs : la disponibilité du capital, les coûts de la main-d’œuvre et la qualité des infrastructures.

3- Les déterminants indirects : l’environnement des affaires, la stabilité macroéconomique et la solidité des institutions.
C’est ici que le bât blesse : le Cameroun possède une population importante (environ 28 millions d’habitants).
Sa richesse industrielle globale, divisée par son nombre d’habitants, affiche un score inférieur à celui du Gabon ou de la Guinée Équatoriale, dont les faibles populations bénéficient d’une forte injection de valeur ajoutée issue des secteurs extractifs (pétrole, mines) raffinés.

FACE AUX PAIRS AFRICAINS

À l’échelle continentale, le Cameroun accuse un retard visible face à des économies d’Afrique de l’Ouest de taille similaire :

Le Maroc (1ᵉʳ) : le leader africain a misé sur des écosystèmes industriels intégrés (automobile, aéronautique), une logistique de classe mondiale (Port Tanger Med) et des zones franches attractives.

Le Sénégal (8ᵉ) et la Côte d’Ivoire (10ᵉ) : Ces deux économies francophones devancent largement le Cameroun. La Côte d’Ivoire a réussi une transformation locale agressive de ses matières premières (notamment le cacao) et bénéficie d’un afflux massif d’Investissements Directs Étrangers (IDE) grâce à un climat des affaires jugé plus prévisible. Le Sénégal, de son côté, accélère grâce à ses parcs industriels intégrés (comme Diamniadio) et une transition énergétique dynamique. Au Cameroun, la contribution manufacturière stagne autour de 14 % du PIB.

Au Cameroun, l’industrie nationale souffre d’une trop forte concentration géographique autour de Douala, de coûts énergétiques élevés malgré les barrages récents, et d’un secteur informel qui fragilise les entreprises structurées.

L’ORDONNANCE POUR TRANSFORMER LA DIVERSITÉ EN PUISSANCE INDUSTRIELLE

Pour cesser de subir ce classement et capitaliser sur la diversité unique de son économie (agriculture, mines, forêts, services), le Cameroun dispose de leviers stratégiques majeurs pour se repositionner au sommet :

1- Accélérer la transformation locale : interdire agressivement l’exportation des matières premières à l’état brut (bois, cacao, coton) pour imposer une transformation de deuxième et troisième niveaux sur le sol national, génératrice d’emplois et de forte valeur ajoutée.

2- L’opérationnalisation en urgence des zones économiques spéciales (ZES) : Connecter pleinement le complexe industrialo-portuaire de Kribi à des corridors logistiques intérieurs fiables. Des incitations fiscales agressives doivent y attirer les multinationales.

3- La transition énergétique industrielle : garantir une fourniture d’électricité stable et à bas coût pour les usines en accélérant les interconnexions à la production électrique actuelle, en améliorant les infrastructures énergétiques existantes sous-exploitées, et en exploitant le potentiel gazier national.

4- La mise à niveau technologique et la formation : Adapter les programmes universitaires aux besoins réels des industries (automatisation, maintenance industrielle, chimie) pour réduire la dépendance à l’expertise extérieure.

5- L’offensive sur le marché de la ZLECAf : structurer les filières agroalimentaires et manufacturières pour exporter des produits finis compétitifs vers le marché commun africain, en profitant de la position géographique charnière du pays entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

CONCLUSION

Le Cameroun a les cartes en main à travers sa Stratégie Nationale de Développement (SND30).

Passer du statut de locomotive de volume à celui de champion de la valeur ajoutée requiert désormais de substituer effectivement les importations par une production locale compétitive et audacieuse.

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