Pas facile à attraper. Faut dire qu’elle est toujours sur la route, toujours en déplacement. Une fois à Marseille, où elle habite ; une autre à Lille, au Théâtre du Nord, où elle officie comme marraine des élèves auteurs de l’École du Nord. Enfin, on peut souvent la rencontrer en Normandie, au Théâtre des Bains Douches à Elbeuf où sa compagnie, La Part du Pauvre, est en résidence artistique.
La Normandie est son retour dans son pays natal. Elle y est née d’un père malinké et d’une mère normande. « Je suis Métis. Difficile donc de me mettre dans une case par mon essence. J’accepte de passer d’un monde à l’autre, et ça ne me dérange pas. » dit-elle en souriant. Mère institutrice, fille d’un cheminot communiste, assistante (communiste) de Gonfreville-l’Orcher, voilà pour le côté maternel. Elle insiste : « Merde, je parle à l’humain ! Cela fera plaisir à ma mère et à mon maire, Alban Bruneau! Et à Jean-Paul Lecoq aussi ! Côté paternel, son père biologique est malien mais elle a grandi avec son beau-père ivoirien, un temps ouvrier et qui, ne supportant plus les patrons, a ouvert son propre restaurant. « Un restaurant, pas un boui-boui, pas un restaurant chic, un restaurant de quartier », où l’on pouvait manger une cuisine au beurre et déguster un mafé à se damner.
« Chez moi, j’ai assisté à beaucoup de réunions politiques. » Surtout, elle passait d’un monde à l’autre, sans se soucier des formalités de passage. Adolescente, elle pouvait écouter « Punk le jour et hip-hop la nuit ». Une identité qui a été mouvante pendant un temps qui pourrait l’empêcher de se retrouver. Désormais, elle sait qui elle est et se revendique « afro-européenne ». « Ce mot me permet de naviguer entre deux continents. Je le préfère au mot « métis » qui est trop associé à l’histoire de l’esclavage. Il lui a fallu du temps pour comprendre les enjeux politiques liés à sa carrière. « Aujourd’hui, elle analyse, Je sais ce que j’ai vécu, d’autres l’ont vécu. La question décoloniale est arrivée très vite dans ma vie. Le jour où j’ai réalisé que le malaise que je pouvais ressentir était structurel, je me suis sentie libérée.
Activiste de la décolonisation
Très vite, Eva Doumbia s’est affirmée comme une militante de la décolonisation des arts, quitte à piquer du nez parfois, quitte à être incomprise. « Nous avons été critiqués pour notre radicalisme. Mais nous sommes disparu d’une réalité, d’une discrimination évidente que tout le monde feignait d’ignorer. On nous a reproché d’être violent mais c’était nécessaire. Elle ne se bat pas contre la langue mais avec la langue, avec les mots dont il faut parfois remettre le sens à l’endroit. Alors elle ne laisse rien passer, ni sur les questions racistes ni sur les questions féministes. Et remarquez comment « Le capitalisme est pervers et s’est…

