Fonctionnaires Camerounais et marchés publics : un conflit d’intérêt alarmant

Cameroun Actuel
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Malgré l’interdiction formelle de s’engager dans des activités privées lucratives, plusieurs fonctionnaires camerounais continuent de participer illégalement à la livraison des marchés publics. Cette situation constitue une violation flagrante du décret du 12 octobre 2000 portant statut général de la Fonction publique de l’État.

L’article 37 de ce décret stipule clairement : « Il est interdit à tout fonctionnaire régi par le présent statut d’avoir, dans une entreprise ou dans un secteur soumis à son contrôle direct ou en relation avec lui, d’exercer, à titre personnel, une activité privée lucrative, sauf dérogation spéciale par un texte. » Toutefois, cette interdiction ne s’applique pas à certaines exceptions comme la production rurale ou les œuvres scientifiques, littéraires ou artistiques.

Malgré cette interdiction, plus de 203 fonctionnaires continuent de livrer les marchés publics. Selon Rémi Tassing, un lanceur d’alerte ayant publié une liste sur le réseau social X, ces agents publics sont propriétaires ou membres de structures remportant des marchés publics. Cette liste révèle que les fonctionnaires impliqués proviennent de divers ministères, notamment ceux de l’Éducation de base, de la Communication, des Enseignements secondaires, du Commerce, de la Santé publique, des Finances, de la Justice, des Marchés publics, et de l’Administration territoriale.

Rémi Tassing a découvert ce problème après avoir publié la liste des bénéficiaires des fonds COVID. Une fonctionnaire du ministère des Finances y était mentionnée, dévoilant ainsi une pratique courante mais illégale parmi les fonctionnaires.

La situation a des répercussions significatives sur les entreprises privées, comme l’explique le professeur Viviane Ondoua Biwole, spécialiste de la gouvernance publique. « Cette intrusion des fonctionnaires crée une distorsion au niveau du marché et pourrait entraîner l’éjection des acteurs privés qui sont censés faire de la commande publique leur activité principale », déclare-t-elle.

En outre, cette participation illégale des fonctionnaires aux marchés publics entraîne des détournements de fonds publics. Entre 2016 et 2018, les détournements ont généré 489,6 milliards FCFA de flux financiers, selon l’Agence nationale de l’investigation financière (Anif). Ces fonds détournés sont souvent blanchis par des investissements dans l’immobilier, la vente d’automobiles, et la création de quincailleries, de salles de jeux de hasard, et de casinos.

Face à cette situation alarmante, il est crucial de rappeler et de faire respecter la loi. Les fonctionnaires doivent se limiter aux activités autorisées, comme les études, les conférences, les formations, et certaines activités agricoles. En outre, des mesures strictes doivent être mises en place pour prévenir et punir les détournements de fonds publics, afin de préserver l’intégrité des institutions et de promouvoir une gouvernance transparente et responsable.

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